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Les Tsiganes de Suisse veulent être reconnus comme minorité

Le pasteur May Bittel et son petit-fils Kenzo devant le Tribunal fédéral à Lausanne. Keystone Archive

Leur objectif est de faire reconnaître leurs droits. Raison pour laquelle, les gens du voyage ont déposé jeudi un recours au Tribunal fédéral. Les entraves mises à leurs déplacements dans certaines communes menacent, selon eux, leur avenir en tant que minorité nomade.

Ce contenu a été publié le 16 février 2001 - 02:49

La communauté tsigane de Suisse compte quelque 35 000 membres. Seuls 2000 d'entre eux environ vivent comme des nomades. C'est pour inverser cette tendance que l'association «Action Sinti et Jenisch suisses» a saisi jeudi la plus haute instance judiciaire helvétique.

Formellement, les gens du voyage en appellent au Tribunal fédéral pour contester une décision des autorités vaudoises prise début janvier. Pour lutter contre les stationnements «sauvages», le Conseil d'Etat vaudois a en effet attribué trois places de stationnement supplémentaire aux gens du voyage, portant à cinq le nombre de ces places. Les contrevenants, eux, risquent une interdiction de séjour.

Le conseiller d'Etat Jean-Claude Mermoud a déclaré à swissinfo que ces mesures ne concernent que les Tsiganes venus de l'étranger. Mais l'association «Action Sinti et Jenisch suisses» en doute sérieusement.

«L'expérience montre que quand on crée des places officielles, la police et les autorités contraignent les gens du voyage suisses à stationner uniquement sur ces places», plaide Henri-Philippe Sambuc, l'avocat des plaignants.

«Nous dénonçons l'amalgame fait entre quelques tsiganes étrangers semeurs de troubles et la communauté tsigane de Suisse. Dans le premier cas, il s'agit d'un problème d'infrastructure touristique et de police. Pour les Tsiganes de Suisse, il s'agit d'un problème d'intégration», martèle Henri-Philippe Sambuc.

En frappant à la porte du Tribunal fédéral, les Tsiganes de Suisse veulent éviter de devoir négocier avec l'ensemble des communes qu'ils traversent. Si leurs droits étaient reconnus au niveau fédéral, les entraves décrétées par les communes deviendraient anticonstitutionnelles.

La méfiance des Tsiganes peut paraître excessive. Mais elle découle de l'histoire récente de la Suisse. «Pendant 50 ans, au nom de la loi, on a enlevé nos enfants pour les placer dans des foyers ou des familles suisses», rappelle May Bittel, l'un des représentants les plus connus de la communauté tsigane de Suisse.

Et de poursuivre: «cette politique d'intégration forcée était dirigée contre le nomadisme. Une grande partie de notre communauté a donc été sédentarisée de gré ou de force».

Les gens du voyage veulent donc pouvoir revenir au nomadisme tel qu'ils l'ont pratiqué pendant des siècles. Car cette tradition constitue le cœur même de leur identité culturelle. En leur reconnaissant ce droit au niveau fédéral, la Suisse tournerait définitivement une des pages sombres de son histoire.

Frédéric Burnand

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