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Les Suisses ont aussi quitté Bagdad

Les experts en désarmement de l'ONU ont reçu l'ordre de partir. Keystone

Fini la diplomatie, place au conflit. L'ONU a évacué ses employés d'Irak. Les Suisses sont aussi partis. Le CICR et des binationaux restent.

Ce contenu a été publié le 18 mars 2003 - 16:57

Mais le fiasco des Nations Unies n'empêche pas l'organisation de demeurer incontournable. Faute d'alternative.

Washington a «fermé la fenêtre de la diplomatie» et ouvert la voie du conflit. Le dernier ultimatum de 48 heures lancé lundi soir par le pésident américain George W. Bush à son homologue irakien Saddam Hussein rend la guerre désormais inéluctable.

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan n'avait d'autre choix que d'ordonner l'évacuation des inspecteurs en désarmement ainsi que du personnel des autres agences onusiennes.

La route d'Amman

Dans la foulée, les diplomates ont été évacués. Parmi eux, les deux représentants suisses du bureau de liaison ont quitté Bagdad mardi matin.

Christian Winter et Daniel Beyeler ont tous deux pris la route pour Amman, en Jordanie, en compagnie d'une journaliste de la Radio suisse romande.

Après les évacuations, seuls dix Suisses demeurent sur place. A savoir, deux collaborateurs du CICR, un religieux établi de longue date en Irak, ainsi que six double nationaux (suisse et irakien) et un pacifiste suisse qui aurait décidé de rester.

Un calme trompeur

Bref, la diplomatie a fermé boutique. Pourtant, ce n'est pas encore la guerre.

Dans cette sorte de vide, le calme affiché par la population irakienne cache un sentiment de malaise et d'impuissance, selon les termes du correspondant sur place de la Télévision suisse alémanique.

«Les Irakiens sont parfaitement conscients du danger, raconte Ulrich Tilgner à swissinfo. Ils sont persuadés de n'avoir aucune prise sur le cours des choses et ne doutent pas de l'imminence de l'offensive. Ils savent qu'ils doivent payer le prix des décisions de Washington.»

Le journaliste ajoute que les Irakiens se préparent depuis six mois déjà à la guerre. Et qu'ils ont constitué des stocks, en tout cas ceux qui en ont les moyens.

Une profonde déception

La guerre - qui est donc maintenant à bout portant - marque l'échec de la voie diplomatique onusienne.

Mardi, la ministre suisse des Affaires étrangères a condamné une nouvelle fois une intervention américaine en Irak sans l'aval du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Micheline Calmy-Rey a exprimé sa «profonde déception» après «l'échec» de la voie pacifique. Elle a, en outre, «regretté l'affaiblissement de l'ONU».

«Hors de ce cadre légal, a rappelé à swissinfo la cheffe de la diplomatie helvétique, la Suisse considère l'usage de la force comme une guerre. Or, la Suisse condamne toujours les agressions guerrières.»

«Pour l'heure, a toutefois nuancé Micheline Calmy-Rey, nous ne sommes toujours pas en face d'une agression armée. Je réserve donc la position de la Suisse pour le moment où la guerre sera effectivement déclenchée.»

Pas d'alternative à l'ONU

Pour autant, ce fiasco sonne-t-il la fin des Nations Unies? Professeur honoraire à l'Institut des hautes études internationales de Genève Curt Gasteyger ne le pense pas.

Ce spécialiste des politiques de sécurité rappelle que l'ONU a déjà été mise hors jeu à plusieurs reprises lors de crises graves.

«Mais, ajoute-t-il, on doit vivre avec les Nations Unies aussi longtemps qu'il n'y aura pas d'alternative crédible et efficace».

«Ce qui est nouveau, dit Curt Gasteyger, c'est l'unilatéralisme des Etats-Unis qui, par leur puissance propre, peuvent se passer des Nations Unies s'ils le jugent nécessaire.»

«Et puis, poursuit le professeur, le Conseil de sécurité, dans sa composition actuelle, ne représente plus un monde globalisé avec 190 acteurs.»

Curt Gasteyger pense qu'il faut réformer l'ONU en profondeur. Pour «qu'elle puisse mieux répondre aux défis du 21e siècle et qu'elle devienne globale dans le sens politique et stratégique».

swissinfo, Adam Beaumont, Frédéric Burnand, Isabelle Eichenberger

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