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Le Röstigraben s'approfondit

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Le Röstigraben existe bel et bien. Une étude de deux universitaires zurichois montre même que le fossé entre Suisse alémanique et Suisse romande s'est approfondi. Le glissement des Romands vers la gauche depuis le milieu des années 90 serait dû à la domination politique et économique des Alémaniques.

Ce contenu a été publié le 25 juillet 2001 - 18:30

Au milieu des années 80, le désaccord entre régions linguistiques portait essentiellement sur les questions écologiques. Mais une nouvelle divergence s'est ajoutée dans les années 90: les Romands penchent toujours plus vers l'Etat providence, alors que leurs voisins d'outre-Sarine privilégient un rôle plus limité de l'Etat.

Ces positions sont aussi toujours plus homogènes dans chacun des deux camps. Dans un article publié mercredi dans Le Temps et la Neue Zürcher Zeitung, deux universitaires zurichois, Michael Hermann et Heiri Leuthold, notent que, désormais, les régions de Suisse romande réputées à droite se rapprochent de cantons traditionnellement à gauche, comme Genève.

Dépendance économique

Ces conclusions ressortent d'une comparaison commune par commune des résultats des votations fédérales des vingt dernières années. Selon les deux scientifiques zurichois, cette fracture s'explique par la dépendance politique et économique de la Suisse romande face à celle alémanique, et plus particulièrement face à Zurich.

Au niveau politique, cette domination a été mise en évidence dès le vote sur l'EEE, en 1992. Les Romands avaient alors été fortement mis en minorité. A la même époque, la récession économique avait frappé la Suisse romande de façon plus importante.

Une hypothèse confirmée par Christophe Büchi, correspondant de la Neue Zürcher Zeitung en Suisse romande et auteur d'un ouvrage sur le Roestigraben: «les Romands se méfient plus du marché. Ils craignent que, en laissant le marché tout dicter, tout se concentre autour de Zurich, et que la région romande en sorte perdante.» Dans ce contexte, la minorité compterait sur la protection de l'Etat et ses mécanismes de redistribution.

Selon Christophe Büchi, Romands et Alémaniques cultivent d'ailleurs ces clichés. D'un côté, les Alémaniques estiment que les Romands cherchent toujours le recours de l'Etat. De l'autre, les Alémaniques auraient tendance à succomber au néolibéralisme.

Mais tout ne peut certainement pas être réduit à l'économie. L'influence de la France, d'un côté, et du modèle anglo-saxon, de l'autre, jouent également un rôle. «Le libéralisme pur n'a jamais pris pied dans la culture francophone», confirme Christophe Büchi. La France cultive plutôt une tradition de l'Etat fort, comme sous le gaullisme.

Romands agacés

Comment ces différences se traduisent-elles au quotidien? «En Suisse romande, il y a une sorte d'agacement, voire d'agressivité, par rapport à la Suisse alémanique, estime le journaliste alémanique domicilié dans la région lausannoise. Les Alémaniques sont plus indifférents et ne voient pas vraiment le problème.»

Et pourtant, Michael Hermann et Heiri Leuthold tirent la sonnette d'alarme. Plus que l'augmentation d'un fossé entre les deux régions, c'est la domination alémanique qui les inquiète. Et les deux scientifiques de rappeler que le premier symptôme de la volonté du Jura de se séparer du canton de Berne a été sa radicalisation politique vers la gauche.

Christophe Büchi, lui, relativise le problème: «la Suisse en a vu d'autres. Si on analyse historiquement les relations entre ces deux régions linguistiques, on réalise qu'il y a eu des époques où les relations étaient beaucoup plus difficiles qu'actuellement. Notamment à la veille de la Première Guerre mondiale.»

Caroline Zuercher

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