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La loi des nombres frappe encore en montagne

Les randonneurs devraient toujours prendre l’avis d'un gardien de cabane avant de se lancer. Keystone

Dix morts dans les Alpes suisses en moins de cinq jours. Le bilan de cette semaine tragique porte à 47 au moins le nombre des victimes depuis le début de l'année. Ces chiffres n'ont rien d'exceptionnel. C'est la loi des nombres: chaque année près de 150 personnes perdent la vie en montagne.

Ce contenu a été publié le 17 août 2001 - 10:39

Mercredi, une cordée de quatre alpinistes déroche lors de l'ascension du Lauteraarhorn. La veille, une jeune femme de 22 ans s'était tuée, également dans l'Oberland bernois, près de Grindelwald.

La série noire avait déjà commencé au cours du week-end, avec la mort d'un alpiniste samedi en Valais et celle d'une fillette de 12 ans dimanche en Appenzell. Et pour compléter ce tableau tragique, lundi, c'est un couple de Français et sa fille de 17 ans qui trouvait la mort au-dessus d'Orsières, encore en Valais.

De quoi secouer un professionnel de la montagne comme Jacky Michelet, directeur de l'Organisation cantonale valaisanne des secours (OCVS). Même si pour lui, cette année n'a, hélas, rien d'exceptionnel: «un seul mort, c'est déjà un mort de trop, mais malheureusement, nous sommes parfaitement dans la norme. Il ne faut pas oublier que la saison d'été est très courte et avec le mauvais temps de juillet, la plupart des gens ont reporté leurs excursions à cette première quinzaine d'août», explique le guide valaisan.

Davantage de monde lancé à l'assaut des sommets, donc statistiquement davantage de risques d'accidents. L'implacable loi des nombres est ainsi respectée.

L'été meurtrier

Que l'on parle de montagne au soleil ou de montagne sous les éléments déchaînés, ce sont deux mondes différents, poursuit Jacky Michelet. L'un ressemble au paradis, alors que l'autre peut être pire que l'enfer».

Ne jamais partir lorsque la météo n'est pas sûre constitue donc l'un des conseils de base du guide expérimenté. Et chacun devrait savoir qu'en montagne, les éléments peuvent se déchaîner très vite.

Après les intempéries de juillet, les Alpes regorgent de pièges. Les pierres tombent, les ponts de neige au-dessus des gouffres sont fragiles et les crevasses sur les glaciers peuvent s'être agrandies d'un ou deux mètres en quelques semaines.

«Avant de partir, les randonneurs devraient toujours prendre l'avis du gardien de la cabane où ils viennent de passer la nuit, conseille Jacky Michelet. Il est sur place depuis le début de la saison et c'est lui qui recueille les récits des alpinistes qui redescendent. Il connaît donc les conditions particulières du lieu et du moment».

Malheureusement, le directeur de l'OCVS sait bien que l'enthousiasme qui pousse les alpinistes occasionnels vers les sommets est difficile à freiner. «L'idéal serait de toucher les gens lorsqu'ils sont encore à la maison. Une fois partis, l'euphorie est telle que bien souvent, ils ne veulent plus écouter les conseils».

«Pourtant, la force de renoncement est indispensable à la pratique de l'alpinisme, car la montagne sera toujours beaucoup plus forte que nous», rappelle Jacky Michelet.

Tous à la même corde

Reste la question de la cordée. L'accident du Lauteraarhorn n'aurait pu faire qu'une victime si les quatre alpinistes n'avaient pas été attachés. Sur ce pojnt, Jacky Michelet est formel: «depuis qu'il a l'habitude d'escalader les montagnes, l'homme a également pris celle de s'encorder. Le but est simplement de permettre aux membres de l'équipe de retenir celui qui ferait un faux mouvement ». En soi, la pratique offre donc plutôt une garantie de sécurité.

«Hélas, les cordées manquent souvent d'un chef expérimenté. Il n'y a que lui qui peut savoir quand il est nécessaire de s'assurer et quand on peut s'en passer, poursuit Jacky Michelet. Par manque d'argent, les gens renoncent à engager un guide... alors que le prix de ses honoraires est bien peu de chose en comparaison de celui de la vie humaine».

Epris de liberté comme le sont souvent les gens de la montagne, le directeur de l'OCVS ne souhaite pas pour autant que la pratique de l'alpinisme soit strictement réglementée. Selon lui, la majorité de ceux qui partent à l'assaut des sommets ont la tête généralement bien posée sur les épaules.

«Mais le risque principal, c'est de croire connaître la montagne alors qu'on la connaît mal, conclut Jacky Michelet. Avant de partir, chacun devrait prendre le temps d'évaluer son objectif en fonction de ses possibilités et des conditions du moment».

En d'autres termes : prendre le temps de la réflexion avant de se lancer dans l'action.

Marc-André Miserez

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