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Les deux milliards promis par Berne font des vagues

Le tourisme souffre particulièrement du franc fort. Keystone

Le gouvernement veut débloquer deux milliards à court terme pour lutter contre le super-franc et sauver des emplois. Reste à connaître les mesures exactes et les montants, mais la presse nationale réagit avec scepticisme.

Ce contenu a été publié le 18 août 2011 - 12:51
Isabelle Eichenberger, swissinfo.ch

«Grand bricolage», «Sparadrap en urgence», «Ecran de fumée», «Principes oubliés», «Bol d’air», «Mieux vaut tard que trop tôt»… Les titres de ce jeudi affichent la couleur du doute à propos des mesures annoncées, notamment sur un soutien à court terme à la branche du tourisme et de l'hôtellerie, particulièrement touchée par le franc fort.

Alors qu'on aurait pu s'attendre à une sortie de l'artillerie lourde, le Blick lance au contraire un coup de chapeau au «courage» du Conseil fédéral qui «plonge si profond dans la caisse».

Le quotidien de boulevard relève «ce signal important pour les places de travail». «C'est non seulement juste au niveau du contenu, mais aussi c'est un signal psychologique fort» de voir le ministre de l'Economie Schneider-Amman, ancien industriel, «s'engager pour la sauvegarde des emplois». 

A l'autre extrême, la Neue Zürcher Zeitung se montre grincheuse en voyant ainsi «oubliés», voire «ébréchés», les «grands principes» de la tradition libérale chère à la Suisse bourgeoise.

«En attribuant des subventions directes à certaines entreprises, le Conseil fédéral briserait un tabou. Jusqu'ici, la Suisse était fière de de pas devoir financer son industrie.»

Mobilisation tardive

Pour L’Agefi, «on assiste en Suisse à une sorte de mobilisation générale tardive contre l’effet local le plus spectaculaire d’une crise mondiale». Mais le quotidien économique a du mal à «dissocier ces mesures de l’atmosphère électoraliste dominante: plusieurs partis et membres du gouvernement sont menacés, et la solidarité semble fonctionner pleinement. Il y a des faveurs pour à peu près tout le monde».

De même, La Tribune de Genève et 24 Heures estiment qu'il faut saluer «ces signaux de fumée sur le papier». Reste à voir si «ces mesures pourront être rapidement et efficacement appliquées, ce qui est une toute autre histoire», s’inquiètent les deux quotidiens. Et de mettre le doigt sur «la tâche compliquée» qui guette les ministres de l’Economie et des Finances, qui consistera à établir la liste des entreprises exportatrices concernées.

Le Temps, lui, estime surtout que «subventionner les cotisations sociales est une mauvaise idée» car elle «crée une dangereuse inégalité de traitement entre les branches et comporte un risque élevé de distorsion de la concurrence». Bien sûr, relève le quotidien romand, c'est un «geste fort» du Conseil fédéral que de «brandir une somme considérable» mais ce geste est, pour l’instant, «surtout psychologique» et il faudra en attendre les effets concrets. «Dans le cas du franc fort, la Banque nationale peut prendre des décisions qui déploient très vite leurs effets. C’est plus difficile pour le Conseil fédéral». Il ne faut donc pas s’étonner qu’«aucune mesure applicable à court terme n’ait pu être annoncée».

«La situation est difficile parce que le gouvernement a une vaste mission, mais n’a pas beaucoup de munitions», analyse le Landbote. Le Conseil fédéral est «sur le bon chemin», mais le Parlement va devoir se prononcer sur ces deux milliards dès la session de septembre. Il est vrai que c’est «maintenant que souffre l’industrie d’exportation» et que, «en pleine campagne électorale, personne ne peut se permettre de ne rien faire». Mais le Landbote met en garde contre des décisions hâtives, voire «irréfléchies».

Aller vite

L’important c’est d’aller vite, estime La Liberté: «Le Conseil fédéral apporte un bol d’air au secteur du tourisme et à l’industrie d’exportation. L’investissement est conséquent mais le succès repose avant tout sur les mesures à court terme. L’effet doit être rapide pour préserver les emplois».

A ce propos, le quotidien fribourgeois souligne «l’intérêt» de l’idée d’une prise en charge par la Confédération d’une partie des charges sociales sur les salaires.

Le Corriere del Ticino juge que la «décision de Berne est en soi positive», voire «utile» , mais avertit qu’«il faudra éviter de rouvrir le robinet pour des dépenses publiques excessives. Aujourd'hui, la Suisse a en effet des comptes publics en bonne santé, motif de sa bonne position actuelle, due aussi au fait qu'elle a fait preuve de prévoyance en priorité.»

Plan de sauvetage

Mercredi, le Conseil fédéral a annoncé un plan de sauvetage de deux milliards en faveur des industries d'exportation et du tourisme, particulièrement touchés par la cherté du franc.

On ne connaît pour l'instant que les cinq domaines destinataires de cette aide:  industrie d'exportation, tourisme, innovation et recherche,
infrastructures et consommateurs.

Une solution basée sur un abaissement des cotisations sociales est à l'étude, mais un groupe de travail doit encore
préciser les mesures concrètes.

Le Parlement pourra se prononcer durant la session d'automne.

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