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Le pétrole au cœur des relations entre Berne et Tripoli

Le roi Idris de Libye en visite en Suisse en 1953. RDB/ATP

Alors que la crise entre la Suisse et la Lybie s'enlise, à Tripoli Mouammar Kadhafi célèbre en grande pompe les 40 ans de sa prise de pouvoir. Spécialiste du Moyen-Orient, Arnold Hottinger nous rappelle qu'avant «l'affaire Kadhafi», les relations entre les deux pays ont longtemps été excellentes.

Ce contenu a été publié le 01 septembre 2009 - 17:51

Des fanfares militaires, 400 danseurs, un spectacle d'acrobaties aériennes et des feux d'artifice: Tripoli organise à partir de mardi l'une des plus grandes fêtes de son histoire à l'occasion du 40e anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi, le plus ancien dirigeant en exercice de la planète.

Pendant six jours, la Libye va vivre au rythme de célébrations destinées à montrer au monde que ce pays producteur de pétrole, longtemps isolé et frappé par les sanctions, est désormais un partenaire commercial fréquentable.

Tripoli a convié des dizaines de chefs d'Etat pour l'occasion. Côté occidental, le président du Conseil italien Silvio Berlusconi a été le seul à y répondre.

Journaliste chevronné, organisateur en son temps de visites guidées en Libye, Arnold Hottinger revisite les relations de la Suisse avec le régime Kadhafi, dont la crise actuelle fait figure d'exception.

Comme ce fut le cas avec l'Afrique du Sud sous l'apartheid, la Suisse a maintenu ses relations avec la Libye durant les années 1980 et 1990, quand ce pays était sous embargo des Nations Unies, accusé qu'il était de soutenir des groupes terroristes et de le pratiquer lui-même.

swissinfo.ch: Comment la Suisse a-t-elle réagi en 1969 au coup d'Etat du colonel Kadhafi?

Arnold Hottinger: Son coup surprit, mais pas trop. A l'époque, le monde arabe était traversé par un grand courant nassérien [Gamal Abdel Nasser, président de l'Egypte de 1956-1970, avait conduit la révolution égyptienne de 1952, ndlr]. Kadhafi s'inscrivait dans ce courant. Son coup d'Etat n'était donc pas si surprenant que ça.

swissinfo.ch: Comment les relations Suisse-Libye ont-elles évolué au cours de ces quatre dernières décennies?

A.H: Elles se sont intensifiées avec l'importance croissante prise par le pétrole libyen. Le régime Kadhafi voulait diversifier ses relations internationales et trouver des partenaires sans passé colonial.

C'est pour cette raison que les échanges commerciaux se sont développés entre les deux pays, des échanges centrés sur le pétrole. Jusqu'à l'année dernière, la Lybie fournissait du pétrole à la Suisse. Quant à l'entreprise Tamoil (aux mains de capitaux libyens), elle possède en Suisse un réseau de stations service et une raffinerie en Valais.

swissinfo.ch: La Suisse a-t-elle réagi aux bombardements américains de Tripoli en 1986 et à l'attentat contre un avion au dessus de Lockerbie (Ecosse) deux ans plus tard?

A.H.: Pas tellement. La Suisse est restée spectatrice dans cette affaire en ne participant pas au boycott de la Libye. Et ce fut l'une des raisons pour laquelle les relations avec la Libye ont augmenté. [Les banques suisses ont accueilli les capitaux libyens, le pétrole libyen avait un débouché en Suisse avec Tamoil et ses ressortissants obtenaient des visas pour venir en Suisse, ndlr].

swissinfo.ch: Qui a plus à perdre dans la crise actuelle, la Libye ou la Suisse?

A.H: La Suisse, parce que la Libye n'est plus sous l'emprise d'un boycott. La Suisse a joué un rôle important pour la Libye aussi longtemps que le boycott et les sanctions étaient en place.

swissinfo.ch: Avez-vous été surpris par les excuses présentées par Hans-Rudolf Merz?

A.H: Non. Il a toujours été clair qu'une forme ou une autre d'excuses devait être formulée.

Thomas Stephens avec les agences, swissinfo.ch
(traduction et adaptation de l'anglais: Frédéric Burnand)

Derniers développements

Démission ? Mardi, les Jeunes Socialistes demandent la démission du président de la Confédération Hans-Rudolf Merz. «Ce n'est pas un thème», a dit son porte-parole. Les deux hommes d'affaires suisses sont pourtant toujours retenus en Libye. Le cas doit être traité lors de la séance de mercredi du Gouvernement. Le président, en collaboration avec les Affaires étrangères y fera une proposition pour la suite de la procédure.

Suspension. Les libéraux-radicaux (droite), parti du président de la Confédération Hans-Rudolf Merz demandent au Gouvernement de suspendre la mise en œuvre de l'accord avec la Libye jusqu'à ce que Tripoli s'acquitte de ses engagements. La Libye n'a pas désigné un arbitre comme il était convenu et n'a pas tenu sa promesse de libérer les deux Suisses retenus, constate le parti.

Ziegler. Le sociologue et ancien député genevois, très présent dans les médias depuis quelques jours - au point que certains lui ont prêté le pouvoir de ramener les otages de Libye – annonce mardi qu'il ne se rendra pas à la célébration des 40 ans de la prise de pouvoir de Mouammar Kadhafi, par solidarité pour «les deux compatriotes retenus illégalement là-bas».

Caution. Selon la Radio Suisse Romande, citant des «sources proches du dossier, côté suisse», la Libye exigerait maintenant le versement d'une caution de 500'000 dinars libyens (430'000 francs suisses) pour la libération de chacun des deux Suisses.

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Arnold Hottinger

Né à Bâle en 1926, Arnold Hottinger a été correspondant au Moyen Orient pour plusieurs médias suisses, notamment la Neue Zürcher Zeitung, la radio publique alémanique DRS et Radio Suisse Internationale (ancêtre de swissinfo.ch).

Membre de la Société suisse pour le Moyen Orient et la culture islamique, il écrit encore aujourd'hui des livres et des articles pour les médias.

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