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La mort de Corinne Rey-Bellet demeure inexpliquée

Les cercueils de Corinne Rey-Bellet et son frère à l'église de Val d'Iliez transformée en chapelle ardente. Keystone

Le mari et meurtrier présumé de l'ex-championne de ski valaisanne Corinne Rey-Bellet a été retrouvé mort mercredi. Mais ce drame reste sans explication.

Ce contenu a été publié le 04 mai 2006 - 09:45

Selon une récente étude, les tueries familiales représenteraient plus de la moitié des homicides en Suisse. Et la grande majorité de leurs auteurs seraient des hommes.

Après la mort par balles des Rey-Bellet dimanche soir et le suicide de son présumé meurtrier, chacun avance sa propre théorie, ses explications, sur le pourquoi et le comment de cette terrible affaire.

Une chose est sûre: le nombre de drames familiaux de ce genre a plutôt tendance à augmenter et leurs scénarios se ressemblent. En général, un père de famille tue sa femme, voire ses enfants, puis se donne la mort.

Dans les médias, les experts en psyhiatrie ou en psychologie parlent souvent de délitement du réseau social et de la modification des rôles dans une société helvétique traditionnellement dominée par les hommes.

Mais, en fait, les analogies entre ces tragédies cachent des mobiles propres à chacun de ces drames familiaux.

La prudence du criminologue

Eva Wyss se veut prudente. La criminologue juge prématuré d'apporter une explication à la progression du nombre de tragédies de ce genre - on a déjà recensé six cas cette année en Suisse.

«Ces deux ou trois dernières années, les tueries domestiques semblent plus fréquentes qu'auparavant, confirme la spécialiste à swissinfo. Mais il faut toujours prendre en compte les situations individuelles. Selon moi, il est trop tôt pour en tirer une quelconque conclusion.»

«Il est possible que la multiplication des cas observée ces dernières années soit accidentelle, poursuit la criminologue. Il nous faut une période d'au moins dix ans pour juger.»

Eva Wyss vient de mettre le point final à une étude consacrée aux maris battus. Elle admet un changement fondamental dans la nature et la fréquence de la violence domestique en Suisse. Mais de là à prendre une arme et tuer sa famille, il y a un fossé.

Une autre étude récente, signée par le Fonds national suisse (FNS), démontre l'importance des tueries familiales. Elle porte sur les meurtres enregistrés dans les cantons de Vaud, Fribourg, Valais et Neuchâtel depuis 1980.

Et là, les chiffres parlent d'eux-mêmes. Une tuerie familiale est en cause dans 58% du total des meurtres – un chiffre nettement plus élevé qu'aux Pays-Bas (29%) ou aux Etats-Unis (20%).

Des hommes le plus souvent

Professeur de psychologie à l'Université de Genève, Philip Jaffé met toutefois en garde. La comparaison avec les Etats-Unis n'est pas judicieuse. Car au pays de l'Oncle Sam, la population a davantage tendance à tuer «hors de la famille».

«Les chiffres recueillis en Suisse ne sont pas surprenants, explique le spécialiste. Les homicides ont lieu au sein de la famille parce que la famille est un lieu de violence. Une violence entre partenaires et contre les enfants. C'est vrai partout.»

Selon Philip Jaffé, les tueries familiales entrent dans deux catégories. Il y a d'une part les hommes violents qui vont trop loin, et d'autre part l'«événement unique de forte intensité» - une séparation par exemple – qui fait perdre la boule à l'un des partenaires.

Le plus souvent, c'est le partenaire masculin qui est en cause. En effet, selon l'étude du FNS, 84% des auteurs de tueries familiales sont des hommes.

Les relations entre les sexes

Comme d'autres spécialistes, Philip Jaffé estime que la fragmentation du tissu social et l'évolution des relations entre les sexes expliquent en partie ces tragédies. D'autant qu'à ses yeux, la Suisse vit une révolution des rôles.

Aujourd'hui, la femme décide autant que l'homme quand mettre fin à une relation ou à un mariage. «Dans le passé, le contrôle était plutôt du côté de l'homme, explique Philip Jaffé. Mais les modifications du droit du divorce ont changé la donne.»

«La plupart de ces meurtres sont dus à des hommes fragiles, qui perdent les pédales lors d'un moment d'abandon et de rupture narcissique. Leur colère peut se diriger contre la femme ou l'entier de la famille.»

Réagir et prévenir les tueries

Martin Boess est directeur de Prévention suisse de la criminalité, une organisation créée par les polices cantonales. Pour lui, il est grand temps de prendre à bras le corps un problème trop longtemps négligé.

«Même si les cas restent assez peu nombreux en Suisse, affrime-t-il, leur nombre est ahurissant, proportionnellement à celui des autres pays.»

«Il faut absolument coordonner la recherche et le travail de prévention en matière de violence domestique, plaide Martin Boess. Nous devons trouver la voie afin que la société puisse à l'avenir réagir et prévenir ces tueries.»

swissinfo, Adam Beaumont à Genève
(traduction: Pierre-François Besson)

Faits

L'étude du Fonds national suisse menée dans quatre cantons met en évidence que:
58% du total des homicides ont eu lieu au sein de la famille
Dans 84% des cas, l'auteur est un homme
Une arme a feu a été utilisée dans 39% des tueries familiales
Un chiffre qui passe à 79% lorsque deux morts au moins ont été déplorés
Dans presque la moitié des cas, l'auteur de la tuerie s'est ensuite donné la mort

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