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Libre circulation: la droite nationaliste fait volte-face

Keystone

La direction de l'Union démocratique du centre (UDC / droite nationaliste) s'oppose à la reconduction de l'accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l'Union européenne. Auparavant, le plus grand parti du pays avait cependant renoncé à soutenir le référendum contre l'accord.

Ce contenu a été publié le 30 octobre 2008 - 15:36

Le changement d'orientation de l'UDC a été annoncé mercredi matin par le président du parti Toni Brunner sur les ondes de la radio alémanique. La direction du parti a décidé de s'opposer à la reconduction sur la libre circulation des personnes et à son extension à la Roumanie et à la Bulgarie lors des votations fédérales de février prochain.

L'été dernier, l'UDC avait pourtant renoncé à soutenir le référendum contre le décret fédéral sur la libre circulation (qui englobe à la fois la reconduction et l'extension), suivant ainsi l'avis de l'ancien ministre et leader charismatique de l'UDC Christoph Blocher.

Cette renonciation était motivée par la décision du Parlement de lier les deux thèmes dans un même décret. Un référendum aurait été un exercice «fictif» selon l'expression de Christoph Blocher. Mais la Ligue des Tessinois et les Démocrates suisses (extrême-droite) sont néanmoins parvenus à lancer avec succès le référendum avec le soutien des jeunes UDC.

Relative surprise

Selon Toni Brunner, la renonciation au référendum n'a toutefois rien à voir avec une recommandation de vote sur le thème de la libre circulation. L'UDC, a-t-il rappelé, s'est toujours déclarée hostile à l'extension de l'accord à la Roumanie et à la Bulgarie.

«Nous devons dire non au 'paquet' unique voulu par le Parlement qui a décidé d'associer la reconduction de l'accord et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie», a expliqué Toni Brunner sur les ondes de la DRS.

«Pour moi, il ne s'agit pas vraiment d'une surprise. Le parti est en effet plutôt divisé sur cette question», affirme Hans Hirter, politologue à l'Université de Berne.

«Dans la base du parti, beaucoup sont d'avis que la votation sur la libre circulation met en jeu deux éléments centraux de la politique de l'UDC – la lutte contre l'Union européenne et contre l'immigration – et que le parti ne peut pas rester en retrait», analyse le politologue.

Parti divisé

La décision des responsables de l'UDC n'a toutefois pas été prise à l'unanimité. Deux membres de la direction du parti y sont opposés. Leurs noms ne sont pas connus, Toni Brunner s'étant contenté d'indiquer que Christoph Blocher (vice-président de l'UDC) soutient «complètement» le non au décret sur la libre circulation.

Le dernier mot reviendra donc à l'assemblée des délégués de l'UDC qui se réunira le 29 novembre. Comme le parti est partagé sur la tactique à adopter sur le thème des bilatérales, la discussion promet d'être vive.

En juillet dernier, le comité central de l'UDC s'était exprimé contre le référendum contre la libre circulation par 37 voix contre 20 et 2 abstentions. Or lors de l'assemblée des délégués, un tiers des membres présents s'étaient exprimés en faveur de ce référendum.

Calcul électoral

«En été, l'idée qui prévalait était que l'UDC ne pouvait pas s'opposer aux intérêts du monde économique, notamment pour ne pas perdre des sponsors potentiels, observe Hans Hirter. Il s'agissait d'une décision rationnelle, peut-être trop éloignée de la base. Aujourd'hui, ce qui semble prévaloir, c'est la peur de perdre des électeurs, en particulier au profit des Démocrates suisses.»

Le politologue rappelle au passage qu'une bonne partie des électeurs de l'UDC expriment un vote de protestation qui pourrait rapidement se diriger vers d'autres formations politiques.

Selon Hans Hirter, la décision de s'opposer à la libre circulation pourrait servir à ressouder un parti qui semble pour l'instant indécis sur la direction à prendre. «La direction de l'UDC semble préférer avoir quelques dissensions à l'intérieur du groupe parlementaire, avec les représentants de l'aile économique, plutôt qu'avec sa base», estime le politologue.

Blocher, figure d'intégration

Dans cette situation, l'ancien ministre de la Justice Christoph Blocher pourrait à nouveau jouer un rôle d'intégration et de médiation entre les différentes tendances du parti. Dans le même temps, il pourrait à nouveau se présenter comme un tribun populaire qui combat l'establishment politique du pays.

«Je pense qu'à l'intérieur du parti, ce sera à lui d'expliquer aux milieux proches de l'économie que cette manœuvre est nécessaire pour ne pas perdre des électeurs, affirme Hans Hirter. D'autre part, pour le parti, c'est une bonne occasion de remettre Blocher au premier plan afin de le présenter à nouveau comme un homme du peuple (et non des banques), prêt à défendre la Suisse.»

Le leader charismatique de l'UDC retrouverait ainsi son rôle originel, reconnaissant l'impossibilité de réintégrer à court terme le gouvernement.

Swissinfo, Andrea Tognina
(Traduction de l'italien: Olivier Pauchard)

Des bilatérales à risque

Le 8 février 2009, le peuple s'exprimera pour la troisième fois sur la libre circulation des personnes qui permet aux citoyens de l'Union européenne (UE) de s'installer et de travailler librement en Suisse et aux Suisses de faire de même dans l'UE.

Cette votation concerne la reconduction de l'accord sur la libre circulation des personnes qui arrivera à échéance en 2009 au terme d'une «période d'essai» de sept ans ainsi que son extension à la Roumanie et à la Bulgarie, deux pays qui ont rejoint l'UE en 2007.

En juin dernier, le Parlement avait décidé, après un long débat, d'unir ces deux thèmes dans un seul décret.

Les partisans de cette solution considéraient illusoire de croire que l'UE puisse accepter l'exclusion de deux de ses membres de l'accord de libre circulation. A leurs yeux, un refus de l'extension à la Roumanie et à la Bulgarie équivaudrait à un refus de l'ensemble de l'accord.

La droite nationaliste a en revanche critiqué la décision d'unir les deux thèmes.

Si le peuple devait dire non en février prochain, l'ensemble du premier paquet de sept accords bilatéraux conclus entre la Suisse et l'UE serait en danger. La clause dite «guillotine» prévoit en effet que la non reconduction d'un seul accord rend les six autres caducs.

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