Navigation

Les nouveaux Robins des champs

Fernand Cuche (à gauche) et José Bové. Deux hommes de convictions, qui se connaissent de longue date. swissinfo.ch

Ecolos, solidaires, agitateurs, leaders de syndicats agricoles minoritaires et très actifs: tout rapproche le Neuchâtelois Fernand Cuche du Bordelais José Bové.

Ce contenu a été publié le 29 avril 2002 - 20:11

La complicité entre le secrétaire général de l'ex-Union des producteurs suisses (UPS, rebaptisée Uniterre) et le leader de la Confédération paysanne ne date pas d'hier. «Cela fait bien 15 à 20 ans que nous travaillons ensemble, puisque Fernand a été au départ de notre Coordination paysanne européenne», se souvient José Bové.

«Nos combats sont similaires, poursuit l'homme dont la pipe et la moustache ont fait le tour du monde. A partir de notre pratique de paysans, nous essayons de faire prendre en compte à la fois les questions d'emploi, d'environnement, et les questions d'alimentation. Et ceci afin que chacun se sente concerné par l'avenir de cette planète».

Un militant-né

José Bové est tombé jeune dans la marmite du militantisme. Dès 14 ans, il fréquente la Communauté de Lanza del Vasto, une sorte de sage qui prône la non-violence active.Et à 20 ans, il fait son voyage initiatique en Inde.

A son retour, il participe à l'une des manifestations contre le camp militaire du Larzac et, trois ans plus tard, il s'y installe définitivement.

En 1995, José Bové est le seul Français sur le bateau de Greenpeace qui proteste contre les essais nucléaires à Mururoa. Mais ce n'est que quatre ans plus tard qu'il accède à la célébrité avec le «démontage» du chantier du Mc Donald's de Millau et le procès qui va suivre.

Dès lors, on le voit au sommet de l'OMC à Seattle, au Forum de Davos et même tout récemment à Ramallah, parmi les internationaux qui manifestent leur soutien à Yasser Arafat.

Le coup du cochon

Lui aussi militant de la première heure, Fernand Cuche commence sa vie professionnelle comme assistant social. Mais il ne le restera que deux ans. Lorsqu'il devient paysan et s'engage à l'UPS, le «bras armé» du syndicalisme paysan mais qui n'a rien d'un repaire de gauchistes.

Au milieu des années 90 éclate la crise du porc. Au lieu d'aller pleurer à l'Office fédéral de l'agriculture, Fernand Cuche attaque directement les grands distributeurs. A coups d'occupations spectaculaires, il obtient une hausse de 30 centimes du kilo de viande payé au producteur.

En 1996, lors de la grande manifestation paysanne sur la Place fédérale, il s'impose comme un vrai leader au milieu des fumées de gaz lacrymogènes. Il est alors le seul à trouver les mots pour apaiser des agriculteurs qui se sentent trahis, tant par l'Etat que leurs organisations officielles.

A bas la «malbouffe»

«Les problèmes agricoles ne concernent pas seulement les paysans et les paysans ne doivent pas se cantonner aux seuls problèmes agricoles». Cette phrase de François Dufour, complice de José Bové et coauteur avec lui du livre «Le monde n'est pas une marchandise», résume parfaitement le credo des nouveaux «Robins des champs».

Défenseurs d'une agriculture respectueuse à la fois de l'environnement, de l'emploi et de la qualité des produits, José Bové comme Fernand Cuche sont, il est vrai, arrivés sur le devant de la scène à un moment particulièrement propice.

Après le bœuf aux hormones, la vache folle, le poulet à la dioxine et le Coca-Cola suspect, alors que le consommateur occidental commence à avoir peur de trouver des produits génétiquement modifiés dans son assiette, le thème de la «malbouffe» est particulièrement mobilisateur.

Paysans par vocation

José Bové et Fernand Cuche ont également en commun d'être venus à l'agriculture à l'âge adulte, sans se contenter d'hériter du domaine familial. Le premier est devenu éleveur, selon sa propre formule, par «hasard militant», même si, aujourd'hui, c'est un collègue de la Confédération paysanne qui s'occupe de ses brebis.

Quant au second, bien que fils de bûcheron-paysan, il a vu son père vendre sa ferme lorsqu'il n'avait encore que dix ans. C'est donc de ses propres deniers que Fernand Cuche a acquis son petit domaine. Et même s'il n'a qu'une demi-douzaine de vaches, les paysans le reconnaissent spontanément comme l'un des leurs.

«C'est certainement une chose qui nous rapproche, reconnaît José Bové. Nous ne sommes pas des paysans-nés et nous avons manifesté à un moment donné cette volonté de faire vivre un morceau de territoire. Mais sans jamais oublier nos combats pour davantage de solidarité.»

swissinfo/Marc-André Miserez

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

En conformité avec les normes du JTI

En conformité avec les normes du JTI

Plus: SWI swissinfo.ch certifiée par la Journalism Trust Initiative

Joignez-vous à la discussion

Partager cet article

Changer le mot de passe

Souhaitez-vous vraiment supprimer votre profil?