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La presse salue le verdict des historiens

swissinfo.ch

La publication du rapport Bergier a suscité, on s'en doute, une avalanche de commentaires dans la presse helvétique.

Ce contenu a été publié le 23 mars 2002 - 13:26

«Beaucoup de louanges pour de dures critiques». Ce titre du journal de boulevard alémanique Blick résume l'état d'esprit général de la presse de ce samedi.

Souvent critiquée durant ces cinq dernières années, la commission récolte aujourd'hui un concert quasi unanime de louanges, à l'exception d'«une poignée de vétérans», selon l'expression du Tages Anzeiger.

«Vérité entre mythe et mensonge» ou «Bergier redonne aux Suisses les clés d'un passé refoulé», ces autres titres de La Liberté saluent à leur manière la publication de l'histoire des années noires de l'histoire nationale et le travail de mémoire indispensable pour aller de l'avant.

«Ni héros, ni salauds»

C'est la conclusion tirée par la Tribune de Genève pour accueillir les 25 études publiées vendredi par la commission indépendante d'experts.

Pour la Basler Zeitung, «la stratégie de résistance et d'adaptation de la Suisse a été couronnée de succès, mais cela n'a pas suffi». Le quotidien bâlois estime qu'«avec sa politique cruelle de refoulement des réfugiés juifs, la Suisse a failli à tous ses devoirs».

«Je suis fier de la Suisse. Mais honteux de ses autorités qui ont aidé le régime nazi à atteindre ses objectifs d'extermination en fermant exagérément la barque helvétique à ses victimes. (...) Je suis fier de cette Suisse qui a consenti un cruel effort de mémoire pour analyser ses torts.»

La notion de fierté, telle qu'exprimée ci-dessus par La Liberté, revient dans la grande majorité des commentateurs suisses dans la presse de ce samedi.

La Tribune de Genève, elle, estime au contraire qu'il n'y a «pas de quoi être fiers» de la réalité révélée dans une lumière si crue. «Au final, rien qui ne soit déjà connu», précise le journal lémanique, mais ces études «jettent une lumière crue sur certains aspects».

Mais ce qui est nouveau, c'est que «cette nouvelle vision de notre histoire est officielle, estampillée par la Confédération, même si celle-ci s'en défend».

«Les mérites d'un travail monumental»

Le Temps, lui, met l'accent sur le courage de la commission d'experts qui, au lieu d'utiliser les résultats des recherches «comme simples matériaux pour son rapport final, opta pour une publication intégrale». Résultat: «les générations suisses à venir lui en seront longtemps reconnaissantes».

Le quotidien romand salue l'indépendance d'une commission qui n'usurpe pas son nom en «reléguant définitivement aux oubliettes de l'histoire l'image mythique d'un pays qui n'aurait rien à se reprocher».

Le Tages Anzeiger élargit la brèche et relève que le rapport comporte des éléments qui, il y a vingt ans encore, auraient fait perdre son travail à l'historien qui les aurait écrits. «L'attitude bienveillante du Conseil fédéral montre à quel point le 'sonderfall' (l'exception) suisse s'est, entre-temps, banalisé.»

«Maintenant on sait, et alors?»

«Le cauchemard est enfin terminé». Pour La Neue Zürcher Zeitung, l'abcès est crevé, d'où le sentiment général de soulagement qui marque la publication du travail des historiens.

Mais le grand quotidien zurichois relève, non sans ironie, que le vaste débat qui était censé s'ouvrir n'a pas encore eu lieu: «Maintenant on sait, et alors?»

Plus serein, 24 Heures estime que ce n'est qu'un début. «L'histoire n'est pas figée. Elle est en mouvement perpétuel». L'heure est donc à la confrontation des opinions. «C'est le prix, somme toute acceptable, à payer pour que les Suisses puissent regarder le passé sans se cacher les différentes vérités d'une période extrêmement complexe.»

Et de conclure: «Que le débat commence!» Le Temps, lui, pose la question corollaire: «Cette leçon d'histoire sera-t-elle acceptée par ceux à qui elle s'adresse?»

Ceux-ci ne se sont pas encore véritablement exprimés. Ce qui explique peut-être le sentiment qui se dégage de la lecture de ces commentaires qui reflètent le sens du consensus ô combien helvétique.

swissinfo/Isabelle Eichenberger

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