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Le tissu des PME permet à l'Inde de se maintenir

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Alors que la crise balaie la planète, swissinfo recueille en cette fin d'année les témoignages – constats, analyse et espoirs - de Suisses expatriés sur les cinq continents. Aujourd'hui, Marc Treves, consultant immobilier basé à New Delhi et organisateur d'événements à travers le monde.

Ce contenu a été publié le 01 janvier 2009 - 14:04

swissinfo: La crise fait la une des journaux depuis des mois. Pouvez-vous en observer les effets concrets dans le quotidien?

Marc Treves: On va dire qu'en Inde, on parle plutôt de ralentissement que de crise réelle. Ici, la crise ne touche que les métiers et les professions qui ont une vocation internationale. On constate donc un ralentissement général dans les industries de pointe mais tous les commerces traditionnels jouissent d'une demande plus ou moins constante. Ce qui est sûr, c'est que nos plus gros clients internationaux, eux, ressentent particulièrement les répercussions de la crise.

swissinfo: Vous travaillez en tant qu'organisateur d'événements à travers le monde - qu'est-ce qui a changé dans votre environnement professionnel?

M.T.: L'annulation de certains plans sur 2009. Une partie des activités marketing où nous sommes les maîtres d'oeuvre reste dans l'incertitude pour 2009. Ni annulées, ni reportées mais suspendues. Les années précédentes, on avait un calendrier avec plus ou moins de visibilité, mais là, si je prends le pipeline pour l'année prochaine, il est inexistant. On a une jolie petite feuille blanche.

swissinfo: Voilà pour vos activités internationales, mais cela touche-t-il vos activités indiennes?

M.T.: Au contraire, nos clients indiens viennent nous demander conseil pour que nous les aidions dans cette période de fléchissement. Ils font peut-être des efforts et sabrent ailleurs, mais ils continuent à demander nos services. Je le rappelle: ici en Inde, nous ne sommes pas face à une réelle crise. Même si les prévisions de croissance ont été revues à la baisse, elles sont autour de 7% pour l'année prochaine. Ce qui reste très, très bon.

swissinfo: En 1998, vous travailliez dans le conseil immobilier à Moscou au moment de la grande crise économique qui a frappé la Russie...

M.T.: C'était une crise très dure, partie du Sud-Est asiatique, Malaisie, Thaïlande, Corée du Sud... J'en discutais récemment avec des clients thaïlandais, pour eux la crise, c'est 98. Ce qui se passe aujourd'hui, ce n'est rien.

En 98, la Russie était un pays dans une période de reconstruction post-soviétique, qui n'avait pas les outils de contrôle - ni l'expérience - pour faire face à une crise de cette ampleur. Tous ceux qui avaient de l'argent sur un compte ont tout perdu. Que vous ayez 1000 ou 50.000 dollars, c'était pareil. J'ai perdu tout ce que j'avais à la banque, j'ai déchiré ma carte de crédit. Je n'ai même pas eu besoin de clôturer mon compte parce qu'il a été clôturé avec la banque lorsqu'elle a été fermée.

Pourtant en bon Suisse, j'avais fait attention, j'avais essayé de choisir une banque qui semblait plus solide, plus propre, plus nette que les autres. Cela n'a rien changé. Il y a avait trois mille banques, il en est resté 180. On était revenu à l'échange de marchandises, au troc, comme à l'époque soviétique.

swissinfo: Et vous ne craignez pas que ça se reproduise aujourd'hui?

M.T.: Non, ici le désespoir existe mais c'est le désespoir quotidien d'une très grande partie de la population. Et pour eux, ça peut difficilement être plus difficile que ça ne l'est déjà. Ici, c'est une crise qui n'est vécue que par le sommet de la pyramide sociale.

swissinfo: Coluche disait dans son sketch «Le chômeur»: «Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça». Votre réaction?

M.T.: Je pense que c'est très vrai mais en Inde il faut toujours relativiser les choses. Il faut bien comprendre que ce qui fait la richesse de l'Inde, c'est d'abord un tissu économique composé d'entrepreneurs.

Il y a quelques très grandes familles et très grosses sociétés comme Tata, que tout le monde connaît, mais le vaste tissu économique indien est fait de petits et de moyens entrepreneurs. Je dirais même: surtout de petits entrepreneurs. Aujourd'hui, c'est justement ce tissu qui permet une certaine stabilité dans le pays, car ces petits patrons ont relativement peu de relations avec l'international.

swissinfo: Et pour les plus pauvres?

M.T.: Est-ce que vous pouvez être encore plus pauvre que dormir dans la rue et ne pas savoir ce que vous allez manger ce soir? Crise ou pas crise, ce n'est pas possible. Il n'y a que la mort au-delà. Ce que je peux vous assurer, c'est que les 70% de la population indienne qui vivent dans les campagnes ne sont pas au courant de l'existence d'une crise internationale. Ils ont des priorités de survie quotidienne beaucoup plus graves. Ici, peut être plus qu'ailleurs, il y a un fossé entre le monde de la bourse et le reste du pays

swissinfo: Croyez-vous au fait que de cette crise pourrait émerger un monde plus sain? Et en quoi le serait-il?

M.T.: Vous savez, l'Inde est un pays émergent. Ce ralentissement est un moment de repos qui peut se révéler bénéfique, parce que la croissance a été effrénée ces dernières années (ndlr : près de 10% par an). Cela devenait insoutenable. Les infrastructures n'arrivent pas à suivre. On ne peut pas construire du jour au lendemain des autoroutes, des aéroports, des centrales électriques. Ce répit va permettre de donner un peu de temps au temps. Ce ralentissement est peut-être le bienvenu.

swissinfo, Miyuki Droz Aramaki à New Delhi

Marc Treves

Son diplôme de Sciences-po en poche, il fait sa valise et part travailler dans la publicité à Milan. «C'étaient les années 80, les années pub, les années Séguéla».

1992: le communisme vient de s'effondrer en Russie. Marc refait sa valise, direction Moscou. Il se lance dans l'import-export de vêtements et de jeux vidéos. «On a dû vendre un million de Tétris», se rappelle-t-il. Il se fait alors embaucher dans une multinationale de conseil immobilier: Jones Lang Lassalle pour qui il travaille toujours en Inde. Il participe à la création de magasins de luxe, Prada, Gucci... Mais la crise de 98 met un terme à l'aventure moscovite.

De retour à Milan, il investit en 2000 dans une société d'organisation d'événements basée à Monaco qu'il dirige maintenant depuis New Delhi. Il a découvert le sous-continent indien à l'époque de ses études, et depuis, y est revenu chaque année en vacances.

En 2006, il décide de s'installer dans ce pays qu'il a toujours aimé. Depuis, il y vit avec sa femme, qui est italienne, et ses deux enfants.

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L'Inde face à la crise

Le sous-continent indien a été relativement épargné par la crise mondiale. La bourse de Bombay a certes perdu la moitié de sa valeur et les calls centers qui travaillent avec les Etats-Unis ont vu leur activité baisser.

La croissance a été revue à la baisse, de 10 à 7%. Mais la principale richesse du pays, son réseau de petites et moyennes entreprises n'a pas été touché par la crise. Les PME indiennes s'appuient en effet sur une demande intérieure en pleine croissance.

Les dirigeants indiens espèrent même profiter à terme de la crise: ils estiment que les banques et entreprises occidentales en difficulté financière vont avoir encore plus recours à leurs services d'externalisation comptable, juridique, marketing, etc... à bas coûts.

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