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Le délire fantaisiste de «Marcello, Marcello»

Les joies de l'amour et de l'insularité. Image tirée du film

A l'affiche des salles romandes, le dernier film du Valaisan Denis Rabaglia est une course à l'amour dans l'Italie insulaire des années 1950. Une toile de fond vériste pour une élégie aux accents farcesques.

Ce contenu a été publié le 14 mars 2009 - 10:15

Comment retrouver un idéal qui soude tout un village? En cherchant l'amour et en le mettant au centre du village. La démarche peut paraître démodée vu notre incapacité actuelle à rêver les relations amoureuses autrement qu'en batailles cyniques.

Mais Denis Rabaglia parvient à déjouer les pièges qu'il se tend. Fraîcheur, légèreté, luminosité et gaîté accompagnent son nouveau film, «Marcello, Marcello», tourné en italien.

De Romeo à Romei

Marcello Romei. Un gars au nom prédestiné. Car il suffit de remplacer le «i» par le «o» pour que notre Romeo entre dans le cadre d'une passion amoureuse comme seule l'Italie lyrique sait en produire.

Cadre idyllique donc d'une île italienne, Amatrello, où se déroule l'action du film. Couchers de soleil sublimes sur une mer huileuse, musique sirupeuse, pêcheurs aux gros biceps, maisons au charme désuet, immeubles aux murs décatis, ruelles colorées, marchés fleuris...

Bref, une toile de fond vériste pour une élégie aux accents farcesques. Car dans ce chapelet de clichés, une chose reste inattendue: un coq. Oui, un coq au chant tonitruant, cause de tout le tintamarre qui va secouer l'île et son village.

Depuis donc de nombreuses années sévit à Amatrello une étrange coutume: lorsqu'une fille atteint ses 18 ans, chaque garçon est invité à lui porter un cadeau pour décrocher avec elle son premier rendez-vous. Le cadeau néanmoins n'est pas destiné à la fille mais à son père qui choisit, en fonction du présent offert, le garçon digne d'honorer ce rendez-vous.

Marcello, lui, fils de pêcheur, est épris de littérature plutôt que de femmes. Mais quand il croise pour la première fois Elena, la fille du maire, c'en est fait de lui. Son coup de foudre va porter un coup fatal à sa vie d'élève inspiré.

Commence alors l'école buissonnière et avec elle une échappée folle et belle freinée par des embûches qui ressemblent à des quiproquos, façon Georges Feydeau.

Marcello sèche donc l'école. Tout ce qu'il vise désormais, c'est le coq du boucher qui rend dingue le père d'Elena en le réveillant tous les matins à l'aube.

Pour faire taire le père colérique et conquérir sa fille magique, le coq s'avère être le meilleur des cadeaux. Encore faut-il convaincre le boucher qui, lui, ne cédera le gallinacé qu'en échange de deux bouteilles de Limoncello.

Amour salvateur

De fil en aiguille et de rebondissement en rebondissement, la course à l'amour devient course d'obstacles. Une mécanique bien huilée par le cinéaste qui installe son film dans les années 1950 et s'autorise ainsi une ouverture sur une époque où l'amour pouvait encore réconcilier une société.

Car par-delà l'idylle qui lie Marcello et Elena, se lit une comédie de mœurs, avec des personnages au caractère bien trempé: le boucher, le barbier, la couturière, le curé, l'instituteur... Tout un monde qu'opposent depuis longtemps des différends et qui va se retrouver grâce aux aventures rocambolesques de Marcello.

En un mot, la conquête d'Elena fédère l'énergie de toute une île et recolle des amitiés ébréchées, avec une bonne dose de délire fantaisiste et de nostalgie naïve.

swissinfo, Ghania Adamo

Le film

«Marcello, Marcello», film de Denis Rabaglia (Suisse, Allemagne, 2008).

A l'affiche des salles romandes.

Avec notamment Francesco Mistichelli dans le rôle de Marcello et Elena Cucci dans le rôle d'Elena.

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Denis Rabaglia

Né à Martigny en 1966, il est de nationalité suisse et italienne.
Dès l'âge de 15 ans, il réalise des courts métrages.

Entre 1984 et 1989, il collabore avec la télévision régionale Canal 9, à Sierre.

En 1991, il est lauréat de l'Académie Carat, Paris.

Il travaille également comme scénariste et metteur en scène de théâtre.

A son actif, quatre longs métrages : «Michu» (1992), «Grossesse nerveuse» (1993), «Azzuro», qui a obtenu en 2001 le Prix du cinéma suisse, et «Marcello, Marcello» (2008).

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