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La crise dope les altermondialistes

Keystone

En Suisse, on n'avait dit le mouvement altermondialiste essoufflé, voire moribond. Les milieux proches de cette mouvance contestent cette analyse. Pour eux, la crise économique pourrait donner un nouveau souffle aux thèses de ceux qui croient qu'un «autre monde est possible».

Ce contenu a été publié le 23 janvier 2009 - 11:51

Alors que bon nombre de grands décideurs de la planète ont pris le chemin de la station de Davos pour assister au Forum économique mondial (WEF), c'est une nouvelle fois le Brésil – la ville de Belém – que les voix critiques de la mondialisation ont choisi pour s'offrir une tribune mondiale.

C'est donc la 10e fois que les contestataires organisent cette sorte de «contre forum», afin d'y débattre de la manière d'organiser le monde d'une manière plus démocratique, plus solidaire et plus écologique. Bref pour tenter de prouver que malgré la mondialisation, «un autre monde est possible», ainsi que le rappelle le slogan des forums sociaux mondiaux (FSM).

Deux mouvements pour un même combat

Au cours des dernières années, les médias ont amplement parlé des positions de ces opposants à l'ordre établi. Depuis deux ans toutefois, l'intérêt des observateurs semble avoir quelque peu faibli, certains observateurs ayant cru déceler un certain «essoufflement» des mouvements sociaux.

Parmi les principaux intéressés, on conteste cette analyse. «Le mouvement altermondialiste ne s'est pas essoufflé, mais il s'est peut-être construit dans une dimension moins médiatique», relève ainsi le sociologue genevois Jean Rossiaud.

Pour ce spécialiste de l'alter mondialisme, qui a participé à tous les FSM, ce problème de perception vient du fait que les observateurs font trop souvent l'amalgame entre antimondialistes et altermondialistes. Alors que les premiers privilégient la contestation violente, les seconds, plus constructifs, travaillent à la recherche de solutions. Or pour Jean Rossiaud, si le mouvement antimondialiste semble avoir quelque peu marqué le pas, le mouvement altermondialiste n'a pour sa part jamais cessé son action.

Cette analyse est partagé par Andreas Missbach, membre l'ONG suisse Déclaration de Berne. «Autrefois, il y avait des manifestations, des actions directes dans la rue qui pouvaient même être accompagnées de violence, déclare-t-il. C'est cela qui semble avoir désormais disparu.»

Victoire idéologique

Ce qui semble certain, c'est qu'en cette année 2009, la violence ne sera pas nécessaire pour capter l'attention. En effet, la crise financière et économique qui bouleverse le monde depuis quelques mois donne une nouvelle résonnance aux thèses de ceux qui ont toujours dénoncé les dérives du modèle de la mondialisation libérale.

«La situation économique ne change rien à notre discours. Mais il est vrai que, comme me le disait l'un de mes collègues, nous buvons actuellement du 'petit lait', car cela fait très longtemps que nous dénonçons la dérégulation des marchés et la libéralisation, tout en rappelant la responsabilité sociale des entreprises», témoigne Raphaël de Riedmatten, responsable des publications auprès de la Déclaration de Berne.

Pour Jean Rossiaud, ce n'est peut-être cependant pas cette année encore que les thèses du FSM vont trouver davantage d'écho. «Vu depuis la Suisse, on constate évidemment qu'il existe une crise financière, explique-t-il. Mais celle-ci ne s'est pas encore concrétisée dans notre porte-monnaie. Par conséquent, la contestation sociale n'est pas beaucoup plus forte que l'année passée.»

«Cette année, la seule grande différence, mais qui est de taille, c'est que nous avons le sentiment que ce que beaucoup prédisaient – c'est-à-dire que le système ne pouvait pas tenir – s'est réalisé. D'un point de vue idéologique, nous avons donc le sentiment d'avoir gagné», poursuit le sociologue.

Mais le sentiment d'avoir eu raison laisse un goût amer aux altermondialistes. «Nous savons que ce sont les plus pauvres qui vont souffrir le plus de cette crise; il n'y a donc pas de quoi se réjouir», déclare ainsi Andreas Missbach. «Nous avons le sentiment qu'il y a tellement à perdre en termes de coûts sociaux que nous ne sommes effectivement pas contents de notre victoire», renchérit Jean Rossiaud.

Appel à la politique

Le constat d'échec de la mondialisation libérale ayant été posé, reste encore à pouvoir appliquer des solutions. Pour ce faire, le mouvement altermondialiste ne croit guère à l'économie elle-même.

«Je ne pense pas que d'autres choses que des mesures d'urgence pour relancer l'économie seront discutée au WEF de Davos, estime ainsi Raphaël de Riedmatten. Sur le fond, ils restent convaincus des bienfaits de la dérégulation. Si l'on fait une comparaison avec le trafic automobile, il n'y a personne de sensé qui dirait que ce sont les automobilistes qui doivent eux-mêmes régler la façon dont ils conduisent...»

«L'objectif n'est pas forcément de se faire entendre par ces gens-là, confirme Jean Rossiaud. Il faut que la politique reprenne ses droits; c'est à ce niveau qu'il faut convaincre le plus de personnes possible qu'il faut changer de modèle.

Pour appliquer leurs solutions, les mouvements altermondialistes comptent donc avant tout sur la mobilisation de la société civile et de la politique. «Il faut la convergence de grands segments de la population sur l'idée d'un grand 'New Deal' basé sur trois éléments: la justice sociale, un rôle plus grand de l'Etat dans l'économie, l'écologie», déclare Andreas Missbach.

Reste donc à voir si cet appel sera entendu. Seul l'avenir le dira. Mais pour les altermondialistes, il existe déjà quelques signes encourageants. «On a l'impression que des personnes qui dénonçaient hier l'intervention de l'Etat l'ont appelé au secours pour sauver UBS, par exemple. On assiste peut-être à un retour de l'Etat, au retour d'un certain contrôle et de mesures législatives contraignantes», conclut Raphaël de Riedmatten.

swissinfo, Olivier Pauchard

Pas de violence à Genève

Le gouvernement genevois a interdit la manifestation anti-WEF prévue le 31 janvier.

Les autorités veulent éviter des violences telles que la ville en avait connues lors des manifestations anti-G8 de 2003.

Le parti communiste genevois et le Forum social lémanique contestent cette décision. Ainsi pour les communistes, elle s'inscrit dans «un contexte de criminalisation de toute opposition radicale. Elle est indigne d'une République qui se prétend un modèle démocratique dans le monde».

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