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À quel point la Suisse est-elle vraiment neutre?

La Suisse restera neutre jusqu’au cas d’urgence

Rester neutre jusqu'à l’attaque: la Suisse ne cherche à coopérer militairement avec d'autres pays que pour être entraînée en cas d'urgence. Cette photo a été prise en 2014 lors de la «journée portes ouvertes» organisée à l’occasion du 25e anniversaire de la participation de la Suisse aux opérations de l’ONU au centre de compétences SWISSINT à Stans, dans le canton de Nidwald. Keystone / Urs Flueeler

La Suisse est officiellement neutre. Pourtant, elle collabore depuis des années avec l’OTAN et l’UE dans le domaine de la sécurité. Cela est-il vraiment compatible avec la neutralité? Et surtout: pourquoi le fait-elle?

Ce contenu a été publié le 11 mars 2022 - 15:22

La Suisse est neutre. Cela signifie qu’elle se tient à l’écart des conflits armés et ne soutient aucun belligérant. Le mercenariat – une branche importante de l’économie suisse jusqu’au 18e siècle – est tabou.

Mais la Suisse ne conçoit plus la neutralité comme une action solitaire et aveugle. Au contraire, elle coopère depuis longtemps de manière ponctuelle avec l’OTAN et les pays voisins dans le domaine militaire.

Collaboration avec l’UE

L’Union européenne n’a pas encore d’armée commune. Certains pays de l’UE coopèrent sur le plan militaire dans le cadre de la coopération structurée permanente (PESCO). Mais jusqu’à présent, il s’agit plutôt de projets d’armement et de formation peu structurés.

Depuis peu, les pays tiers peuvent également adhérer à un projet PESCO. Jusqu’à présent, le Canada, la Norvège et les États-Unis l’ont fait.

La Suisse examine également la participation à certains projets PESCO. «Le Département fédéral de la Défense a évalué différents projets», indique la porte-parole du DDPS Carolina Bohren. «Du point de vue suisse, il existe à l’heure actuelle un intérêt potentiel, notamment dans le domaine de l’informatique.»

Coopérations de la Suisse

La Suisse participe depuis 1953 à des missions militaires de promotion de la paix. Aujourd’hui, celles-ci se déroulent toujours sous la direction de l’OTAN, de l’UE ou de l’ONU.

La Suisse est membre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) depuis 1975.

Depuis 1996, elle participe au Partenariat pour la paix (PPP) de l’OTAN. Elle a également rejoint en 2019 le Centre de recherche de l’OTAN sur la cyberdéfense en Estonie en tant qu’État partenaire.

Depuis 2012, la Suisse coopère avec l’Agence européenne de défense (AED) en matière d’armement et d’entraînement militaire.

La Suisse examine actuellement une participation à certains projets PESCO. PESCO est la coopération structurée permanente de pays membres de l’UE qui souhaitent s’engager particulièrement dans la politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Il s’agit d’une sorte de «Schengen militaire» dont l’objectif à long terme est une armée européenne. Selon les informations de l’armée suisse, les réflexions de la Suisse en vue d’une participation se trouvent encore à un stade précoce.

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Selon le DDPS, ce type de coopération ne crée pas d’obligations pour la Suisse qui ne seraient pas compatibles avec la neutralité.

La ministre de la Défense Viola Amherd a déclaré l’année dernière qu’il ne pouvait être question d’engagement de troupes dans le cadre de PESCO. Une participation de la Suisse ne remet donc pas en question le principe de neutralité.

Collaboration avec l’OTAN

Après la fin de la Guerre froide, l’OTAN a proposé aux États de l’ancien Pacte de Varsovie - l’ancien adversaire - de coopérer. À partir de 1994, le «Partenariat pour la paix» (PPP) a été un instrument de coopération avec des pays partenaires qui ne sont pas membres de l’OTAN.

«Après la fin de la Guerre froide, la Suisse s’est rapprochée de l’OTAN dans le cadre du Partenariat pour la paix», explique Lea Schaad, chercheuse à l’École polytechnique fédérale de Zurich sur les thèmes de la sécurité. Selon elle, l’OTAN a pu poursuivre en ces temps de détente des objectifs allant au-delà de la défense collective, ce qui a été attractif pour les deux parties.

Le DDPS ne voit aucun problème dans le Partenariat pour la paix, puisqu’il s’agit juste d’exercer la coopération militaire avec d’autres États. Étant donné que ce partenariat ne comporte pas d’obligations juridiques ou d’automatismes, il est compatible avec la neutralité suisse.

D’autres pays neutres comme l’Autriche, la Finlande, l’Irlande, Malte et la Suède ont également signé le document-cadre. Comme le PPP n’est explicitement pas une alliance de défense et qu’il n’existe donc pas de devoir d’assistance, le partenariat est considéré comme compatible avec la neutralité. La Suède, la Finlande, l’Autriche et l’Irlande vont même plus loin que la Suisse dans leur coopération avec l’OTAN.

Lea Schaad perçoit cependant des signes de refroidissement. «Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ainsi que l’annexion de la Crimée en 2014, les intérêts de l’OTAN et de la Suisse ont divergé», note-t-elle. Depuis que l’OTAN se concentre à nouveau sur la défense collective, elle serait moins attractive pour la Suisse. «La Suisse ne veut pas glisser dans une zone grise du point de vue du droit de la neutralité».

La guerre en Ukraine remet la question de l’adhésion sur le tapis

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a montré à quel point la question de l’appartenance ou non à l’OTAN est cruciale. Si l’Ukraine avait été membre de l’OTAN, celle-ci aurait eu un devoir d’assistance dans la situation actuelle et aurait dû entrer en guerre - ce qui aurait en principe dissuadé d’emblée la Russie d’attaquer.

Ainsi, la guerre en Ukraine a relancé le débat sur un rapprochement, voire une adhésion à l’OTAN, dans les pays neutres de l’UE que sont l’Irlande, l’Autriche, la Suède et la Finlande. Selon le DDPS, il n’est pas question que la Suisse se place elle aussi sous le parapluie de l’OTAN. «Une adhésion à l’OTAN n’est pas compatible avec la neutralité suisse», précise la porte-parole du DDPS Carolina Bohren.

Contenu externe

La Finlande et la Suède interprètent leur neutralité de manière plus souple, elles se qualifient de pays «sans alliance». Ce qui distingue également la Suisse de la Suède et de la Finlande, c’est sa situation géographique au cœur de l’Europe. Il est difficilement concevable qu’un pays attaque la Suisse - et uniquement la Suisse.

«Si la Suisse était elle-même la cible d’une attaque armée, la neutralité deviendrait caduque», explique Carolina Bohren. La Suisse ne pourrait pas seulement se défendre militairement, elle pourrait également coopérer avec d’autres pays, par exemple les pays voisins. «La Suisse veut garantir cette liberté d’action», poursuit la porte-parole.

On comprend donc pourquoi la Suisse cherche à se rapprocher de l’OTAN et de PESCO. Selon l’armée suisse, l’avantage de ces coopérations réside en effet dans le fait qu’elles permettent «d’exercer la capacité de coopération militaire avec des États de notre environnement». La Suisse s’entraîne donc pour le cas d’urgence. Jusqu’à ce qu’il se produise éventuellement, elle reste - bien entendu - strictement neutre.

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