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Les partis à l'écoute des paysans

Une séance de vente du bétail, souvent par nécessité économique, qui laisse des marques chez les paysans. RDB

Le Parlement se penche mardi sur le dossier agricole. Le projet du gouvernement prévoit une poursuite des réformes dans d'ici 2011.

Ce contenu a été publié le 18 décembre 2006 - 10:14

Les organisations paysannes, qui réclament une réforme plus douce, disposent de relais au Parlement. Mais les avis divergent sur la question de savoir quel parti défend le mieux les intérêts des agriculteurs.

Autrefois protégée et subventionnée, l'agriculture suisse est depuis quelques années de plus en plus soumise à l'ouverture des marchés. Résultat: de nombreuses exploitations ont disparu et le revenu paysan a fortement diminué.

Le gouvernement veut continuer à améliorer la compétitivité. Son projet de Politique agricole 2011 (PA 2011), vise à diminuer les subventions à l'exportation et de transformer les subventions en payements directs. Par ailleurs, le budget agricole pour la période 2008-2011 sera réduit de 593 millions de francs pour s'établir à 13,499 milliards.

Fin novembre, les délégués de l'Union suisses des paysans (USP) ont lancé un appel au Parlement. L'organisation demande aux élus de freiner le rythme trop soutenu des réformes.

Une profession bien représentée

La PA 2011 sera d'abord traité par la Chambre haute avant de passer au Conseil national (Chambre basse). Or sur les travées du Parlement, le monde agricole peut espérer trouver quelques oreilles compréhensives.

Les agriculteurs représentent l'une des professions les mieux représentée au Parlement. C'est surtout le cas à la Chambre basse où les élus proches du monde paysans représentent 12% des députés.

Les paysans représentant 3,8% de la population, on peut se demander s'il n'y a pas surreprésentation. Pour John Dupraz, agriculteur, député radical (PRD / droite ) et vice-président de l'USP, ce n'est pas le cas. «Poser une telle question équivaut à dire au peuple qu'il a mal voté», rétorque-t-il.

Agriculteur et député démocrate du centre (UDC / droite dure), Guy Parmelin est plus nuancé. «On peut l'interpréter ainsi, reconnaît-il. Mais si le peuple estime qu'il faut voter pour autant de représentants du monde agricole, c'est que ces gens ne représentent pas seulement les intérêts des paysans.»

Prioritairement des élus de droite

La chose qui frappe, c'est que tous les élus appartiennent à des partis de droite, à l'exception d'un socialiste et d'une écologiste. Pour John Dupraz, ce n'est pas étonnant. «Les paysans sont des gens de droite, point final», déclare-t-il.

«Le paysan a toujours été indépendant dans l'âme avec une vision d'entrepreneur, analyse Guy Parmelin. Il ne trouvait pas de quoi le séduire dans les programmes des partis de gauche.»

On remarque aussi que la moitié de ces élus appartiennent à l'UDC. S'agit-il dès lors du parti le plus représentatif du monde agricole? Pour Guy Parmelin, la réponse est oui. «Cela tient surtout à des raisons historiques, explique-t-il. Dans plusieurs cantons, l'UDC était à la base le parti des paysans et des indépendants.»

Un rôle contesté

Mais ses adversaires politiques contestent à l'UDC ce rôle de principal défenseur des paysans. Pire, la droite dure serait contre-productive.

«L'UDC mène une politique contradictoire, note Matthias Manz, secrétaire politique du Parti socialiste. Elle fait tout pour démanteler les prestations et les budgets de l'Etat, mais revendique davantage de moyens pour l'agriculture. Les paysans voient qu'une telle politique n'est pas dans leur intérêt à long terme.»

John Dupraz a la même analyse. «Ces gens ont un double discours et c'est très pénible à vivre, note-il. On ne peut pas défendre l'idée que ce ne sont seulement les autres qui doivent se serrer la ceinture.»

Pour Guy Parmelin, il n'y a pas de contradiction. On peut réclamer une plus grande aide pour l'agriculture tout en défendant le libéralisme économique et les coupes budgétaires. «L'agriculture est en effet soumise à des conditions particulière; il lui est impossible de délocaliser», justifie-t-il.

La gauche s'engage aussi

Reste le rôle de la gauche dans la question agricole. Le petit nombre de ses élus paysans et le fait que le monde agricole vote plutôt à droite laisserait penser qu'elle se désintéresse de ce secteur.

«La gauche n'est pas très visible, reconnaît Matthias Manz. Mais au sein des diverses commissions, le PS a défendu une vision long terme, par exemple avec la promotion des produits biologiques. Nous avons contribué à ce que l'agriculture soit préparée à l'ouverture des marchés.»

D'ailleurs, le rapprochement entre la gauche et les paysans est possible. Elle a par exemple conduit au succès de l'initiative «Stop OGM» pour l'interdiction des produits génétiquement modifiés dans l'agriculture. «Je fais le pronostic que l'on verra de plus en plus de telles coalitions», prédit Matthias Manz.

Guy Parmelin pense aussi que gauche et paysans peuvent se rapprocher sur des questions touchant la protection de consommateurs. «Le paysan a progressivement intégré le fait qu'il ne suffit pas de produire, mais qu'il faut aussi vendre», conclut-il.

swissinfo, Olivier Pauchard

Faits

3,8% de la population suisse était active dans le secteur primaire en 2004
A cette date, la production agricole représentait 1,3% du produit intérieur brut national
On dénombrait 64'466 exploitations agricoles en 2004, soit plus de 34'293 de moins qu'en 1985
Le Conseil national compte 22 agriculteurs ou viticulteurs et 4 ingénieurs agronomes sur un total de 200 élus, soit 12% des députés
Le Conseil des Etats ne compte que deux ingénieurs agronomes, dont le président de la Chambre haute Peter Bieri

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