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Le permafrost en mouvement érode les montagnes

L’épaisseur de la neige influe fortement sur la température du sol. swissinfo.ch

Le permafrost - la «colle» qui tient ensemble les plus hautes montagnes - livre peu à peu ses secrets.

Ce contenu a été publié le 21 juillet 2003 - 19:17

Plus de 300 spécialistes sont réunis cette semaine à Zurich pour échanger leurs expériences, notamment en rapport avec le réchauffement climatique.

Dans le cadre de cette 8ème Conférence internationale sur le permafrost, on ne parlera pas que des Alpes.

Le programme prévoit également des interventions sur les gelées éternelles de l’Arctique et même… de la planète Mars.

En Suisse, entre 4 et 6% du territoire est recouvert de permafrost, alors que les glaciers couvrent 3% de la surface du pays.

Dans une étude qui n’a pas encore été publiée, Felix Keller, de l’Académie de l’Engadine, a calculé qu’en Suisse, le sol est gelé en permanence dans 33% des zones situées à plus de 2500 mètres d’altitude.

Et là où les scientifiques ont pu mesurer la température du sol ou du roc gelé, ils ont remarqué que celle-ci affichait une tendance à la hausse.

Tendance au réchauffement

La région de St Moritz, en Haute Engadine, est une des zones des Alpes où le permafrost a été étudié de la manière la plus systématique.

Depuis 1987, les scientifiques prennent régulièrement la température du sol à partir d’un puits creusé au sommet du domaine skiable de la station.

En 1997, la publication des résultats de dix ans de sondages a créé la sensation parmi les spécialistes mondiaux du permafrost. En une décennie en effet, le sol à cet endroit s’est réchauffé d’un degré. Ce qui est énorme.

Dans les deux années suivantes, toutefois, les températures sont retombées à leur niveau de 1987, et depuis, elles varient chaque année.

La tendance générale n’en est pas moins au réchauffement. Un réchauffement que Felix Keller estime entre 0,2 et 0,3 degré par année.

De gros dangers potentiels

Ce réchauffement inquiète bien sûr les scientifiques. Si le sol venait à dégeler, la montagne commencerait à s’effriter et les pylônes des installations de remontées mécaniques pourraient s’effondrer.

«Quand la glace fond ou qu’elle se réchauffe, elle devient moins solide», rappelle Sarah Springman, de l’Institut de géotechnique de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.

«Lorsque les pentes sont très escarpées, la glace tient véritablement lieu de «colle», poursuit la spécialiste zurichoise. Et si elle vient à s’affaiblir, même sans fondre complètement, vous aurez des débris qui vont se détacher de la montagne.»

C’est exactement ce qui s’est passé la semaine dernière au Cervin. Sous l’effet de la chaleur prolongée, près de 1000 m3 de roche se sont détachés du flanc de la montagne, heureusement sans faire de victimes.

La neige qui protège du froid

Les scientifiques savent désormais que l’épaisseur du manteau neigeux a une influence sur la température des sols. De manière plutôt surprenante, un relatif manque de neige est généralement une bonne chose pour la qualité du permafrost.

«Si vous avez plus d’un mètre de neige au début de l’hiver, elle va isoler le sol et empêcher la température de descendre», explique Christof Kneisel, un scientifique allemand qui étudie le permafrost en Haute Engadine.

«Par contre, poursuit le spécialiste, si la couche de neige est mince, le froid hivernal pénétrera plus facilement dans le sol pour le maintenir à basse température.»

Il peut également arriver que la neige tombe tard dans la saison. Dans ce cas, le sol aura eu le temps de profiter du froid hivernal et si la neige se maintient en début d’été, elle empêchera le sol de se réchauffer trop vite.

Selon les scientifiques, ce type de phénomène pourrait expliquer les variations de températures enregistrées dans le permafrost au-dessus de St Moritz.

Des processus très complexes

Mais les choses sont en fait bien plus compliquées que cela. Le manteau neigeux, en effet, n’est pas seul à influer sur le permafrost.

La raideur des pentes, le type et les quantités de matériaux que l’on trouve en surface, les variations saisonnières et, par-dessus tout, la composition de la glace, du rocher et du sol: tous ces facteurs jouent un rôle.

«Si vous creusez un puits dans le permafrost, il ne vous indiquera que ce qui se passe à cet endroit, note Sarah Springman. Le problème est que la composition du sol peut être si diverse qu’un autre puits creusé cinq mètres plus loin livrera des informations complètement différentes.»

«Nous commençons à peine à comprendre ces processus très complexes, ajoute Martin Hoelzle, de l’université de Zurich. Et plus nous apprenons, plus nous réalisons tout ce qu’il nous reste à apprendre.»

swissinfo, Vincent Landon
(traduction, Marc-André Miserez)

En bref

- Le permafrost, ou «gelée éternelle», couvre 4 à 6% du territoire suisse.

- Dans les régions alpines situées à plus de 2500 mètres d’altitude, 33% des sols sont gelés en permanence.

- Les scientifiques étudient les effets du réchauffement climatique sur le permafrost.

- Ceux-ci pourraient être dramatiques, lorsque l’on sait par exemple que 288 des 1894 installations de remontées mécaniques du pays ont leurs pylônes ancrés dans le permafrost.

- Du 21 au 25 juillet, Zurich accueille plus de 300 spécialistes à l’enseigne de la 8ème Conférence internationale sur le permafrost.

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