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Le calme après la tempête en Thaïlande

De violents heurts ont opposé les partisans du Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra et les forces de l'ordre à mi-avril. Keystone

Le gouvernement d'Abhisit Vejjajiva a gagné un répit, après des semaines de contestations. Mais le problème à la base de la crise politique thaïlandaise reste entier. La Suisse, qui ne déconseille plus aux voyageurs de se rendre sur place, recommande la prudence. Analyse.

Ce contenu a été publié le 17 avril 2009 - 19:01

Lorsqu'Abhisit Vejjajiva est devenu Premier ministre le 15 décembre dernier, il représentait l'espoir pour beaucoup de Thaïlandais. Jeune, intelligent et pondéré, il était une nouvelle sorte de politicien, non corrompu, et promettait, en outre, en se présentant comme le leader de tous les Thaïlandais, de réconcilier ses compatriotes.

Malheureusement, à peine 4 mois plus tard, cet espoir s'est envolé. En effet, en dépit du fait que le démocrate a pris publiquement position contre le coup d'Etat perpétré en septembre 2006 par l'armée et a aussi plus récemment prudemment gardé ses distances d'avec les «chemises jaunes » lors de l'occupation des deux aéroports de Bangkok l'an passé, les «chemises rouges» ont refusé de voir autre chose en lui que l'homme du camp adverse.

Une belle victoire

Pour les partisans de l'ex-dirigeant populiste Thaksin Shinawatra, la collusion entre royalistes, militaires et démocrates est une évidence et le Premier ministre jamais élu, qui ne doit son poste qu'à un renversement d'alliances parlementaire, n'a aucune légitimité à leurs yeux. Les manifestants ont donc commencé à réclamer sa démission dès son accession au pouvoir.

Certes, Abhisit s'est bien sorti de cette première confrontation, puisque quelques jours lui ont suffi, après l'humiliation subie lorsqu'il a dû annuler le sommet de l'Asie de l'Est samedi dernier à Pattaya, pour reprendre le contrôle de la situation et mettre fin à l'agitation dans la capitale.

Dès le lendemain, il décrétait l'Etat d'urgence à Bangkok. Moins de 24 heures plus tard, l'armée intervenait contre les opposants, et après deux jours d'affrontements qui ont fait au total 2 morts et 123 blessés, selon les services de secours thaïlandais, rétablissait finalement l'ordre dans toute la ville.

Thaksin perd de sa crédibilité

On peut même parler de belle victoire pour le Premier ministre. Il a en effet prouvé qu'il jouissait ainsi du soutien de l'armée thaïlandaise, un fait non négligeable dans un pays qui a connu non moins de 18 coups d'Etat depuis 1932.

Par ailleurs, son succès paraît d'autant plus éclatant que Thaksin, de son côté, ne sort guère grandi de l'épisode. Privé de son passeport pour avoir ouvertement appelé la population thaïlandaise à la rébellion depuis son exil, il s'était fait le porte-parole à l'étranger de versions des événements frisant parfois la paranoïa. Il a déclaré par exemple sur CNN que «l'armée avait fait de nombreuses victimes», mais que «les corps étaient immédiatement emportés dans des camions militaires bâchés».

Une société thaïlandaise divisée

Heureusement, la confrontation finale n'a jamais eu lieu et les dirigeants du Front Uni pour la démocratie contre la dictature (UDD) annonçaient le lendemain matin la fin de leur mouvement.

Toutefois, la victoire d'Abhisit Vejjajiva n'est que provisoire, le problème de fond à l'origine des troubles n'ayant toujours pas été résolu. La société thaïlandaise reste divisée en deux camps, l'un urbain, éduqué et royaliste qui soutient l'administration actuelle, l'autre rural, plus pauvre et méfiant envers les élites traditionnelles, qui regrette le multimilliardaire autrefois flamboyant aujourd'hui en fuite et condamné pour corruption.

