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Les eaux sous la cité

Sous la vieille ville de Berne, les canalisations sont creusées dans le grès. swissinfo.ch

Les Suisses consomment beaucoup d'eau: 162 litres par jour et par tête. D'où la nécessité de retraiter les eaux usées.

Ce contenu a été publié le 03 juillet 2003 - 23:16

Pour comprendre leur parcours, visite dans les canalisations historiques de la ville de Berne.

«Est-il possible de visiter les canalisations de la ville?», demandent deux journalistes qui veulent suivre la course des eaux jusque dans les tréfonds de la cité.

«Bien sûr, mais vous devrez emporter un masque et des palmes», répondent les responsables de l'édilité de Berne avec un sourire ironique.

Blague à part, un voyage sous les rues de la capitale n'est pas aussi aventureux et, en quelques minutes, le rendez-vous est pris. Il suffit de bottes et d'un peu de bonne volonté.

Guides improvisés, trois techniciens de l'édilité soulèvent un lourd couvercle de ciment. Le voyage dans les entrailles de la ville peut commencer.

Nous sommes à Berne. Mais ce pourrait être dans n'importe quelle ville d'un pays développé. Car toutes disposent de canalisations destinées à évacuer les eaux usées des maisons pour les transporter vers les stations d'épuration.

Les acteurs d'un monde souterrain

«Nous travaillons dans l'ombre, mais, sans nous, la ville ne fonctionne pas», rappelle Markus Neuenschwander, l'un des guides. Quand quelque chose se coince, ce sont en effet ces techniciens qui interviennent.

«Une fois, une pompe s'est bouchée à la veille de Noël, se souvient Markus Neuenschwander. Nous avons passé des heures à remettre tout en ordre, mais nous avons réussi à éviter le pire.»

Les hommes qui font fonctionner ces infrastructures viennent d'horizons divers. «Ils appartiennent à toutes sortes de métiers, explique Markus Neuenschwander. Il y a des maçons, des plombiers ou encore des électriciens. Ainsi, quelle que soit la tâche à accomplir, nous sommes autonomes.»

«Il y a trente ans que je travaille ici et je ne m'ennuie toujours pas», déclare un autre accompagnateur, Hans-Ulrich Wingeier.

Avec les progrès techniques, «tout est devenu plus facile, dit-il encore. Quand j'ai commencé, chaque tuyau devait être nettoyé à la main. Aujourd'hui c'est automatique et pour les endroits les plus étroits, nous avons des robots.»

Un petit air rocambolesque

La visite commence à l'ombre de l'Hôtel de Ville. «Les documents nous indiquent que Berne avait un système de canalisations en 1300 déjà», affirme le technicien Thierry Krähenbühl.

Un canal ouvert dans lequel les habitants jetaient leurs déchets passait à travers la ville médiévale. Bien que cette eau servait aussi à combattre les incendies au centre de la cité, ce système a été changé pour des raisons d'hygiène.

Dès 1600, le grès sur lequel est construit la ville a été creusé en profondeur pour permettre un écoulement efficace qui évite la puanteur. L'eau potable des fontaines a alors disposé de son propre système de conduites.

Une partie de ces installations est encore en service aujourd'hui. Toute une série de vastes galeries permet notamment de diriger l'eau depuis le Parlement local vers le fleuve.

«Ces galeries servaient à évacuer les eaux usées, mais constituaient aussi une issue de secours pour les aristocrates qui siégeaient au Conseil», ajoute Markus Neuenschwander.

Avec cette précision, l'escalier en colimaçon qui s'enfonce dans la roche donne à l'endroit un petit air rocambolesque.

Pièce de théâtre souterraine

Les infrastructures souterraines se sont développées en même temps que la ville. Chaque nouveau quartier compte également une extension en sous-sol.

Les cabines de contrôle modernes renseignent les techniciens sur tout ce qui ce passe, à n'importe quel moment.

Des citernes récemment construites recueillent les eaux usées lorsque les stations d'épurations n'arrivent momentanément plus à les digérer.

A l'intérieur de ces cathédrales de ciment, le bouillonnement de l'eau est inquiétant. «Mais c'est justement ça qui est beau. Ce n'est pas pour rien qu'on n'y a une fois enregistré une pièce policière radiophonique», ce rappelle Hans-Ulrich Wingeier.

Les vieux tunnels, creusés à la main au cours des siècles passés, subissent progressivement un «lifting» qui évite que des substances dangereuses se répandent. «Pourquoi les abandonner, si elles fonctionnent parfaitement», remarque l'un des experts.

Un spectacle impressionnant

«Ce n'est pas le pire endroit pour travailler, affirment les techniciens. Il y fait frais l'été et une douce tiédeur y règne l'hiver. Même l'odeur n'est pas si difficile à supporter.»

En plus, les travailleurs des profondeurs profitent d'un spectacle impressionnant. L'eau calcaire produit un peu partout des structures bizarres. Des stalactites immaculées pendent de la roche et la lumière crée une atmosphère particulière.

Les techniciens sont fiers de leur travail, mais ils tiennent à répéter que seule la discipline des habitants de la surface peut garantir le bon fonctionnement du monde souterrain.

Certains déchets peuvent en effet provoquer de gros problèmes. «Le pire, ce sont les bas nylon jetés dans les toilettes, indique Thierry Krähenbühl. Ils bouchent les pompes et il faut des semaines pour tout remettre en état.»

C'est maintenant l'heure de retourner en surface. Près d'une sortie, les techniciens conservent les objets les plus étranges récupérés durant des années de travail. On y découvre entre autres des montres, de la monnaie ou encore des jouets.

swissinfo, Daniele Papacella
(traduction: Olivier Pauchard)

Faits

L'agglomération de Berne compte 350 000 habitants.
La ville dispose de 320 kilomètres de canalisations.
8000 bouches d'égout permettent d'accéder au réseau.
21 personnes s'occupent de l'entretien des canalisations.
La manutention coûte 4 millions de francs par année.

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En bref

- Certaines canalisations remontent à 1600. Mais le développement du réseau moderne a débuté en 1800. Le but: protéger la population de la puanteur et d'épidémies comme le typhus.

- Aujourd'hui, toutes les eaux usées sont dirigées vers une station d'épuration, la troisième plus grande en Suisse. Les eaux ne sont rejetées directement dans le fleuve qu'en cas de tempêtes.

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