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Le climat n'a pas eu droit à beaucoup de ciel bleu

Reuters

Enjeu critique pour l'humanité, le changement climatique a continué d'occuper les spécialistes en 2008. Entre satisfaction et inquiétude, trois d'entre eux esquissent un bilan.

Ce contenu a été publié le 23 décembre 2008 - 18:00

Le changement climatique côtés soleil et nuages, avec le climatologue Martin Beniston, le vulgarisateur scientifique Jacques Mirenowicz et le professeur d'écologie industrielle Suren Erkman.

Les rayons de soleil

Les décideurs économiques et politiques tout comme le grand public ont intégré le message que les changements climatiques sont une réalité, en partie liée aux activités humaines. C'est la principale satisfaction de Martin Beniston. «Nous avons passé ce cap de la prise de conscience et de l'acceptation. Nous devrons mobiliser moins d'énergie pour convaincre et nous pourrons passer aux solutions.»

Autre motif de satisfaction pour le climatologue: le retour aux Etats-Unis d'une administration plus active sur la question climatique, d'un «partenaire ouvert à la table de négociations» [en vue, notamment, de la Conférence de Copenhague sur l'après-Kyoto en décembre 2009].

La fin du règne de George W Bush est aussi saluée par Jacques Mirenowicz. Paraphrasant l'ouvrage d'Al Gore, il constate que Bush a sapé les bases d'un Etat jusque là fondé sur la raison, l'honnêteté intellectuelle, la délibération publique dans de bonnes conditions.

«Bush a passé son temps à nier toutes les preuves du changement climatique pour ne pas avoir à prendre de mesures. Il a été une catastrophe absolue en matière de climat. Son départ est donc une bonne nouvelle».

Autre motif de satisfaction pour le rédacteur en chef de La Revue durable: cette dépêche datée du 26 novembre selon laquelle le changement climatique – devant la crise - figure en tête des inquiétudes du public dans 12 pays, comme le montre un sondage de la banque HSBC (une banque conseillée par l'auteur du fameux rapport Stern sur le coût de l'inaction en matière de changement climatique).

«Il y a véritablement une prise de conscience et un intérêt dans les populations à l'échelle mondiale. Une nécessité pour affronter le défi climatique.»

Suren Erkman se réjouit que divers milieux, y compris politiques, envisagent la crise économique comme une chance de repartir sur de meilleures bases. «Cette attitude n'est pas celle qui domine mais exprimée ouvertement, on ne l'aurait pas observée il y a dix ou quinze ans.»

Mieux: la présidence chinoise a adopté en août une loi de promotion de l'économie circulaire qui entre en vigueur le 1er janvier 2009. Une loi très ambitieuse, favorisant un recyclage systématique des produits et sous-produits.

«Sur la base d'une vison claire et volontariste, la Chine intègre une nouvelle stratégie de développement économique qui économise les ressources et minimise les impacts sur l'environnement. Il faudra bien sûr voir ce qui pourra être mis en pratique. Mais l'Union européenne n'en est pas encore là...»

Les gros nuages noirs

L'année avait bien commencé dans l'euphorie du Prix Nobel de la Paix attribué à Al Gore et au Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat). Mais les choses se sont gâtées ensuite, selon Martin Beniston. La crise financière réveille les vieux réflexes de protectionnisme et de réflexions à court terme sous le seul angle économique.

Martin Beniston déplore les premiers désengagements des politiques en matière climatique. Celui de la chancelière allemande Angela Merkel, par exemple, qui cède aux sirènes des industries de l'automobile et du charbon. Les projets de l'Union européenne de réduire les émissions (20% d'ici 2020, 50% d'ici 2050) sont mis en péril. «Cette crise péjore tous les acquis et les projets qui semblaient bien partis il y a encore quelques mois.»

