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Le siècle de l´image: la science et le goût du «joli»

Comment l'image photographique a-t-elle traduit le siècle? Avec quels outils, quels artifices? Troisième des douze documents choisis par le Musée de l'Elysée: «Lamelles osseuses compactes du fémur».

Ce contenu a été publié le 25 décembre 2000 - 10:42

Des planches destinées à un chantier quelconque? Un chalet valaisan, avant sa construction? Pas vraiment, non. Mais une plongée vertigineuse au cœur de nous-mêmes, à l'intérieur de notre corps, à l'intérieur de nos os.

C'est au 16e siècle que fut inventé le microscope, par un Néerlandais du nom de Hans Jansen. Au 17e, on put observer pour la première fois des spermatozoïdes, des bactéries ou les striations musculaires. Mais il fallut l'invention du microscope électronique, au début des années 30 de ce siècle, pour pouvoir lorgner vraiment du côté de l'infiniment petit. Un territoire vierge par rapport à celui que représente notre bonne vieille planète, déjà photographiée sous tous ses angles et toutes ses coutures.

L'image qu'on peut voir ici est due au professeur Pietro Motta, un scientifique romain né en 1942. La structure osseuse y est agrandie 1860 fois. «C'est une image en couleur. Ce n'est pas une photographie, tout en en étant une», résume William Ewing. Car le microscope électronique saisit des électrons, et non des photons. Mais par contre, c'est bel et bien un appareil photographique qui a fixé cette lecture.

Quant au joli brun qu'arbore ce fémur, il n'est pas d'origine, puisque les électrons ne véhiculent pas la couleur. Selon le directeur du Musée de l'Elysée, le professeur Motta aurait décidé de colorer ses images sur la pression d'une chaîne de télévision, qui désirait lui consacrer une émission. Chacun le sait: de nos jours, l'étrange lucarne n'aime guère le noir et blanc. La couleur, c'est tellement plus joli.

Impulsion peu scientifique s'il en est. Mais comme la gamme des teintes permet également de mieux différencier la variété des structures, la colorisation des images électroniques s'est systématisée.

Le phénomène n'est pas unique. De nombreuses images de l'espace ont également été recolorées. Dans un autre registre, si aujourd'hui on sait tout ou presque de la morphologie des dinosaures, que sait-on vraiment de leur couleur? Quitte à décevoir nos enfants, pas grand chose, ou franchement rien. Parfois la rigueur scientifique s'accommode très bien de la subjectivité esthétique... «La science n'est jamais un champ entièrement exact», constate William Ewing.

Bernard Léchot

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