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La santé a un prix...trop cher

swissinfo.ch

Le système suisse de santé est excellent, mais trop onéreux. C'est la conclusion des experts de Ruth Dreifuss après 5 ans de Loi sur l'assurance maladie (LAMal).

Ce contenu a été publié le 18 décembre 2001 - 08:32

Pour la ministre de la Santé, qui présentait lundi la synthèse de 25 études consacrées à son évaluation, l'échec de la LAMal n'est que partiel.

Sur les trois objectifs fixés, les deux premiers - soit la solidarité entre assurés et la garantie de soins de qualité - sont largement atteints. Reste que la santé en Suisse est toujours trop chère.

Ruth Dreifuss n'a pas manqué de rappeler que la LAMal n'était pas «son» bébé, puisqu'elle a empoigné le dossier, alors que la loi était en phase finale des débats parlementaires. «Mais on peut aimer un enfant adopté autant qu'un enfant que l'on a fait», a précisé la conseillère fédérale.

Et d'ajouter que, selon elle, l'évolution des coûts de la santé ira toujours plus vite que l'évolution générale du niveau des prix. On est ici sur un marché où le «consommateur» ne peut pratiquement pas influer sur la demande. C'est donc l'offre qui fait la loi.

Le casse-tête du financement

En conséquence, les pouvoirs publics doivent rester garants du système de l'assurance maladie. Et, au titre de ministre de la santé, Ruth Dreifuss se dit prête à en assumer la responsabilité.

«Nous avons un problème de financement évident» admet volontiers Ruth Dreifuss, qui n'a jamais caché son hostilité au système de la «prime par tête». Elle y voit même «des relents d'Ancien Régime», qui lui rappellent le modèle de l'impôt par tête. Pour elle, les primes devraient davantage tenir compte du revenu des assurés.

Mais, la ministre de la Santé est obligée de constater «le refus politique manifeste d'envisager un changement de système de financement». Pour elle, il y a donc lieu - indépendamment des mesures de maîtrise des coûts - d'agir directement sur les primes.

Un cadeau pour les enfants

C'est pourquoi, Ruth Dreifuss va proposer d'utiliser les subventions non réclamées par les cantons pour offrir une réduction aux familles. Ces 500 millions de francs pourraient faire baisser les primes d'environ 25 francs par enfant et cette mesure d'urgence pourrait entrer en vigueur dès juillet 2002.

Une idée aussitôt combattue par les radicaux et les démocrates-chrétiens, qui ont fait savoir leur désaccord sitôt terminée la conférence de presse de Ruth Dreifuss. L'UDC va même plus loin et considère que la ministre de la Santé «n'a manifestement pas compris la leçon».

Le parti populiste estime que le Conseil fédéral a montré son incapacité à juguler les coûts de la santé et menace de lancer une initiative populaire dans ce sens. Finalement, les propositions de Ruth Dreifuss ne trouvent grâce qu'aux yeux de ses coreligionnaires socialistes, qui jugent malgré tout que les mesures proposées ne vont pas assez loin.

Médicaments moins cher

Car cette réduction exceptionnelle en faveur des familles n'est pas le seul remède envisagé par les stratèges du Département fédéral de l'intérieur. On prévoit ainsi de gagner 50 à 70 millions de francs par année en imposant des baisses de prix sur près d'un millier de médicaments.

Le coût de toute nouvelle préparation, originale ou générique, sera réexaminé après deux ans de commercialisation et non plus après quinze ans, comme c'est le cas aujourd'hui. Et, pour fixer le prix, on tiendra compte de la moyenne des pays qui entourent la Suisse, où les notes de pharmacie sont généralement moins salées.

Pas de miracles

Autre mesure préconisée par Ruth Dreifuss: la création d'un «pool des mauvais risques». Il s'agira de regrouper les patients qui coûtent 40 000 francs et plus par année à leur assureur, afin de diminuer les charges de celui-ci. Le financement serait garanti par un fonds alimenté par les caisses, qui devraient en outre prendre à leur charge 30% des frais dépassant les 40 000 francs annuels.

Et pour rétablir une certaine égalité entre les caisses, il est également prévu de diminuer le taux de réserve obligatoire des plus grandes et d'obliger les plus petites à conclure des contrats de réassurance.

Certaines de ces mesures pourraient encore être incluses dans la 2e révision partielle de la LAMal, actuellement en cours de discussion. Le parlement y a d'ailleurs prévu un «objectif social obligatoire» sous forme de plafonnement des primes à 8% du revenu imposable. Reste à voir comment financer ces réductions.

C'est pourquoi, Ruth Dreifuss s'est bien gardée de promettre des miracles, dans un domaine où de si nombreux facteurs échappent à la volonté du monde politique.

Marc-André Miserez

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