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La Suisse exclue du débat sur l'avenir de l'Europe

Dante Martinelli, ambassadeur suisse auprès de l'Union européenne. swissinfo.ch

Les regrets des europhiles n'y changeront rien. La Suisse va rester en dehors des discussions sur la construction de l'Europe.

Ce contenu a été publié le 17 décembre 2001 - 18:42

L'Europe vit un tournant de son histoire. Fin 2002, les négociations avec dix pays candidats devraient être terminées. Et ceux-ci devraient participer aux élections au Parlement européen en 2004. C'est en tout cas l'objectif que se sont officiellement fixé les Quinze.

Par ailleurs, les dirigeants européens, réunis vendredi et samedi derniers à Laeken (Belgique), ont donné le coup d'envoi à un vaste débat sur l'avenir de l'Europe. Cette tâche a été confiée à une Convention. Pour la première fois, une révision institutionnelle ne sera pas préparée par des technocrates. Des parlementaires nationaux participeront ainsi aux travaux. De même que les pays candidats.

Une marginalisation concrète et croissante

Quelle est la place de la Suisse dans cette aventure? Nulle part. «La création de l'Europe se fait sans nous, regrette Jean Russotto, président du Comité Suisse-Union européenne, cela fait mal au cœur des Suisses européens». Et l'avocat suisse d'ajouter :«il y a une marginalisation concrète, croissante de la Suisse».

Pour Jean Russotto, l'agrandissement de l'Union européenne ne fait pas peur aux Suisses. C'est l'indifférence qui domine. Ou plutôt le refus de voir les bouleversements en train de se préparer.

«Je suis toujours prudent face aux grandes décisions politiques», déclare, pour sa part, Gianpietro van de Goor, directeur de Swiss Core, l'antenne suisse à Bruxelles pour la recherche. «Il faut voir ce qui va se passer, quelles seront les futures compétences de l'Union européenne. Après, on avisera», explique-t-il.

Réactions officielles

A la Mission suisse, les réactions sont réalistes et dépassionnées. «Nous ne faisons pas partie de l'Union européenne et nous ne sommes pas candidats, constate l'ambassadeur Dante Martinelli, nous ne pouvons donc pas prétendre à participer aux travaux de la Convention».

«C'est vrai, concède le chef de la Mission suisse, nous aurions pu apporter notre expérience par exemple dans le débat sur la répartition des compétences - sans vouloir donner des leçons».

La Suisse va ainsi rester en dehors du large débat démocratique sur l'avenir de l'Europe. «C'est un peu dommage», reconnaît l'ambassadeur Martinelli. Mais c'est la conséquence de la politique menée par Berne. Et voulue par le peuple.

Presse suisse partagée

La presse suisse apprécie diversement les résultats de Laeken. Pour Le Temps, le fait que le traité pour la grande Europe ne sera pas négocié dans le huis clos des cénacles gouvernementaux représente «un grand pas pour la démocratie européenne». Une démocratie dont ont dénonce si souvent les insuffisances en Suisse.

Le Bund parle de son côté de «courageux pas en avant». L'UE entame un «travail d'Hercule», dont la question fondamentale va tourner autour du centralisme.

La Neue Zuercher Zeitung se montre, en revanche, un peu plus sceptique. Le grand quotidien zurichois y voit un petit air de «déjà-vu». A maintes reprises, de grandes déclarations se sont déjà soldées par des résultats modestes.

En effet, pour la NZZ, ce sont en fin de comptes les Etats qui décident. Or, l'intérêt supérieur de l'Europe n'est pris en considération que lorsque les décisions ne touchent pas trop douloureusement les Etats. Par ailleurs, l'intégration est déjà allée loin et chaque nouveau pas devient un peu plus pénible.

Quelques secousses collatérales

Les décisions prises à Laeken ne resteront pas sans effet sur les Suisses. Ainsi, pour le Bund, ils doivent s'intéresser aux travaux, parce qu'ils devront tôt ou tard réfléchir sur les relations entre la Suisse et l'UE.

Le Matin craint cependant que le pays reste en rade. «Quand, autour de nous, l'histoire s'accélère à ce point, on pourrait s'attendre à quelques secousses collatérales. Mais non, rien ne dérange l'ordre du jour de nos notaires gouvernementaux».

«Recentrée sur elle, marchant désormais plus vite, l'Europe nous échappe, comme ces comètes qui, après avoir frôlé la terre, repartent vers les espaces sidéraux», conclut le quotidien populaire romand.


Barbara Speziali, Olivier Pauchard

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