En Suisse même, la volonté des électriciens publics d'investir dans le charbon «alarme» Jacques Mirenowicz. Un choix du pire, pour lui, étant donné l'ampleur des émissions de gaz à effet de serre produites par le charbon. Il s'agirait plutôt, selon lui, d'amorcer au plus vite un moratoire progressif sur les centrales à charbon (à l'horizon 2020 dans les pays très industrialisés, 2030 dans les pays émergeants, selon le climatologue de la NASA James Hansen).

Selon Jacques Mirenowicz, les huit électriciens suisses en question envisagent d'investir dans des centrales à charbon en Allemagne, ce qui empêcherait celle-ci d'atteindre ses objectifs pour l'après-Kyoto. «Cette volonté tout à fait dommageable n'a pas engendré de levée de bouclier, dans la presse ou le monde politique. C'est très inquiétant!»

Autre inquiétude: cet article paru en juillet dans Science selon lequel les océans sont en train de s'acidifier en raison de l'absorption du CO2. Une petite diminution de PH qui déstabilise les équilibres, avec des effets en cascades possibles sur les ressources halieutiques, dont dépend une grande partie de la population humaine pour se nourrir.

«Les 350 ppm de CO2 dans l'atmosphère à ne pas dépasser pour éviter une hausse supérieure à 2C en 2100 ne suffiront peut-être pas, nous disent les spécialistes, puisque les effets sur les océans seront, eux aussi, potentiellement catastrophiques. C'est donc une très, très mauvaise nouvelle.»

D'autant que, comme le constate Suren Erkman, les émissions de gaz à effet de serre augmentent. «Malgré tous les efforts à gauche et à droite, elles n'ont même jamais augmenté aussi vite, en lien direct avec la croissance économique mondiale.»

Sur le plan scientifique, il souligne que cette année, la preuve chiffrée a été donnée de l'augmentation des émissions très rapide d'un gaz à effet de serre très puissant et absent du Protocole de Kyoto: le trifluorure d'azote. Un gaz notamment utilisé dans la fabrication des écrans plats. «C'est préoccupant et il faudra inclure ce gaz dans le protocole qui viendra après Kyoto.»

swissinfo, Pierre-François Besson

Trois personnalités

Théoricien de l'écologie industrielle, Suren Erkman est professeur à l'Université de Lausanne. Sa spécialité se propose de réorganiser le système industriel de manière à ce qu'il évolue vers un mode de fonctionnement compatible avec la Biosphère et soutenable à long terme. Une approche qui fournit un cadre conceptuel, des outils pour la planification du développement économique et des manières d'optimiser l'usage de ressources limitées.

Un des vice-présidents du 2e rapport du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur le climat), le climatologue Martin Beniston dirige à l'Université de Genève une équipe multidisciplinaire sur le changement climatique et ses impacts (estimations des dernières tendances, modélisations, élaboration de scénarios et solutions).

Biologiste et docteur en neurosciences, Jacques Mirenowicz est un artisan de la démocratisation de la recherche. Auteur, il a créé en 2002 La Revue durable, une revue de vulgarisation francophone dotée d'une forte crédibilité sur tout ce qui touche à l'écologie et au développement durable.

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Officiellement

La Suisse a ratifié le Protocole de Kyoto en 2003. Elle s'est engagée à réduire entre 2008 et 2012 les émissions de gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d'azote, gaz synthétiques) de 8% par rapport à leur niveau de 1990 (de 52,8 millions à 48,6 millions de tonnes).

Cet objectif doit être atteint par des mesures de réduction des émissions en Suisse, par le biais de projets de réduction des émissions à l'étranger et l'échange de quotas d'émission.

Instrument principal pour atteindre l'objectif climatique, la loi sur le CO2 est en vigueur jusqu'à fin 2012. Elle met l'accent sur le principal gaz à effet de serre et vise à en réduire les émissions de 10% (de 40,9 à 36,8 millions de tonnes).

En octobre, l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) a estimé que la Suisse atteindrait probablement ses objectifs nationaux et internationaux pour cette période 2008 à 2012.

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