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Swiss Made

Les horlogers suisses survivront-ils au 21e siècle?

On n’a plus vraiment besoin d’une montre pour savoir l’heure. Dès lors, pourquoi l’industrie horlogère suisse non seulement survit, mais en plus prospère?

Ce contenu a été publié le 01 février 2023 - 17:14
Skizzomat (illustration)

L’industrie horlogère traditionnelle a maintes fois évité de sombrer dans le gouffre, malgré des prévisions qui annonçaient sa disparition imminente. Vivant depuis des décennies avec une épée de Damoclès sur la tête, elle a réussi à miser avec succès sur son savoir-faire et son image de tradition tout en s’adaptant aux nouveaux canaux de distribution.

Contrairement à l’industrie horlogère britannique, disparue il y a bien longtemps, les marques suisses ont survécu à la production industrielle d’inspiration américaine du 19e siècle en imitant ses procédés.  

La crise du quartz des années 1970 a constitué un autre défi important. Même si la technologie des montres à quartz a été inventée en Suisse, elle n’a d’abord pas trouvé grâce aux yeux des horlogers helvétiques.

Mais leurs concurrents japonais, à l'instar de Seiko, ont adopté les mouvements à quartz, ce qui leur a permis de fournir des montres moins chères et plus précises que n’importe quel garde-temps suisse. Plusieurs entreprises horlogères helvétiques n’ont pas survécu à cette crise. Finalement, une réponse a été trouvée sous la forme des montres Swatch.    

Le dernier défi en date provient du lancement de l’Apple Watch et d’autres objets connectés qui, même si ce n’est pas leur principal argument de vente, donnent aussi l’heure. 

La marque à la pomme vend aujourd’hui davantage de montres que l’ensemble des maisons horlogères suisses réunies. Jusqu’à présent, seuls quelques horlogers helvétiques qui produisent des pièces plus abordables se sont frottés à ce nouveau segment.

La plupart des autres horlogers préfèrent s’en tenir à ce qu’ils savent faire le mieux, à savoir des garde-temps de haute horlogerie destinés aux nantis. Ces dernières années, les maisons horlogères suisses n’ont cessé de monter en gamme.

La forte demande pour certaines pièces dont les prix s’envolent sur le marché secondaire a également pour conséquence d’accroître la concentration des bénéfices au profit de quelques marques qui accaparent une grande partie des bénéfices de la branche.

Prisés par les investisseurs et considérés comme des valeurs refuges en temps de crise, certains modèles des marques les plus prestigieuses sont quasiment introuvables en magasin. Nous avons recueilli le témoignage de passionnés japonais d’horlogerie qui s’engagent dans un véritable marathon pour tenter de mettre la main sur la Rolex de leurs rêves.

Cette tendance à vendre moins de montres, mais à un prix toujours plus élevé, pourrait déboucher sur un cercle vicieux. En raison du manque de volume, l’industrie risque de rencontrer plus de difficulté à lever les fonds nécessaires au financement de l’innovation.

Reste qu’à l’instar de Swatch, qui s’est relancée grâce au lancement de la «Moonswatch», issue de la collaboration avec Omega, quelques marques s’accrochent encore à l’idée d’une horlogerie «Swiss made» abordable. C’est notamment le cas de l’entreprise Mondaine, qui produit les montres-bracelets au design des célèbres horloges de gare CFF.

Dans ce marché horloger dominé par les géants de l’industrie du luxe et quelques grandes maisons prestigieuses (Rolex, Patek Philipp, Audemars Piguet, Richard Mille), de petites marques indépendantes parviennent tout de même à tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de l’artisan-horloger Kari Voutilainen, un des grands noms de la haute horlogerie contemporaine, dont les modèles s’arrachent parmi les riches collectionneurs du monde entier.

Des néo-entrepreneurs tentent de bouleverser une industrie réputée pour son conservatisme et son immobilisme lorsqu’il s’agit d’envisager d’autres modèles d’affaires. Le Neuchâtelois Thomas Baillod a ainsi lancé une montre à tourbillon à moins de 5000 francs pour démontrer que la montre moyen de gamme a encore sa place dans une industrie horlogère de plus en plus tournée vers l’ultra-luxe.

D’autres initiatives voient le jour pour tenter de séduire une nouvelle clientèle passionnée d’horlogerie mais qui n’a pas forcément les moyens de s’offrir des garde-temps à plusieurs milliers ou dizaines de milliers de francs. La start-up jurassienne Initium propose d’assembler sa propre montre mécanique et de l’emmener avec soi à la fin de la journée. Un concept que nous avons nous-mêmes testé.

Malgré toutes les crises traversées, la dernière en date en 2020 avec la pandémie du Covid-19, la posture attentiste de l’industrie horlogère lui a permis de traverser bien des tempêtes et d’éviter de succomber aux modes. Les montres mécaniques produites en Suisse restent un symbole de statut et restent très convoitées, même s’il y a bien longtemps qu’on n’a plus besoin d’elles pour savoir l’heure.

En conformité avec les normes du JTI

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