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La crise entre la Suisse et la Libye touche à sa fin

Mouammar Kadhafi devrait libérer rapidement les deux Suisses assignés à résidence en Libye. Reuters

Mouammar Kadhafi a obtenu gain de cause. Le président de la Confédération Hans-Rudolf Merz, en visite surprise jeudi à Tripoli, a présenté des excuses pour l'arrestation d'Hannibal Kadhafi en 2008 à Genève. Les deux Suisses retenus en Libye seront libérés prochainement.

Ce contenu a été publié le 20 août 2009 - 17:48

«J'exprime mes excuses au peuple libyen» pour l'arrestation «injustifiée» de diplomates libyens par la police de Genève, a déclaré jeudi en fin de journée le président suisse lors d'une conférence de presse conjointe avec le premier ministre libyen Al-Baghdadi Ali al-Mahmoudi. Les deux hommes s'étaient entretenus auparavant.

M. Merz, qui selon le correspondant de l'Agence France Presse sur place est apparu au moment des excuses «tête baissée et pas très à l'aise» a indiqué que les autorités libyennes lui avaient promis que les deux hommes d'affaires suisses qui n'étaient pas autorisés à quitter le territoire libyen depuis cette affaire pourraient rentrer chez eux.

«Les Libyens m'ont promis qu'ils les laisseront partir avant le 1er septembre», a dit le président de la Confédération, qui est également ministre des Finances.

Accord signé

M. Merz a déclaré avoir atteint les deux objectifs qu'il s'était fixés en venant en Libye: régler «l'affaire Hannibal» et faire revenir les sociétés suisses sur le marché libyen. «C'est un résultat satisfaisant pour moi», a-t-il dit.

Dans un communiqué diffusé au même moment à Berne, le ministère des Finances indique que MM. Merz et Mahmoudi ont signé un accord qui rétablit les relations entre la Suisse et la Libye.

Selon ce texte, toutes les activités consulaires et commerciales entre les deux pays vont reprendre. Par ailleurs, la Suisse s'engage «à ne pas répéter cet incident dans le futur contre des citoyens ou des officiels libyens».

Et ce n'est pas tout: Berne et Tripoli ont décidé de mettre en place «un tribunal arbitral indépendant» pour enquêter sur les circonstances de l'arrestation d'Hannibal Kadhafi dans la cité de Calvin.

La Suisse, on le sait, voulait que cette instance examine également les mesures de rétorsion prises par Tripoli à la suite de cette affaire, mais elle a fini par céder sur ce point.

«Un premier pas»

Le premier ministre libyen a de son côté affirmé que les excuses «officielles et solennelles» de la Confédération constituaient un «premier pas» pour régler le contentieux entre les deux pays.

Quant à Charles Poncet, avocat du gouvernement libyen, il s'est dit «très content» de ces développements. Il a annoncé que la plainte déposée contre l'Etat de Genève sera «suspendue» dans un premier temps et «certainement retirée».

La Libye a en effet obtenu la tenue d'un tribunal arbitral. Pour l'avocat de M. Kadhafi, «On arrive maintenant à ce que le gouvernent libyen demande depuis l'année dernière».

Deux nuits en prison

Le fils de Mouammar Kadhafi et sa femme, alors enceinte, avaient été arrêtés en juillet 2008 dans l'hôtel où ils logeaient après avoir fait l'objet d'une plainte pour maltraitance de deux de leurs domestiques. M. Kadhafi avait passé deux nuits en prison avant d'être libéré contre le versement d'une caution de 500'000 francs.

Les relations entre Berne et Tripoli ont alors commencé à se dégrader. Outre les deux Suisses retenus sur le sol libyen, les liaisons aériennes avec Tripoli avaient été coupées, le volume des activités commerciales avec la Libye avait chuté et la quasi-totalité des avoirs libyens en Suisse avaient été retirés.

«Une question d'honneur»

Des représentants du ministère des Affaires étrangères de Micheline Calmy-Rey faisaient partie de la délégation qui s'est rendue jeudi à Tripoli.

Mme Calmy-Rey avait passé trois jours en Libye au mois de mai dernier. Elle y avait rencontré les ressortissants suisses retenus dans ce pays pour s'enquérir de leur état de santé. Elle était accompagnée des épouses des deux hommes et d'un médecin.

Pour la Suisse, ce conflit «est une question d'Etat de droit, pour la Libye par contre une question d'honneur», avait alors dit la cheffe de la diplomatie suisse.

swissinfo.ch et les agences

Echanges en chute libre

Partenaire. En 2008, la Libye était le premier partenaire commercial de la Suisse en Afrique. Les importations (pétrole surtout) atteignaient 3,3 milliards de francs et les exportations 282 millions.

Pétrole. Pratiquement la moitié du pétrole consommé en Suisse venait de Libye. Les exportations consistent essentiellement en machines, produits pharmaceutiques et produits agricoles.

Baisse. Selon les statistiques publiées jeudi par l'administration fédérale des douanes, durant les sept premiers mois de 2009, les échanges entre les deux pays ont chuté de manière spectaculaire.

Recul. Les exportations suisses vers la Libye sont tombées à 97 millions de francs (-48,6%) et les importations ont reculé de 85,2%, à 326 millions.

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Un an de crise

Hannibal. La crise entre la Suisse et la Libye a éclaté après l'arrestation d'Hannibal Kadhafi et de son épouse Aline le 15 juillet 2008 dans un hôtel de Genève.

Maltraitance. La procédure pénale à l'encontre du couple a été classée en septembre 2008 suite au retrait des plaintes des deux domestiques qui les accusaient de maltraitance.

Plainte. Début avril dernier, la Libye a déposé une plainte civile contre l'Etat de Genève. Elle estime que la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires a été violée et que la caution fixée pour la libération des époux Kadhafi était trop importante.

Représailles. En guise de représailles, deux hommes d'affaires suisses sont retenus depuis plus d'un an en Libye. Les liaisons aériennes avec Tripoli sont toujours coupées et la quasi totalité des avoirs libyens en Suisse ont été retirés.

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