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Les armes dans le rétro...viseur

Le tir, une tradition ancrée dans l'histoire suisse. RDB

Le 13 février, les Suisses se prononceront sur la question des armes. Au cœur de l’initiative soumise au peuple, l’établissement d’un registre national des armes et la suppression du droit de conserver l’arme de service à la maison. Une tradition de longue date. Analyse socio-historique.

Ce contenu a été publié le 24 janvier 2011 - 13:55
Laureline Duvillard, swissinfo.ch

Elle trône polie, droite comme un i, bien rangée dans un réduit. Ou alors, elle est cachée, poussiéreuse dans le fond d’un grenier. Conservée avec fierté ou indifférence, elle est présente dans un grand nombre de foyers suisses. Elle? L’arme d’ordonnance. Celle que les soldats suisses peuvent garder à domicile durant la période de leurs obligations militaires et même sous certaines conditions, après la fin de la conscription.

En Suisse, en raison de cette spécificité, de nombreux foyers sont armés. Et on retrouve beaucoup d’armes militaires en circulation. «Dans le pays, on a un taux d’ environ 25% de propriétaires d’armes, mais si on faisait abstraction des armes militaires ce taux ne dépasserait pas 10-15%, comme en France ou en Allemagne. Ce qui est normal en comptant les chasseurs et les tireurs sportifs», relève Martin Killias, criminologue à l’université de Zurich.

La Suisse pays neutre, est aussi un pays d’armes. Petite analyse de la manière dont ces objets sont devenus familiers au pays. Et en particulier, retour sur la tradition qui autorise le soldat à rejoindre son domicile, l’arme d’ordonnance en bandoulière. 

Un pays de tireurs

La spécificité suisse qui donne le droit de conserver une arme dans son doux foyer, est intrinsèquement liée à l’attachement du pays au tir. «La tradition liée au tir, aussi bien au fusil qu’à l’arbalète ou l’arquebuse est ancrée dans l’histoire du pays. Le tir n’est pas uniquement pratiqué dans le cadre militaire, il l’est aussi lors de cérémonies religieuses ou de fêtes, comme les abbayes qui existent toujours», note Pierre Streit, historien et directeur du Centre d’histoire et de prospective militaires à Pully, dans le canton de Vaud. Et de relever qu’en 1817, à l’heure du 1er règlement militaire fédéral, la pratique du tir est aussi bien un sport national qu’un symbole d’unité.

«Jusqu’à la fin de la guerre froide, il y a l’idée que l’armée suisse est faible, mais que les citoyens qui la composent sont des bons tireurs, comme l’illustre le mythe de Guillaume Tell» relève Rudolf Jaun professeur d’histoire à l’Académie militaire et à l’université de Zurich. D’ailleurs, la fête fédérale de tir d’Aarau qui a vécu en 1824 sa première édition, reste un événement majeur dans le pays. En 2010, elle a réuni des dizaines de milliers de tireurs.

Citoyen-soldat

Dans ce contexte historique, armer le citoyen qui est aussi soldat, puisque l'armée suisse a toujours été de milice, coule de source. Ainsi, les hommes des villes et des campagnes, se voient confier une arme dès le début du XVIIIème siècle. Et celle-ci, prend une grande importance. «Dans le canton de Berne, par exemple, si un homme voulait se marier, il devait montrer au curé ou au pasteur qu’il était armé. Et dans le canton de Lucerne, celui qui était propriétaire d’une maison, devait disposer d’une arme», note Rudolf Jaun.

A la fin du XVIIIème siècle, presque chaque citoyen-soldat possède, donc, sa propre arme. Mais ce n’est qu’en 1848, avec la création de l’armée fédérale que l’Etat procède à une centralisation et met à disposition des armes standardisées. «La gestion des armes militaires a évolué en parallèle à l’unification du pays et à son évolution politique. L’Etat remet des armes en prêt, qui sont toujours restées en mains du soldat, mais qui ont d’abord été gérées au niveau individuel, puis cantonal et ensuite fédéral», souligne Pierre Streit.

Des armes sans munitions

Ainsi, la tradition de rentrer au bercail avec son fusil sous le bras est vieille de plus de 300 ans. Par contre, les soldats n’ont pas toujours eu le loisir de conserver les munitions. Le mélange des deux s’étant rapidement révélé explosif. «Dans les années 1890, les munitions sont gardées à la maison. Mais on remarque vite des problèmes de suicides et de meurtres. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, elles sont donc maintenues à l’arsenal. Elles seront réintroduites, avec la guerre, de manière provisoire. Puis officiellement en 1951 avec la guerre de Corée. Ceci jusqu’en 2007, année où le Gouvernement décide que les munitions doivent à nouveau être déposées à l’arsenal» explique Rudolf Jaun.

Un pas qui exemplifie l’évolution du rapport entre les Suisses et leurs armes. Avec le changement de visage des menaces qui pèsent sur le pays, l’armée tout comme l’arme d’ordonnance prend moins de place dans les coeurs hélvétiques. Même si dans la petite contrée de Guillaume Tell l’ancrage de la tradition reste vif. Le débat autour de l'initiative «pour plus de protection face à la violence des armes» le montre.

Armes à feu, chiffres

1/4 . Le criminologue Martin Killias note que selon les derniers relevés statistiques de 2005, c'est la proportion de personnes qui ont accès à des armes en Suisse.

236. *Le nombre d’ homicides ou de tentatives d’homicides avec des armes à feu commis en 2009. 

239. *Le nombre de suicides ( 264 en 2007) avec des armes à feu en 2008, alors qu’en 1995, il y en avait 392. 18,2% des suicides ont été effectués en 2008 à l’aide d’armes à feu. Les armes à feu sont le troisième moyen de suicide, après l’empoisonnement (30,1%) et la pendaison (23%).

259. *Le nombre de décès dus aux armes à feu en 2008.

2,3 millions. Selon la police fédérale, c’est le nombre d’armes en Suisse. Dans les foyers suisses, il y aurait, selon les estimations, environ 1,7 million d’armes militaires.

*Source: Office fédéral de la statistique (OFS)

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L’initiative en bref

L’initiative a été remise à la Chancellerie fédérale le 22 février 2009, munie de 106'037 signatures valables.
 
Elle émane d’une coalition regroupant quelque 70 organisations: défense des droits de l’homme, syndicats, prévention du suicide, Eglises, associations de lutte contre la violence faite aux femmes, mouvements pacifistes, etc.
 
Principales exigences: établissement d’un registre national des armes, justification d’un besoin et de compétences pour posséder une arme, stockage des armes militaires dans des lieux sécurisés, interdiction de posséder des armes particulièrement dangereuses (armes automatiques, fusil à pompe) à titre privé.
 
Au niveau politique, l’initiative a reçu le soutien de la gauche. Le gouvernement et la majorité de droite du Parlement recommandent en revanche au peuple de la rejeter.

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