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Le blues des éleveurs de moutons

La laine des moutons rapporte toujours moins aux éleveurs. Keystone

La production de laine est menacée. Les éleveurs n'entrent plus dans leurs frais. Ils préfèrent brûler des tonnes de laine, plutôt que de la commercialiser.

Ce contenu a été publié le 29 janvier 2002 - 19:02

La situation est assez paradoxale. Jamais les moutons - on en compte environ 400 000 - n'ont été aussi nombreux en Suisse depuis 100 ans. Pourtant, la production de laine est en chute libre. En 2000, seules 382 tonnes ont été traitées contre plus de 700 000 en 1990.

Disparition de la manne fédérale

Le désengagement de la Confédération pose de gros problèmes, ont expliqué mardi à Berne les représentants de la Fédération suisse d'élevage ovin. En Suisse, la production de laine est centralisée auprès de la Centrale de la laine indigène (CLI). Son rôle est d'acheter la laine aux producteurs, de la trier en fonction de la qualité et de la commercialiser aux meilleures conditions.

Avec l'ordonnance de 1971, la Confédération accordait des subventions annuelles de 1,17 million de francs à la CLI. Mais, avec la réforme de la politique agricole 2002, ces subventions diminuent comme peau de chagrin. Encore de 1 million en 1999 et 2000, elles sont passées à 800 000 francs pour 2001 et 2002 et ne seront plus que de 600 000 francs en 2003. Et passée cette date, le robinet à subventions sera définitivement fermé.

Par conséquent, les prix de la laine se sont écroulés, d'autant plus que les prix sur le marché mondial sont bas. Aujourd'hui, un producteur ne reçoit plus que 1,17 franc par kilo de laine contre 1,70 franc en 2000 et 3,48 francs en 1990.

La période des moutons gras est donc bel est bien terminée. En 1950, les producteurs recevaient 6,25 francs par kilo, l'équivalent de 27,20 francs d'aujourd'hui. Mais c'était une autre époque. La Suisse soutenait alors activement la production de laine indigène, notamment en raison des besoins de l'armée.

Le désespoir de 20 000 personnes

Les prix actuels font le désespoir des quelque 20 000 éleveurs suisses. Pour que cette activité soit rentable, le kilo de laine devrait atteindre entre 2,5 et 3 francs. Or, le prix actuel de 1,17 franc ne couvre même pas les frais de tonte et de transport.

Du coup, des producteurs préfèrent incinérer leur production plutôt que de la transporter à la CLI, à Niederönz (BE). Ce sont ainsi quelque 200 000 tonnes de laine qui finissent chaque année dans un four.

«Une image détestable pour l'industrie du mouton et pour un produit perçu par le public comme naturel et écologique», concède German Schmutz, vice-président de la Fédération suisse d'élevage ovin.

Outre les producteurs, l'existence de la CLI est elle-même menacée de disparition. Sans subventions, elle n'est en effet plus en mesure de couvrir ses propres frais. A terme, six emplois et tout un savoir-faire dans le domaine du traitement de la laine pourraient passer à la trappe.

Un appel au secours

Pour sortir de ce mauvais pas, le secteur de la laine indigène se tourne une fois de plus vers la Confédération. Les éleveurs d'ovins demandent une nouvelle base légale dans la politique agricole 2007. Ils souhaitent une aide sous la forme d'un mandat de prestation passé entre eux et la Confédération.

«Des politiciens ont d'ores et déjà promis de nous aider, déclare German Schmutz. Mais nous devons encore convaincre de la nécessité d'une intervention de la Confédération. La présentation d'aujourd'hui est un premier pas.»

Olivier Pauchard, Palais fédéral

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