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Libye: «L’essentiel, c'est que les informations sortent»

Ordinateurs, téléphones et collaborateurs engagés: il n'en faut pas davantage pour créer une agence de presse alternative. swissinfo.ch

Un petit groupe d’exilés libyens en Suisse tente, malgré la censure croissante, de montrer ce qui se passe dans leur pays en proie à un soulèvement sans précédent. Ils ont créé à Olten une sorte de «petite agence de presse».

Ce contenu a été publié le 24 février 2011 - 07:57
Etienne Strebel, swissinfo.ch

Censure, difficultés d’accès au téléphone et à Internet, menaces à l’encontre des journalistes occidentaux entrés clandestinement sur le territoire, et un régime qui manipule depuis des décennies les médias locaux. Qui peut précisément dire ce qui est en train de se jouer actuellement en Libye?

Saleh Magdub ne peut pas répondre précisément à cette question. Réfugié libyen installé en Suisse depuis 1995, il tente néanmoins, avec l’aide d’autres exilés libyens partageant les mêmes opinions, de sortir des informations non filtrées de son pays natal dans le but de «montrer au monde entier ce qu’il se passe en Libye».

La cellule d’information des exilés libyens a été installée dans une zone industrielle à la périphérie d’Olten, une ville à taille moyenne du canton de Soleure. Lorsque la situation a dégénéré en Libye, il y a un peu plus d’une semaine, c’est là que Saleh Magdub s’est installé avec le petit groupe. «Certains d’entre nous étaient déjà auparavant actifs au sein de l’organisation non gouvernementale Human Rights Solidarity», explique-t-il.  

Liaisons possibles

 

De plus en plus d’étrangers fuient la Libye et rendent compte des événements sur place. Mais comment obtenir des informations fiables de Libyens isolés dans leur pays? «Par téléphone ou via Internet. Heureusement, les lignes ne sont pas totalement coupées. Des conversations téléphoniques ou par mail sont toujours possibles», explique Saleh Magdub.

La cellule est consciente d’informer au sujet d’un pays où la manipulation fait depuis longtemps partie du quotidien. «Nous connaissons nos informateurs, le lien de confiance est fort. Nous posons des questions très précises sur les événements et les lieux décrits par les témoins. Puis nous appelons d’autres personnes et nous leur posons à nouveau les mêmes questions. Nous pouvons ainsi déterminer si les informations sont correctes», dit Saleh Magdub.

Puisque les informations ne circulent que lorsque les connexions internet ou téléphoniques ne sont pas bloquées par le régime aux abois, la cellule a envoyé un téléphone satellite en Libye. Il doit bientôt être opérationnel à Tripoli, la capitale, là où la situation est la plus inquiétante.

Une source importante

«Lors des premiers jours du soulèvement, nous étions pratiquement la seule source qui divulguait des informations fiables à propos de la Libye. La chaîne de télévision Al-Jazira a repris certaines de nos informations. L’agence de presse Reuters a également fait part d’événements que nous avions divulgué. Nous ne pouvons cependant pas affirmer avec certitude si Reuters a obtenu ces informations par notre biais ou par un autre canal».

De toute manière, pour Saleh Magdub, il n’est pas essentiel de savoir si les informations reprises par les médias officiels proviennent de sa cellule ou non. «Nous voulons que le monde sache ce qui se passe dans notre pays. Nous faisons ça de manière volontaire. Il ne s’agit en aucun cas de créer un business là autour. L’essentiel, c’est que les informations sortent».

Les informations collectées sont distribuées par les Libyens en exil via une liste d’adresses e-mail. «Celui qui le désire peut recevoir nos informations. Jusqu’à présent, ce système fonctionne parfaitement», affirme Saleh Magdub. Un libyen exilé en Espagne relaie ainsi l’information sur le réseau social Twitter. «Nous voulons également raconter de toutes petites choses, qui n’intéressent pas forcément les grands médias. Mais pour nous, les Libyens, elles sont importantes».

Combien de temps?

Mais au fond, pourquoi se donner tant de peine? Y a-t-il un objectif caché derrière cette action? Saleh Magdub se défend contre les accusations selon lesquelles les membres de la cellule appartiendraient à un groupe islamiste extrémiste. «Ce n’est pas vrai. Je vis depuis 16 ans en Suisse et j’ai beaucoup de connaissances ici. Nous pensons que le système politique libyen devrait ressembler à celui de la Suisse. Chacun devrait pouvoir vivre en totale liberté dans son propre pays. C'est cela notre but».

Seïf al-Islam Kadhafi, le fils du colonel Kadhafi, a brandi la menace d’une prise de pouvoir des islamistes en cas de chute du régime. Mais cette menace n'aurait aucun fondement: «La majorité des Libyens, mais aussi la majorité des pays arabes, croit en l’Etat de droit. Chacun doit pouvoir vivre sa religion. L’essentiel, c’est que les gens soient tolérants entre eux et qu’il existe des lois».

Pour cela, il faudra d'abord attendre la chute du régime Kadhafi. Quand cela interviendra-t-il? Cela dépendra de la communauté internationale, estime Saleh Magdub. «Ca peut se produire demain, mais Kadhafi va certainement se battre jusqu’à la dernière seconde. Si le monde nous aide, tout cela prendra vite fin. Si les Libyens doivent se débrouiller tout seul, ça durera plus longtemps et beaucoup de sang va encore couler».

Les activistes d’Olten n’attendent pas grand-chose de la communauté internationale. Simplement qu’elle décide de ne plus reconnaître Mouammar Kadhafi comme chef d’Etat de la Libye.

Mercredi en Libye

Les violences liées au soulèvement contre le régime libyen de Mouammar Kadhafi ont fait au moins 640 morts, dont 275 à Tripoli et 230 à Benghazi, soit plus du double que le bilan officiel de 300 morts, a annoncé la Fédération internationale des ligues de droits de l'homme (FIDH).

Le vice-ministre libyen aux Affaires étrangères, Khaled Kaïm, a déclaré mercredi que les journalistes entrés illégalement en Libye étaient considérés «comme s'ils collaboraient avec Al-Qaïda» et «comme des hors-la-loi».

Un avion de chasse libyen s'est écrasé dans l'est de la Libye après que son pilote, refusant d'obéir à des ordres de bombarder la ville de Benghazi, se soit éjecté, a annoncé un journal libyen.

L'ensemble des ports et terminaux étaient paralysés, selon l'armateur français CMA-CGM. Cela signifie le blocage de toutes les exportations d'hydrocarbures du pays,

A Bruxelles, les Etats membres de l'Union européenne se sont mis d'accord sur une déclaration commune dans laquelle ils se disent prêts à prendre des «mesures supplémentaires» à l'égard de la Libye.

En Suisse, le Conseil fédéral (gouvernement) a condamné avec la plus grande fermeté les actes violents commis contre les manifestants en Libye. Il a appelé les dirigeants libyens à renoncer à recourir à la force contre leurs compatriotes, a déclaré son porte-parole André Simonazzi.

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