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Le cinéma de David Syz sur la globalisation

Reconverti en cinéaste, David Syz a film�Eles dessous de la mondialisation Keystone

Après avoir dirigé le Secrétariat d'Etat à l'économie (seco), David Syz se lance dans le documentaire. Son premier film vient d'être présenté à Genève.

Ce contenu a été publié le 30 novembre 2006 minutes

«La guerre de l'acier» confronte les points de vue et appelle les pays riches en général et la Suisse en particulier à ouvrir leurs frontières aux produits du Sud. Interview.

Le premier film de David Syz est pédagogique et informé. En prenant pour thème la «guerre de l'acier », il illustre les enjeux du commerce mondial ainsi que les impasses des négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

La «guerre de l'acier» est un conflit commercial survenu en 2002 suite à des mesures protectionnistes prises par les Etats-Unis. Ce conflit a fait l'objet d'une bataille politico-juridique au sein de l'OMC et de son puissant organe de règlements des différents.

Le film dévoile certains épisodes de cette bataille et la sortie de crise inattendue grâce aux énormes besoins en acier de la croissance chinoise.

swissinfo: quel est l'objectif d'Ecodocs?

David Syz: J'ai créé, voici 2 ans et demi, cette unité de production pour financer le film «la guerre de l'acier» et faciliter sa distribution, en particulier dans les pays en développement.

Comme son nom l'indique, cette société entend produire des documentaires économiques. C'est une manière également de transmettre mon expérience au Secrétariat d'Etat à l'économie (seco).

Ce premier film évoque les mesures protectionnistes prises en 2002 par les Etats-Unis dans le secteur de l'acier. Une affaire que j'ai vécue lorsque j'étais à la tête du seco et qui a eu des répercussions jusqu'en Suisse pour un certain nombre de PME.

J'ai voulu montrer la complexité de ce sujet et, plus largement, les conséquences négatives et positives de la mondialisation. Mon prochain film traitera du tiers-monde et de la problématique des migrations.

swissinfo: Une personne très illustre – Al Gore – est également passée d'un poste gouvernemental à la réalisation de documentaires. Le pouvoir de l'audiovisuel est-il plus puissant que le pouvoir politique?

DS : Je ne crois pas qu'on puisse dire que le pouvoir politique faiblit en soi. Mais j'ai constaté à Berne ou à Seattle (lors de la conférence de l'OMC en 1999) que les gens ne se donnaient pas la peine d'aller au fond des choses.

J'ai donc voulu montrer par un film - beaucoup plus accessible que par un livre - que la mondialisation ne se réduit pas à une vison manichéenne, qu'elle recèle des éléments positifs et négatifs. Et le message que j'essaye de faire passer est d'humaniser ce processus de transformation de nos sociétés.

swissinfo: quels sont, selon vous, ces aspects positifs et négatifs?

DS : Premièrement, le commerce mondial contribue à créer de la richesse dans le monde. Or, certains pays en profitent plus que d'autre. Il est en effet difficile d'accéder aux marchés mondiaux et cela nécessite des mesures douloureuses, comme des restructurations et des licenciements.

A court terme, le commerce mondial provoque souvent des problèmes. Mais à long terme, il crée de la richesse pour le pays concerné.

D'un coté, on voit que la libéralisation crée des emplois et favorise les échanges. Un pays comme la Suisse peut ainsi importer des produits biens meilleurs marchés que s'ils étaient taxés.

Mais cette ouverture crée aussi des problèmes. En Suisse, c'est le secteur agricole. Ce pays est d'accord de tout libéraliser, sauf l'agriculture. Or, pour les pays émergents, ce secteur est la base, le point de départ d'une économie exportatrice.

swissinfo: N'y a-t-il pas un nombre croissant de pays qui veulent soustraire une partie de leur économie à la concurrence mondiale?

DS: Face aux risques d'un retour du protectionnisme, la Suisse et les autres pays occidentaux doivent faire preuve de solidarité. On ne peut pas tout avoir et tout vouloir. C'est ce que j'essaye de montrer dans mon film.

Les Etats-Unis n'ont pas voulu moderniser leur industrie sidérurgique. Et quand les problèmes sont arrivés, ils ont fermé les frontières, sans se préoccuper des autres. Une telle attitude est inadmissible.

Par ce film, je voudrais montrer qu'à long terme, il est contreproductif pour un pays d'agir égoïstement. En manifestant une certaine solidarité, on crée de la confiance. Ce qui pourrait relancer les discussions au sein de l'OMC.

Pour l'heure, les pays du Sud estiment que les pays riches veulent tout et ne donnent rien. Raison pour laquelle, ils bloquent tout progrès dans l'actuel cycle de négociation, le cycle de Doha.

Interview swissinfo: Frédéric Burnand à Genève

En bref

Venu de l'économie privée, David Syz dirige le Secrétariat d'Etat à l'économie (seco) de 1999 à 2004.

Il rejoint ensuite le secteur privé et consacre la moitié de son temps aux films documentaires.

Dans un premier temps, il se forme à New York à l'écriture de scénario et se lance ensuite dans la réalisation de son premier film - «La guerre de l'acier» - en sillonnant la planète et en interrogeant des ministres et des responsables des politiques commerciales, tout comme des figures critiques comme Susanne George ou Joseph Stiglitz. Le film est entièrement financé par ses soins.

En janvier, son film fera l'objet d'une émission à la télévision suisse alémanique. Mais David Syz vise avant tout les universités et les écoles, autrement dit les décideurs du futur.

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