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La politique des bonus suscite des tensions chez UBS

Les collaborateurs d’UBS au bas de l’échelle des salaires font connaître leur frustration. Robert Kneschke

La décision de la grande banque de verser 2,9 milliards de francs de bonus n’a pas seulement rameuté la critique hors de ses murs. A l’intérieur aussi, certains employés se sentent floués.

Ce contenu a été publié le 05 mars 2010 - 13:47

Pour 2009, UBS a augmenté de 1,2 milliard de francs l’enveloppe attribuée aux bonus, malgré les pertes enregistrées.

Le CEO de la grande banque Oswald Grübel a indiqué qu’il ne recevrait lui-même aucun bonus en 2009. Kaspar Villiger, président du conseil d’administration, pourrait suivre la même ligne, selon divers médias.

A l’extérieur de la banque, pas grand monde ne s’émouvra qu’UBS ait taillé 300 millions dans les bonus en espèces en faveur de cadres supérieurs pour objectifs non-atteints.

Mais beaucoup d’employés suisses moins haut placés dans la hiérarchie veulent savoir pourquoi ils ont dû faire fi de tout bonus alors qu’ils ont atteint leurs objectifs de performance individuels.

«Cette année, des personnes ayant obtenu des évaluations satisfaisantes ont été informées que les critères [déterminant l’attribution des bonus] ont été relevés. Les gens ont manqué leur bonus sans justification, et cela les met en colère», indique à swissinfo.ch un salarié des IT sous couvert de l’anonymat.

«Plus que furieux»

Un autre employé a contacté swissinfo.ch pour dire combien il était «plus que furieux» face à ce qu’il qualifie de «viol» du nouveau système des bonus.

«Nous avons fait une perte l’an dernier et je me serais satisfait d’une situation où personne n’aurait reçu de bonus, explique-t-il. Mais puisque l’enveloppe dédiée aux bonus a été augmentée, il aurait été juste d’en octroyer quelques miettes en guise de remerciement à des employés qui ont fait des heures supplémentaires et travaillé les week-ends.»

«Loin de s’attendre à des millions de francs de bonus, ces employés reçoivent en général un mois se salaire supplémentaire s’ils ont bien performé.»

Selon Elli Planta, présidente du comité de représentation des employés de la banque (ERC), le mécontentement est répandu chez les collaborateurs d’UBS en Suisse.

«Dans le passé, on disait aux employés qu’ils avaient droit à un bonus si leur évaluation était satisfaisante. Des gens ont bien travaillé dans des conditions difficiles l’an dernier, ils n’y comprennent plus rien.»

Une partie du problème vient d’une mauvaise communication de la part du management concernant les nouveaux paramètres pour déterminer qui a droit à un bonus, ajoute-t-elle. Le nouveau système de notation des employés semble être source de confusion et de frustration.

«L’allocation des bonus n’est pas comprise et pas suffisamment transparente, affirme Elli Planta. Les gens peuvent accepter beaucoup si, au moins, ils comprennent ce qui se passe.»

Syndicats frustrés

Les syndicats font valoir aussi que les bonus sont arbitraires. Ils se montrent frustrés car, contrairement aux salaires de base, ils n’ont aucun pouvoir de consultation ou de négociation sur l’ampleur et l’attribution des rémunérations liées à la performance.

«Cela démontre que les bonus sont agencés pour correspondre aux intérêts propres de la banque et pas à ceux des employés. Inévitablement, certaines personnes reçoivent beaucoup d’argent et d’autres rien du tout», constate Denise Chervet, secrétaire centrale de l’Association suisse des employés de banque (ASEB).

L’autorité de surveillance des marchés financiers (Finma), qui réglemente la branche, a forcé UBS a réduire ses bonus de quelque 80% en 2008. Mais le gendarme financier n’a plus la capacité légale d’intervenir directement sur la politique des bonus de la banque depuis qu’UBS a remboursé les fonds gouvernementaux d’urgence alloués l’an dernier.

Ce constat n’a pas empêché les médias de spéculer sur le fait que la Finma aurait fait pression sur la grande banque afin qu’elle réduise d’un milliard son enveloppe dédiée aux bonus. Une possibilité réfutée par Oswald Grübel en février.

Fossé atlantique

UBS a modifié sa politique de rémunérations liées à la performance. Elle a établi des objectifs à long terme, instauré le report d’une grande partie des versements et l’annulation de tout ou partie des bonus individuels en cas d’objectifs manqués.

Contactée par swissinfo.ch, UBS ne souhaite pas révéler comment les bonus sont attribués ni préciser les critères appliqués. Mais la grande banque ne fait pas mystère de sa volonté de contenir l’exode de ses financiers stars vers les établissements rivaux, en particulier dans sa division Wealth management.

A cet égard, la banque n’a pas été aidée par ses concurrents. En particulier aux Etats-Unis, où les bonus ont été sensiblement relevés en 2009. Ce qui a attisé les suspicions parmi les employés en Suisse: une grande partie des bonus auraient été dirigés outre-Atlantique.

Constat d’Elli Planta: tout ceci conduit à un élargissement du fossé entre les cultures au sein de la banque. Un fossé apparu avec la politique d’expansion d’UBS aux Etats-Unis ces dernières années.

«Le marché financier suisse est concentré sur l’argent, mais nous ne partageons pas la philosophie anglo-saxonne de l’argent rapide, explique-t-elle. Nous en arrivons à un point où les gens vont commencer à dire qu’ils en ont assez.»

Matthew Allen, Zurich, swissinfo.ch
(Traduction de l’anglais: Pierre-François Besson)

Controverse

Après la crise financière et le sauvetage de nombreuses banques par l’argent public, la question des bonus s’est muée en patate chaude dans de nombreux pays.

En Suisse, UBS a été la seule banque à bénéficier d’une aide financière de l’Etat. Une aide remboursée l’an dernier.

Le gendarme financier (Finma) a publié de nouvelles règles concernant les rémunérations variables. Ces règles prévoient un lien entre la rémunération et les objectifs à long terme ainsi qu’une transparence accrue.

UBS et Credit Suisse ont introduit de manière volontaire de nouveaux systèmes de rémunération qui prévoient de reporter de 3 ans le versement d’une partie des primes. Et seulement si les objectifs sont atteints.

UBS a augmenté le montant de ses bonus de 1,7 milliard de francs en 2008 à 2,9 milliards l’an dernier. Une part de 60% sera reportée. La banque a enregistré une perte de 2,74 milliards de francs en 2009, contre 21 milliards un an plus tôt.

Credit suisse reportera 40% des 6,85 milliards de francs de bonus pour 2009. La banque a enregistré un bénéfice de 6,72 milliards de francs en 2009, contre une perte de 8,22 milliards en 2008.

En 2009, les bonus ont augmenté à Wall Street de 17% à plus de 20 milliards de dollars, selon le contrôleur de l’Etat de New York.

En Grande-Bretagne, la Royal Bank of Scotland en difficulté a mis de côté 1,3 milliards de livres malgré une perte de 3,6 milliards.

France et Grande-Bretagne ont introduit l’an dernier une taxe unique sur les bonus pour récupérer un partie de l’argent public versé lors des renflouements.

De nombreux dirigeants ont cédé aux pressions publique et politique en renonçant à leurs bonus ou en augmentant leur part en actions.

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