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Le Tessin tiraillé entre crainte et ouverture

La gare de Chiasso à la frontière avec l'Italie. Le vote du 25 septembre sera aussi un vote sur l'ouverture du Tessin. swissinfo.ch

Quatorze mois après l'entrée en vigueur de la première phase de la libre circulation des personnes, le Tessin n'a constaté aucune «invasion» d'étrangers.

Ce contenu a été publié le 29 août 2005 - 16:40

Malgré les données rassurantes de la Commission tripartite, l'extension de la libre circulation suscite des craintes. Interview avec l'économiste Silvano Toppi.

La situation présentée par la Commission tripartite (organisme de contrôle regroupant les employeurs, les syndicats et le canton) est très claire: les chiffres démentent ceux qui craignaient une vague incontrôlée d'étrangers, d'abus et de malversations.

Le monitoring mis en place par l'Observatoire du marché du travail de l'IRE (Institut de recherches économiques) indique que le flux de la main-d'œuvre étrangère reste stable. Et que l'on observe aucun effet sur le taux de chômage.

Cela dit, tout n'est pas rose. La présence de travailleurs temporaires suscite quelques «préoccupations». C'est ainsi qu'au Tessin, ils peuvent travailler jusqu'à un maximum de 90 jours en tant qu'indépendants ou travailleurs détachés. On en dénombrait 4075 au premier semestre de cette année contre 4052 le semestre précédent.

Le nombre de permis annuels accordés aux frontaliers a en revanche diminué, passant de 3655 du 2ème semestre 2004 à 2728 au 1er semestre 2005. En baisse également le nombre de nouveaux emplois dans les entreprises suisses: 1916 contre 2064 au cours de la période précédente.

Que penser par conséquent des intentions des Tessinois par rapport à la votation du 25 septembre? Pour les milieux économiques et les partis politiques traditionnels (libéraux, démocrates-chrétiens et socialistes), l'extension de la libre circulation représente une opportunité et favorise l'ouverture de la Suisse.

Les syndicats y sont aussi favorables, mais plus nuancés. Pour eux, les dangers du dumping salarial et de la dégradation des conditions de travail ne pourront être écartés qu'en maintenant des contrôles rigoureux après le 25 septembre. Quant à la population, elle continue à éprouver des craintes.

Pour aller au-delà des opinions favorables ou contraires, swissinfo s'est entretenu avec l'économiste et journaliste tessinois Silvano Toppi qui a analysé ce nouveau défi.

swissinfo: au Tessin, l'élargissement de la libre circulation des travailleurs aux nouveaux pays membres de l'UE soulève plus de perplexités et de résistances qu'ailleurs en Suisse. Comment expliquez-vous ces craintes?

Silvano Toppi: Le Tessin a toujours été opposé aux propositions d'ouverture. Ceci s'explique surtout par sa position de canton de frontière avec l'Italie, un pays dont il ressent et subit les humeurs et dont il profite aussi.

D'une part, l'Italie assume la fonction concrète et visible d''exemple européen', un exemple qui, disons-le, n'enthousiasme personne. D'autre part, il existe la certitude que seul ce qui représente une différence avec l'Italie, fait le Tessin et peut lui être utile.

Historiquement, les malheurs politiques et économiques italiens ont toujours profité à ce canton. Pensons à la fuite des capitaux, au chômage et à la main-d'oeuvre frontalière, aux maisons de jeux. Le Tessin peut aussi se vanter d'une plus grande efficacité en matière de services, que ce soit bancaires, ou plus récemment dans le domaine de la fécondation artificielle par exemple.

L'ouverture vers l'Europe est donc perçue comme un risque d'homogénéisation, une fin des différences, une perte économique certaine, une concurrence insoutenable et une plus grande criminalité.

Qu'on le croie ou non, voici les critères avancés par la majorité de l'électorat tessinois, celui d'origine italienne compris.

swissinfo: y a-t-il des secteurs pour lesquels la libre circulation serait un atout pour le Tessin?

S.T: il existe des secteurs économiques importants qui sans la libre circulation, déjà pratiquée, ne tiendraient plus. Il s'agit notamment de la construction, du tourisme, du commerce de grande surface, de quelques services hospitaliers, de la communication et de la finance.

Sans l'apport étranger, quelques branches récentes de la technologie de pointe ne se seraient pas développées ou n'auraient pas pu se développer. Dans ces domaines-là, le personnel qualifié et les idées nouvelles sont vitaux.

Les avantages sont donc bien présents mais les adversaires de la libre circulation des personnes estiment que son élargissement pourrait créer la confusion, amener à une invasion anarchique.

swissinfo: jusqu'à maintenant, la libre circulation semble se faire uniquement à sens unique, soit de l'Italie vers le Tessin. Comment cela se fait-il?

S.T: Tout dépend des rapports de force. Le Tessin, géopolitiquement, est encore fermé et plutôt faible. La Lombardie a une plus grande force démographique et économique qui se propulse vers l'Europe. Le Tessin souffre aussi d'une certaine limitation économico-structurelle. Il a peu de différences de qualité à offrir ou à imposer.

Le secteur bancaire suisse fait certainement exception pour son efficacité qui reste supérieure à celle du secteur italien. Malheureusement, il semble que les casinos et les supermarchés constituent les plus grands revenus de la zone-frontière.

Pour cela aussi, d'aucuns craignent, en cas d'ouverture totale, une 'lombardisation' du Tessin.

swissinfo: pour un Tessinois, serait-il intéressant d'aller travailler à l'est? Il y a des pays, comme la Hongrie par exemple, qui ont besoin de personnel qualifié...

S.T: Il y a et il y aura une différence croissante entre les jeunes Tessinois qualifiés et surqualifiés dans différents secteurs comme le génie électronique, l'architecture, l'informatique, l'énergie, la biologie, la chimie et l'économie et les possibilités d'occupation au Tessin. Je me réfère à cette limitation économico-structurelle dont je viens de parler.

Dès lors, certains pays de l'Europe de l'Est, comme la Hongrie justement, pourraient effectivement devenir la nouvelle Californie des jeunes Tessinois. Grâce à la libre circulation, il ne s'agirait plus d'un choix dicté par la faim mais d'une chance de croître.

swissinfo, Françoise Gehring, Lugano
Adaptation de l'italien, Gemma d'Urso

Faits

21 mai 2000: le Tessin repousse par 57% les accords bilatéraux avec l'UE.
5 juin 2005: le Tessin rejette par 61,9% les accords sur l'espace Schengen-Dublin.
25 septembre 2005: l'UDC, la Lega des Tessinois et le Mouvement pour le socialisme (extrême-gauche) s'opposent à l'extension de la libre circulation des personnes à tous les pays membres de l'UE.

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En bref

- Les non dominent en Suisse italienne selon un sondage effectué par l'Institut GFS Berne pour compte de la SRG-SSR-Idée suisse. A un peu plus d'un mois de la votation, ils atteignaient 50%, les oui 39% tandis que les indécis s'élevaient à 11%.

- Cette évolution contraste avec la situation réelle du marché du travail illustrée par la Commission tripartite cantonale: la libre circulation s'est jusqu'à présent déroulée sans problèmes et le Tessin ne s'est pas retrouvé assimilé à la Lombardie.

- Mais la situation est surveillée de près grâce à des contrôles réguliers. De juin 2004 au 17 août 2005, il y en a eu 1248. Ces contrôles ont débouché sur 60 notifications de procédure et sur 48 sanctions administratives.

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