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Le 'non' tessinois à la fumée pourrait faire école

De la théorie au passage à l'acte? swissinfo.ch

Pionnier helvétique en la matière, le Tessin envisage une interdiction de fumer dans les établissements publics. Un exemple qui pourrait faire école dans le reste du pays.

Ce contenu a été publié le 14 octobre 2004 - 17:18

D'autant plus qu'une initiative parlementaire allant dans ce sens vient d'être déposée au niveau fédéral.

A Berne, une initiative parlementaire fédérale a été déposée par les six médecins qui figurent parmi les députés de la Chambre du Peuple, afin que celle-ci légifère à propos de la question du tabac dans les lieux publics.

Une initiative qui fait suite notamment à un sérieux bouleversement au Tessin: le canton y adopte justement un projet de loi pour bannir la fumée des lieux publics.

Un projet chaudement appuyé par «GastroTicino», l'association tessinoise des cafetiers. Tout a commencé avec une pétition signée par 11'500 citoyens. Les signataires demandaient au Conseil d'état davantage de protection pour les non-fumeurs.

Décision unanime

Sur cette lancée, en mars 2003, le gouvernement tessinois instituait un groupe de travail chargé d'élaborer un projet de modification de la loi sur les établissements publics. Formé de représentants de la santé publique, de l'hôtellerie et de la restauration et de médecins, le groupe s'est unanimement prononcé pour une interdiction générale de fumer.

L'Exécutif tessinois a transmis mercredi au parlement un message modifiant la loi sur les cafés-restaurants. La mesure sera basée sur la protection des non-fumeurs contre la fumée passive. La loi concerne les bars, restaurants et hôtels ainsi que, par exemple, les lieux publics dans les hôpitaux et d'autres organisations étatiques similaires.

Les patrons auront toutefois la possibilité d'installer un espace séparé et spécialement ventilé pour les fumeurs. Des repas et des boissons pourront aussi être servis et consommés dans ces «fumoirs». Dès que la loi sera entrée en vigueur, les établissements auront une année pour se conformer aux nouvelles dispositions.

L'exemple italien

En Suisse, le Tessin se veut donc pionnier en la matière. Il a toutefois prix exemple sur ses cousins italiens. Dans la Péninsule, l'interdiction de fumer dans les lieux publics a été introduite en janvier 2002.

Elle a été progressivement appliquée, du nord au sud. La région du Haut-Adige a donné le ton. «Elle en a même fait un slogan touristique», explique Claudio Belloli, président de «GastroTicino» et patron du bar Verbano de Locarno, traditionnel rendez-vous des habitués du Festival du film.

Il est persuadé que les clients tessinois s'habitueront vite à la nouvelle loi qui protégera aussi la santé des travailleurs du secteur.

Evolution «inévitable»

Swissinfo a tâté le pouls de quelques autres cantons. Ailleurs qu’au Tessin, aucune interdiction officielle n'est encore en vue mais «le sujet est brûlant», admet Alain Jeanmonod, de la Police du commerce vaudoise.

«Notre nouvelle loi sur les auberges est entrée en vigueur le 1er janvier 2003», explique-t-il. «Elle prévoit simplement des espaces séparés pour non-fumeurs, ceci pour autant que les conditions le permettent. Mais l'évolution n'est pas terminée, au contraire elle est inévitable.»

Alain Jeanmonod est d'avis qu'il en va aussi de la protection des travailleurs. «Mais ce domaine-là est du ressort de la Confédération qui devrait intervenir au niveau fédéral» souligne-t-il.

Tâtonnements romands



A Genève, le département de l'action sociale et de la santé salue l'initiative tessinoise tout en rappelant qu'il s'agit d'un cas particulier: «Le projet a été élaboré par les cafetiers eux-mêmes, ce qui est impensable à l'heure actuelle à Genève» explique le porte-parole du département.

Le canton n'a pas l'intention, «pour le moment», de déposer un projet de loi dans ce sens. «Une convention pourrait cependant être passée avec les restaurateurs», ajoute le porte-parole, qui rappelle que la fumée est déjà bannie de l'Université et qu'à Genève «un projet d'interdiction est dans l'air, mais ne vient pas du gouvernement».

A Fribourg aussi, la fumée est bannie de l'université depuis le 1er octobre dernier. En revanche, pour ce qui est des établissements publics, le département de la santé publique n'a rien en chantier «à l'heure actuelle».

Son attachée de presse reconnaît que «les zones non-fumeurs sont plutôt misérables et installées au bon vouloir des tenanciers» dans les locaux fribourgeois.

Même topo à Neuchâtel qui évoque cependant l'existence d'«un projet interne pour des coins non-fumeurs, dans la mesure du possible.» A court et moyen terme, aucune interdiction n'est envisagée dans les autres cantons romands, ni dans la plupart des
cantons alémaniques.

«Pays de Talibans»

Il est vrai qu'au Tessin, le projet de modification de la loi risque de se heurter à des oppositions au parlement. Notamment de la part de la droite, Lega et UDC qui dénoncent une «violation de la liberté individuelle».

Avec le franc-parler qui le caractérise, Giuliano Bignasca, le «padre-padrone» de la Lega, cocaïnomane notoire va jusqu'à qualifier son canton de «pays des Talibans».

swissinfo, Gemma d'Urso à Lugano

Faits

A l'origine du projet, une pétition munie de 11'500 signatures.
En mars 2003, le gouvernement instituait un groupe de travail chargé de rédiger un rapport. Le groupe recommandait unanimement une interdiction générale de fumer.
Au Tessin, actuellement, un tiers des tables dans les établissements publics doivent être déclarées zones non-fumeurs. En pratique cette séparation est inefficace et ne résout pas le problème de la fumée passive.

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En bref

- Le gouvernement tessinois a présenté un projet de modification de la loi sur les établissements publics au parlement. Le projet sera examiné par une commission avant d'être soumis au vote du Grand Conseil.

- La nouvelle loi prévoit l'interdiction générale de fumer dans les locaux publics du canton.

- Les cafetiers auront cependant la possibilité d'installer un espace-fumeurs, séparé par une cloison et ventilé.

- Dès l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, les établissements publics auront une année pour s'y conformer.

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