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Les Irakiens de Suisse s'opposent à la guerre

Comme de nombreux autres Irakiens de Suisse, le cinéaste Samir est opposé à la guerre. RTS

La plupart des Irakiens de Suisse souhaitent la chute de Saddam Hussein. Mais ils ne veulent pas d'une guerre.

Ce contenu a été publié le 17 février 2003 - 11:48

Beaucoup craignent que le dictateur ne sacrifie son peuple en cas d'attaque. Ils se méfient par ailleurs des intentions de Washington.

«Saddam est vraiment un homme très dangereux qui n'hésiterait par à utiliser des armes chimiques et biologiques. Pour lui, la vie humaine et son peuple n'ont pas de valeur», affirme Monsieur T, un intellectuel irakien de Lausanne qui préfère garder l'anonymat pour des raisons de sécurité.

«J'aimerais assister à une solution pacifique, ajoute-t-il. Mais je ne pense pas que cela arrivera.»

Ces réflexions illustrent assez bien le sentiment général des Irakiens de Suisse qui aimeraient voir Saddam Hussein tomber. Mais pas à n'importe quel prix.

«Je pense que les Irakiens veulent se débarrasser de Saddam et de son régime. Mais si cette guerre doit détruire notre pays et notre peuple, nous préférons nous en passer», déclare pour sa part un représentant du Centre culturel arabo-suisse de Zurich qui veut lui aussi rester anonyme.

Ce sentiment est partagé par Samir, un cinéaste né à Bagdad et dont le dernier film documentaire s'intitule «Oublier Bagdad».

«J'ai très peur que l'armée américaine ne provoque une catastrophe, parce que si un dictateur - un malade du type d'Hitler - se trouve acculé, il tentera de nuire à son propre peuple», estime-t-il.

«Si j'avais le choix entre garder Saddam ou le voir s'en prendre aux Irakiens à cause de la guerre, je préférerais conserver le dictateur, ajoute-t-il. L'histoire montre en effet que les dictateurs ont toujours fini par tomber.»

Sukar Al Gazally, le responsable de la Société irakienne en Suisse, est également d'avis que la guerre «aurait des conséquences catastrophiques pour l'Irak.»

La politique américaine en question

«Les Irakiens ne veulent pas de la guerre, ils veulent la paix, déclare Sukar Al Gazally. Ils ne veulent pas de Saddam, mais ils ne veulent pas des Américains non plus.»

De fait, de nombreux Irakiens de Suisse pensent que les Etats-Unis et leurs alliés n'ont aucun droit d'attaquer leur mère patrie.

Pour eux, il est clair que le changement doit venir de l'intérieur même de l'Irak et que la communauté internationale devrait appuyer de tout son poids les mouvements d'opposition à Saddam Hussein.

«Bien sûr, je ne peux pas imaginer que Saddam partira de son propre gré, mais je ne comprend pas pourquoi le monde ne soutient pas l'opposition irakienne, qui lutte depuis des décennies pour faire tomber cette dictature, déclare Samir. J'ai entendu bon nombre de membres de l'opposition déclarer que le gouvernement américain n'avait même pas pris contact avec eux.»

Selon Samir, l'épreuve de force à propos de l'Irak crée un nouvel ordre mondial «qui repose sur un pouvoir impérialiste qui fait fi de la souveraineté des autres nations et qui se montre très paternaliste et supérieur vis-à-vis du Tiers Monde».

«Au lieu de donner du temps à l'opposition et de l'aider à se renforcer, les Américains ne croient qu'en leur propre puissance, ce qui consiste à bombarder les autres pays», poursuit-il.

Mais Samir n'est pas le seul à se poser des questions sur les intentions du gouvernement américain. Sukar Al Gazally estime que des enjeux politiques et économiques sont au cœur de la politique du président George W. Bush.

«Les Américains ne font pas de sentiment, déclare-t-il. Ils ne savent rien des Irakiens, de leurs intérêts ou de leur situation. En fait, la grande question consiste à savoir s'ils veulent vraiment libérer l'Irak ou plutôt s'emparer du pétrole et du pouvoir.»

Selon Monsieur T, de nombreux Irakiens se méfient des Etats-Unis et ne souhaitent pas voir débarquer les forces américaines. Pour lui, le soulèvement des chiites en 1991 montre d'ailleurs bien comment les Américains ont laissé tomber les Irakiens durant la première Guerre du Golfe.

«L'opposition avait le contrôle sur de nombreuses provinces irakiennes, mais les Américains ne sont pas intervenus et ont permis à Saddam d'utiliser ses hélicoptères pour réprimer la rébellion», rappelle-t-il.

Pour Samir, cette politique n'a eu pour conséquence que de développer le fondamentalisme islamique. «Ce type de fanatisme religieux n'avait jamais existé en Irak, mais il a été alimenté par la mauvaise politique de l'Occident, et plus spécialement des Etats-Unis», juge-t-il.

Une guerre (presque) inévitable

Quel que soit leur avis sur la façon dont l'actuelle crise devrait être résolue, la plupart des Irakiens de Suisse estiment que Saddam Hussein ne peut être renversé que par la force et que le début de l'attaque américaine n'est qu'une question de temps.

«Nous ne pouvons pas soutenir la guerre, mais nous imaginons que c'est la seule issue possible... car nous connaissons le président irakien», conclut Monsieur T.

swissinfo, Anna Nelson à Genève
(traduction: Olivier Pauchard)

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