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Les traces de sang parlent plus que l'ADN

Les traces de sang peuvent livrer beaucoup d'informations, à condition de savoir les interpréter. Police municipale zurichoise

Les polices européennes s'enthousiasment pour une technique développée sur le continent américain. 140 fins limiers se sont réunis rècemment à Zurich pour la 2e conférence européenne «des traces de sang».

Ce contenu a été publié le 09 juillet 2008 - 14:23

Crime, sang, ADN, coupable: des mots que les passionnés de polars associent très vite. L'association n'est pas fausse, mais lacunaire.

Car l'interprétation des traces de sang sur les scènes de crime peut en dire beaucoup plus sur le déroulement d'un crime que le seul ADN. Or les techniques permettant cette interprétation sont encore peu connues en Europe. Mais c'est en train de changer.

Pour rattraper leur retard sur les Nord-Américains, les polices européennes ont créé une filiale de l'Association internationale des analystes des taches de sang (IABPA, selon le nom anglais), qui compte 800 membres dans le monde. Ils organisent aussi désormais leur propre «Conférence annuelle des traces de sang».

Après les Pays-Bas en 2006, c'est la Suisse qui a mis sur pied le deuxième rendez-vous. Il s'est tenu à Zurich la semaine dernière avec 140 spécialistes de 24 pays.

«L'analyse de l'ADN, qui a certes fait faire d'énormes progrès à la science criminelle, est surestimée, déclare le procureur Ulrich Weder, responsable du parquet zurichois chargé des crimes violents. Elle ne nous dit par exemple pas grand-chose sur le déroulement des faits.»

Crime ou suicide?

Andreas Schweizer, enquêteur à la section biologie du très réputé service scientifique de la police municipale de Zurich, se rappelle un cas survenu au début de l'année: «La police a retrouvé un homme mortellement poignardé sur son lit. Le couteau était juste à côté. Les analyses des traces de sang, de la forme et de la localisation des blessures ont révélé que l'homme s'était suicidé et que l'intervention d'une tierce personne était exclue.»

Dans un autre cas, le meurtrier d'un crime sans cadavre a pu être confondu: «Le produit luminescent luminol a révélé qu'un bain de sang avait eu lieu, alors que rien n'était visible à l'œil nu», se souvient Ulrich Weder.

Pourquoi la discipline fait-t-elle aujourd'hui seulement l'objet de tous les enthousiasmes? Selon Andre Hendrix, enquêteur hollandais ayant mis sur pied la 1e conférence européenne, «on l'a juste oubliée!»

Un exemple: «Le luminol, qui met en évidence des traces effacées, existait déjà au début du 20e siècle, rappelle Andre Hendrix, mais il n'a pas fait l'objet de développements pendant des décennies. Il est vrai que les produits chimiques utilisés détruisaient l'ADN. Maintenant, on dispose de produits qui sont moins agressifs pour d'autres traces. Les recherches scientifiques ont redonné de l'élan à la branche.»

Balistique du sang

A Zurich, les participants ont pu écouter, entre autres, un expert des carabinieri italiens à propos des méthodes employées lors d'explosions de bombes. Les derniers développements en matière de produits chimiques ou encore l'analyse balistique des traces de sang ont aussi été présentés.

«Aujourd'hui, nous sommes capables de déterminer l'angle de chute du sang sur une surface dure, explique Brian Allen, de l'Ontario Police College, qui donnait un atelier vendredi après-midi. Il accompagnait deux inspectrices allemandes scrutant un «tableau» fait de sang projeté.

Exercer son regard

«On dirait un seul impact avec projection de gouttes en faisceau», avance l'une d'elles. Brian Allen attend un peu. «Vous êtes sûre? Regardez la grandeur des taches: elles croissent mais aussi décroissent de bas en haut. En fait, comme si quelqu'un avait perdu du sang en agitant les bras dans tous les sens...»

Devant un autre schéma, la jeune inspectrice Priscille Merciani, de la police cantonale bernoise, étudie les traces avec deux collègues sortis comme elle de l'Institut de police scientifique de Lausanne. «La Suisse est encore un peu démunie dans ce domaine. Pouvoir s'exercer ainsi est très utile...»

swissinfo, Ariane Gigon, Zurich

COURS PONCTUELS

Les cours de base de la formation de police criminelle en Europe ne comprennent pas (encore) de volet consacré à l'interprétation des taches de sang. Les enquêteurs qui veulent se spécialiser doivent suivre des cours organisés régulièrement en Europe.

«En l'état de [leurs] connaissances», les responsables du service scientifique de la police municipale de Zurich indiquent que cinq enquêteurs suisses disposent d'une formation de base, trois à Zurich et deux au Tessin.

Un seul enquêteur suisse a suivi un cours de perfectionnement, avec présentation de cas. Mais l'intérêt est grand et leur nombre est appelé à se multiplier ces prochaines années.
La 3e Conférence sur les traces de sang devrait se tenir en 2010 au Portugal.

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LUMINOL

Le luminol est un produit chimique présentant une chimiluminescence, avec un éclat bleu caractéristique, lorsqu'il est mélangé avec un oxydant adéquat. Il s'agit d'un solide cristallin, blanc à légèrement jaune, qui est soluble dans l'eau et la plupart des solvants organiques polaires.

Le luminol est utilisé en criminalistique pour détecter les faibles traces de sang laissées sur les scènes de crime. Il est également utilisé par les biologistes pour détecter le cuivre, le fer et le cyanure.

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