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Les caricatures de Mahomet font des vagues

Des militants du Hamas ont brûlé un drapeau danois dans la ville palestinienne de Naplouse. Keystone

Alors que les musulmans de Suisse se disent «choqués», le débat fait rage sur les limites de la liberté des médias et le respect de la religion.

Ce contenu a été publié le 03 février 2006 - 22:06

La publication des caricatures du prophète par divers journaux européens n'a fait que redoubler la colère de milliers de musulmans vendredi dans le monde entier.

Provoquée au départ par la publication par deux journaux scandinaves de douze caricatures de Mahomet, la bataille entre défenseurs de la liberté d'expression et musulmans outragés s'est accentuée, les premiers publiant les dessins dans les médias, les seconds dénonçant le «blasphème» de la représentation du prophète.

Face à ce tollé, la communauté internationale réagit en ordre dispersé et la presse fait son examen de conscience. En Suisse, le président du Conseil de la presse, Peter Studer, défend la liberté des médias dans les limites du respect de la dignité humaine et de la foi religieuse.

Mais Peter Studer estime que le Mahomet des dessins incriminés – représenté par exemple avec un turban en forme de bombe – n'est visiblement pas le personnage révéré par la majorité des musulmans. «La différence est très importante, a-t-il déclaré, ce Mahomet-ci est celui des islamistes violents.»

Deux points de vue

Ce qui complique encore le débat, c'est que, pour nombre de protestataires, le fait de publier le portrait du prophète est déjà considéré en soi comme blasphématoire et insultant.

«Le Prophète est pratiquement intouchable», rappelle en effet Hafid Ouardiri, de la Mosquée de Genève. Et de regretter qu'en s'empressant de republier les dessins en question, «même dans un but d'informer sur ce qu'il ne faut pas faire», les autres médias ont «jeté de l'huile sur le feu».

Tariq Ramadan, intellectuel musulman de Suisse, estime qu'il faut tenir compte des deux points de vue. Il relève que la caricature, notamment de la religion, est une très vieille tradition des démocraties occidentales. Le problème c'est que la société européenne a changé depuis qu'elle abrite aussi des millions de musulmans. «Nous avons besoin d'un débat de fond», conclut-il.

Le même appel est lancé par le dessinateur de presse Chapatte, «effaré» de la dangerosité de la situation.

«Le dessin est une arme. Mais une arme qu'il faut utiliser avec précaution: en principe, on dessine pour dire quelque chose. En l'occurrence, je trouve un peu bon marché de tester sa liberté sur le dos de la foi d'autrui.», estime-t-il.

Le monde coupé en deux

Vendredi après la prière, alors que manifestations et échauffourées se multipliaient dans des dizaines de pays, la colère des musulmans a gagné l'Asie. En Indonésie, premier pays musulman au monde, le hall de l'ambassade du Danemark à Djakarta a été saccagé.

De son côté, le Danemark a répété qu'il ne pouvait présenter des excuses pour un journal «libre et indépendant», position affichée par nombre d'autres Etats européens. A l'exception de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, jugeant que l'affaire constituait une incitation «inacceptable» à la haine religieuse.

De son côté, le cardinal italien Achille Silvestrini a admis que l'on puisse faire des satires sur les «us, coutumes ou comportements des musulmans, mais pas sur le Coran, Allah ou son Prophète».

Quatre journaux suisses

Initialement publiées le 30 septembre par le quotidien conservateur danois «Jyllands-Posten», ces 12 illustrations du dernier prophète de l'Islam ont été reproduites le 10 janvier par le magazine chrétien norvégien à tirage confidentiel «Magazinet», au nom de la liberté d'expression.

Alors que le débat enflait, divers journaux ont publié un ou plusieurs dessins. En Suisse, l'initiative a été prise par le «Blick», «Le Temps», «24 Heures» et «La Tribune de Genève».

Dans le monde arabe et musulman, seul le tabloïd jordanien «Al- Shihan» a publié des caricatures. Mais l'hebdomadaire a vite été retiré des kiosques et son rédacteur en chef limogé.

swissinfo et les agences

En bref

- Le 30 septembre, le quotidien consevateur danois «Jyllands-Posten» a publié 12 dessins satiriques, intitulés «Les visages de Mahomet».

- Elles ont été reproduites le 10 janvier par le magazine chrétien norvégien «Magazinet» au nom de la liberté d'expression.

- Au fil de la polémique, plusieurs journaux européens dont 4 suisses, mais aucun britannique ni américain, ont republié certains dessins.

- Vendredi, l'affaire a pris des proportions mondiales avec des manifestations dans des dizaines de pays.

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Faits

Selon le recensement de 2000, 311'000 musulmans vivent en Suisse, surtout en provenance des Balkans ou de Turquie.
Leur nombre a augmenté de 2,2% de la population totale en 1990 à 4,3% in 2000.

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