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La Suisse plébiscitée par sa population étrangère pendant la pandémie

Une partie de la population étrangère vivant en Suisse dit avoir craint de perdre son permis de séjour à cause de la crise sanitaire. Keystone / Gaetan Bally

Malgré quelques bémols, la majorité des personnes immigrées en Suisse disent s’y sentir chez elles et n’auraient pas souhaité être ailleurs pour traverser la crise sanitaire. C’est ce que montre une enquête du Pôle de recherche national sur la migration.

Ce contenu a été publié le 01 juin 2021 - 16:00

Avec les fermetures de frontières, les quarantaines obligatoires et autres tests PCR imposés par la lutte contre le coronavirus, l’expatriation a pris un autre sens depuis mars 2020. Mais même privées de déplacements internationaux et de retrouvailles avec leurs proches restés au pays, la plupart des personnes immigrées ne regrettent pas d’avoir élu domicile en Suisse.

Plus des trois quarts des étrangères et étrangers interrogés dans le cadre de l’enquête Migration-MobilityLien externe, entre octobre 2020 et janvier 2021, déclarent s’être sentis «au bon endroit» en Suisse pendant la crise sanitaire; seule une petite minorité a indiqué avoir le mal du pays. L’échantillon, qui comprend près de 7400 personnes, est représentatif de la population étrangère adulte vivant et travaillant dans la Confédération.

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Il est intéressant d’observer que dans le contexte inédit de la pandémie de Covid-19, et malgré les difficultés, «la Suisse est l’endroit où ces personnes se sentent le mieux», résume Philippe Wanner, démographe et vice-directeur du centre de compétence national sur la migration NCCR – on the move, qui supervise l’enquête. Ces résultats varient peu selon la nationalité ou d’autres critères socio-démographiques.

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Intégration parfois compliquée

Pour une petite partie des personnes interrogées, l’intégration sociale et les contacts avec la population helvétique ne coulent pourtant pas de source. Philippe Wanner relève en particulier une difficulté à communiquer et se faire des amis suisses, pour des raisons culturelles et linguistiques (la moitié des sondés seulement parlent bien la langue de leur lieu de vie).

«L’enquête révèle aussi un niveau assez important de discrimination perçue, notamment dans certains sous-groupes tels que les populations africaines ou asiatiques», ajoute le professeur à l’Université de Genève. Environ un quart des personnes rapportent avoir fait l’expérience de préjugés ou de discriminations au cours des deux dernières années.

Mais la qualité de vie l’emporte sur les quelques ombres au tableau. Plus des deux tiers évaluent leur satisfaction d’avoir émigré en Suisse à 9 ou 10 sur 10. Ce résultat a légèrement progressé par rapport aux précédentes éditions du sondage, mené tous les deux ans depuis 2016.

Il faut tout de même dire que ce panel est surtout composé de personnes dont l’intégration est réussie, tempère Philippe Wanner. «La majorité des répondants sont des personnes mobiles, qui sont venues de leur plein gré avec un emploi négocié avant la migration», ajoute le démographe. De fait, 8 personnes sur 10 disent avoir amélioré leur situation professionnelle en émigrant.

Les moins qualifiés plus exposés au chômage

Sur le plan professionnel, le semi-confinement du printemps a globalement eu peu d’impact pour la plupart des étrangères et étrangers interrogés – le résultat est très proche de celui constaté parmi les Suisses lors d’un autre sondageLien externe.

Cela s’explique par le bon niveau général de formation de la population immigrée en Suisse - les personnes très qualifiées représentent près de 60% du panel (en hausse d’environ 9 points depuis 2016). Les pertes d’emploi ont davantage touché les moins éduqués et les classes sociales modestes. «Ces critères ont été plus déterminants que la nationalité», explique Philippe Wanner.

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Attrait du passeport en hausse

La crise sanitaire a parfois donné lieu à des incertitudes concernant le statut de résidence. Une personne sur 10 dit avoir craint de perdre le droit de rester en Suisse, et la proportion était plus forte chez les moins qualifiés.

Ces inquiétudes n’étaient pas toujours fondées, puisque très peu (moins de 1%) ont effectivement perdu leur permis de séjour, mais elles vont de pair avec un intérêt plus marqué pour la naturalisation que les années précédentes. Plus de la moitié des personnes disent avoir l’intention de demander un jour le passeport rouge à croix blanche. Cette part a augmenté de 13 points depuis 2016.

Selon l’équipe de recherche, plusieurs facteurs autres que la pandémie peuvent l’expliquer: l’augmentation du nombre d’années passées en Suisse (pour une partie du panel), les débats qui ont précédé la révision de la Loi sur la nationalité ou encore le Brexit pour les Britanniques.

Mais la Covid-19 est aussi citée comme un élément déclencheur par une petite frange des répondants, qui voient dans l'obtention de la nationalité un moyen de s’ancrer dans leur pays d’adoption. Et sûrement de concrétiser un sentiment d’appartenance prédominant parmi les participants au sondage: les trois quarts déclarent un fort attachement à la Suisse, et s’estiment membres à part entière de la société helvétique.

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