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La poussée du populisme genevois secoue la presse

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Au lendemain de la victoire du Mouvement des citoyens genevois (MCG), les médias romand s'interrogent sur le succès du parti antifrontalier devenu 2e formation du canton à égalité avec les Verts, seul autre parti à gagner des points.

Ce contenu a été publié le 12 octobre 2009 - 13:35

«Raz-de-marée des anti-frontaliers», «Stauffer secoue Genève», «Flambée populiste, naufrage de la gauche radicale». Les titres de la presse romande ont des allures de catastrophe naturelle pour évoquer la poussée du Mouvement citoyens genevois (MCG) aux législatives genevoises de dimanche.

Entré pour la première fois au parlement en 2005, la formation du tribun populiste Eric Stauffer s'impose désormais comme le 2e parti du canton avec 17 députés représentant 15,06%. Et ce, par la grâce d'un slogan aussi simple que percutant: «Frontaliers assez».

Le Dauphiné libéré, principal quotidien de France voisine, a demandé quelques explications au trublion de la politique genevoise. Réponse d'Eric Stauffer: «Quand on dit 'Frontaliers assez!', on ne dit pas qu'il faut jeter les frontaliers dehors (...). Cependant, on va mettre la pression sur les départements de l'Ain et de Haute-Savoie pour qu'ils respectent le jeu par rapport au Genevois», un avertissement se référant au projet d'agglomération franco-valdo-genevoise censé, justement, développer et harmoniser les relations entre les Genevois et la France voisine.

Génie en communication

Dans son éditorial, la Tribune de Genève donne une première explication à ce succès électoral. «Triomphe d'un homme, d'un style, d'une rhétorique – celle de la provocation – d'une capacité enfin à identifier puis exploiter le malaise genevois (...), Eric Stauffer, illusionniste certes, mais génie en communication, mais qui sait prendre le pouls de la rue. Son constat est juste: les Genevois ont perdu foi dans les partis traditionnels. Ils veulent des réponses simples à des questions concrètes, estime Pierre Ruetschi. Stauffer leur en fournit avec quelques boucs émissaires en prime – les frontaliers – et l'idéologie en moins.»

Le quotidien vaudois 24 Heures, lui, est plus mordant: «Le 12 décembre, lors de la fête de l'Escalade, les Genevois célébreront leur victoire contre les troupes savoyardes. L'événement date de 1602, mais le canton n'a toujours pas dépassé ce syndrome d'enclave redoutant l'invasion extérieure.»

«Genève la cosmopolite voit régulièrement resurgir les mouvements contestataires. En période difficile, toute population est tentée par la recherche d'un bouc émissaire. Le canton possédant 103 kilomètres de frontière avec la France, le coupable est tout trouvé», souligne l'auteure de l'édito Caroline Zuercher.

Avant de rappeler que le frontaliers «rapportent à l'Etat 600 millions de francs net par année. Reste à espérer que le canton restera fidèle à cette tradition qui veut que les pulsions populistes y meurent aussi spontanément qu'elles y sont nées.» Une référence au parti populiste Vigilance qui occupa brièvement le terrain dans les années 80.

Un rappel historique également formulé par la Neue Zürcher Zeitung dans son explication du vote de dimanche. Le quotidien zurichois invoque aussi le nombre de Genevois qui ont perdu leur emplois et qui ont été remplacé par un frontalier. «Chacun connait quelqu'un ou un parent à qui s'est arrivé », assure le quotidien.

Crise de croissance

De son coté, Le Temps rappelle la dynamique qui façonne la région genevoise. Dans son édito titré «Crise de croissance», Jean-Jacques Roth souligne: «Le MCG, fortement identifié à sa croisade contre l'«invasion frontalière», doit donc sa fortune à un seul phénomène: l'essor spectaculaire de la métropole genevoise et la libre circulation des personnes qui s'y est associée.»

«Or, poursuit Jean-Jacques Roth, ce n'est pas d'un excès d'ouverture que souffre Genève (les EMS, les hôpitaux et les transports publics ne tourneraient pas sans les Français), mais d'un manque de structuration du nouvel espace qui s'est développé en quelques années avec les régions voisines (...). La victoire du MCG est le thermomètre de cette crise de croissance.»

Plus musclé, Le Matin souligne la responsabilité des autres partis dans cette poussée populiste. «Les partis traditionnels se sont ramassé une belle raclée ce week-end à Genève. Et c'est bien fait pour eux! (...) Pendant trop longtemps, leurs petits jeux politiques ont bloqué la machine», assure Sandra Jean.

Dérive à droite

Un point de vue pas très éloigné du quotidien de gauche Le Courrier. «Si la droite fait la grimace face à ses encombrants alliés populistes, elle fait partie de la même famille idéologique.

On a ainsi vu les libéraux faire de la surenchère démagogique sur les mendiants. Ce qui a valu à Christian Lüscher d'être élu à Berne. Et même d'être mis en avant comme un candidat prétendument sérieux au Conseil fédéral! On voit de quel côté la girouette tourne en cas de gros temps politique», assène Philippe Bach.

Et ce, avant d'en appeler à «une indispensable refondation de la gauche», comme réponse à la montée du populisme.

Dans l'immédiat, Le Temps craint, lui, un durcissement du prochain gouvernement cantonal (que les Genevois élisent le mois prochain).

«La victoire du MCG confirme que la posture dénonciatrice rapporte davantage que la volonté de participer aux affaires (voir le déclin relatif de l'Union démocratique du centre, UDC). Elle aura donc pour conséquence probable un positionnement plus musclé du prochain gouvernement, quelle qu'en soit la couleur politique», pronostique Jean-Jacques Roth.

Mais le plus inquiétant est peut-être ailleurs. Dans un article intitulé «Quand Genève inquiète la France», Le Temps cite Antoine Vielliard, président du Modem pour la Haute-Savoie: «J'entends chez nous de plus en plus de mots haineux vis-à-vis des Suisses.»

Frédéric Burnand, Genève, swissinfo.ch

Résultats du scrutin

Le rapport de forces au Grand Conseil reste inchangé, après les élections cantonales de dimanche.

La droite conserve sa majorité (68 sièges sur 100). Selon les résultats définitifs, les libéraux (20 sièges) restent la première force politique du canton mais perdent trois sièges.

Le Mouvement des citoyens genevois (MCG) devient le 2e parti du canton, à égalité avec les Verts. Le MCG a enlevé huit sièges dimanche et en compte 17, tout comme les écologistes qui disposent d'un siège supplémentaire.

Les radicaux (droite) et le PDC (démocrates-chrétiens) ont tous deux cédé un siège et en comptent désormais 11 chacun.

Avec deux sièges de moins, l'UDC (Union démocratique du centre, droite conservatrice) totalise désormais 9 fauteuils au Parlement.

A gauche, et pour la première fois dans un législatif, les socialistes sont dépassés par les Verts. Le PS a lâché deux sièges et dispose encore de 15 représentants.

Partie divisée, l'extrême gauche de son côté n'a pas atteint le quorum de 7%. Solidarités et le Parti du travail n'ont décroché que 6,4% des suffrages, tandis que la liste dissidente de Christian Grobet en a récolté 5,84%.

La participation a atteint 39,6%.

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