La ligne de partage se retrouve également au niveau géographique puisqu'on trouve le premier groupe surtout dans les provinces du sud, bastions du parti démocrate, ou les villes, alors que le second vient presque exclusivement des provinces agricoles du nord et nord-est, les plus pauvres de Thaïlande. Cela fait 3 ans que ce conflit empoisonne la vie politique thaïlandaise et à chaque round, il semble s'envenimer davantage, comme l'ont noté plusieurs observateurs surpris par la colère exprimée ces jours par les chemises rouges.

Investisseurs suisses hésitants

Autre inquiétude: les dommages causés à l'économie du pays déjà fragilisée par la crise mondiale, en particulier au secteur-clé du tourisme. A l'ambassade suisse à Bangkok, on rappelle que le ministère suisse des Affaire étrangères à Berne ne déconseille plus désormais aux voyageurs de se rendre sur place, tout en précisant qu'il est toujours recommandé de suivre l'évolution de la situation de près et de se conformer aux directives des autorités locale».

Lukas Gasser, diplomate suisse en Thaïlande, explique que l'ambassade a bien reçu quelques appels téléphoniques de vacanciers inquiets, mais que cela n'avait «rien de comparable à la situation qui a prévalu lors de l'occupation des aéroports de Bangkok l'an dernier». Après tout, les troubles n'ont pas atteint les destinations les plus prisées des touristes, comme les cités balnéaires du sud, et n'ont duré que quelques jours, affirme-t-il.

Néanmoins, selon Niti Mazer, qui dirige la «Swiss-Thai Chamber of Commerce», il faudra au minimum 6 mois pour effacer la mauvaise image montrée par la Thaïlande au monde pendant ce Nouvel-An mouvementé. Si, à son avis, il y a peu de risques que quelque chose change pour les entreprises suisses déjà installées ici, en revanche, dit-il, «pendant quelques temps, les nouveaux investisseurs suisses vont y réfléchir à deux fois avant de placer leurs fonds en Thaïlande».

swissinfo, Niki Nadas à Bangkok

Chronologie d'une crise

Décembre 2008: Abhisit Vejjajiva devient Premier ministre suite à la dissolution du parti au pouvoir ordonné par la Cour Constitutionnelle thaïlandaise.

Janvier 2009: Thaksin Shinawatra exige sa démission et la tenue d'élections anticipées.

Mars 2009: début du rassemblement de dizaines de milliers de chemises rouges à Bangkok .

Avril 2000: l'état d'urgence est décrété à Pattaya puis quelques jours plus tard à Bangkok. Les affrontements entre soldats et manifestants font au total 2 morts et 123 blessés, selon les services de secours thaïlandais.

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Abhisit Vejjajiva

Abhisit Vejjajiva est né en 1964 à New Castle, en Grande-Bretagne, d'une famille aisée de descendance thaï-chinoise, parents professeurs en médecine.

En 1992, il devient membre du parti Démocrate thaïlandais et à l'âge de 27 ans l'un des plus jeunes députés jamais entré au Parlement thaïlandais.

En 2005, il est nommé chef de file du parti Démocrate thaïlandais puis devient Premier ministre en décembre 2008 à la faveur d'un retournement d'alliance au Parlement

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Thaksin Shinawatra

Né en 1949 dans le nord de la Thaïlande, Thaksin Shinawatra commence sa carrière comme policier, avant de se lancer dans les affaires.

En 1998, il fonde son parti politique «Thaïs Rak Thaïs»: «les Thaïs aiment les Thaïs». Trois ans plus tard, il remporte pour la première fois les élections législatives à la majorité absolue des voix. En 2005, il est réélu pour un second mandat.

En 2006, l'armée thaïlandaise prend le pouvoir alors que Thaksin se trouve à l'étranger. En 2007, les alliés de Thaksin remportent les premières législatives depuis le coup d'Etat militaire.

En 2008, il est reconnu coupable de corruption et condamné à 2 ans de prison par la Cour Suprême thaïlandaise. Il fuit la Thaïlande pour échapper à cette condamnation.

Le 14 avril 2009, les autorités thaïlandaises lancent un mandat d'arrêt contre Thaksin et 12 de ses lieutenants accusés d'avoir attisé les désordres à Bangkok. Il est privé de son passeport.

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