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La cour du roi Fahd fait jaser Genève

Le roi Fahd et sa suite, lors de leur arrivée à Genève le 20 mai 2002. Keystone Archive

Côté face, le séjour du roi Fahd est une aubaine économique pour Genève. Côté pile, son attitude et celle de sa cour font jaser plus d'une personne.

Ce contenu a été publié le 25 juillet 2002 - 17:00

Jusqu'où peut-on aller pour satisfaire le roi Fahd d'Arabie et sa cour? C'est la question à plusieurs millions de francs qui se pose actuellement à Genève, où le monarque saoudien et ses centaines de courtisans ont pris leurs quartiers d'été depuis mai.

Une question reprise avec de plus en plus d'insistance par les médias locaux. Ainsi, mercredi, la Tribune de Genève nous apprenait que le vieux monarque pourrait se faire opérer de la cataracte aux Hôpitaux universitaires genevois (HUG).

Cette éventualité aurait déjà passablement perturbé le train-train de l'hôpital. Un branle-bas de combat suscité, selon la presse locale, par les multiples exigences du roi et de ses proches.

Se fendant d'un commentaire à ce propos, la Tribune de Genève se demande le plus sérieusement du monde: «à quoi sert un hôpital public?»

Le rôle international de Genève

Le chef de la santé publique du canton tient d'emblée à relativiser les choses. «De par son rôle international, dit Pierre-François Unger à swissinfo, Genève est habituée à ce genre de situation.»

Un exemple: «Lors de la conférence ministérielle de l'OMC qui s'est tenue à Genève en 1998, rappelle Pierre-François Unger, les services de sécurité de 68 chefs d'Etat ont inspecté les locaux de l'hôpital.»

Une procédure considérée comme normale par Pierre-François Unger qui était à l'époque responsable du service des urgences des HUG).

Et d'ajouter: «La venue à l'hôpital de personnalités telles que le roi Fahd, implique forcément un certain nombre d'adaptations, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité.»

«Cela dit, conclut le chef de la santé publique du canton, les procédures d'admission, elles, ne sont pas négociables».

Un syndicaliste outragé

Un argument qui ne convainc pas Albert Nahori, représentant aux HUG du Syndicat des services publics.

«Je suis choqué par cette affaire qui concerne une institution publique, lanec-t-il. On ne devrait pas laisser un patient, quel qu'il soit, décider la manière dont il sera soigné.»

«Les HUG sont dotés d'une aile privée aux chambres payantes», lui rétorque Olivier Jornot.

Et le président du parti libéral genevois de souligner tout le profit, en termes de réputation, que peut tirer l'hôpital d'une telle présence.

«Ils se croient tout permis»

Il n'empêche. Cet épisode fait jaser Genève. Tout comme l'ouverture, fin mai, au milieu de la nuit, d'une grande surface à la demande d'un membre de la famille royale.

Une pratique courante pour les dirigeants des pays du Golfe. Mais qui, cette fois-ci, n'a pas échappé à l'objectif d'un photographe du Matin, le quotidien de boulevard le plus lu de Suisse romande.

Dénonçant une violation caractérisée de la loi sur l'ouverture des magasins, le Syndicat interprofessionnel de travailleuses et travailleurs (SIT) a exigé l'ouverture d'une enquête.

Elle doit être menée par les services du responsable de l'économie du canton, qui ne cache pas sa gêne.

«Cela me met dans une position délicate, avoue Carlo Lamprecht dans les colonnes du magazine L'Hebdo.

Et de préciser: «Si le roi Fahd vient à Genève et fait des achats, je ne peux que m'en réjouir. Mais si j'ai connaissance d'une violation de la loi, je suis obligé d'ouvrir une enquête».

Des clients providentiels

Difficile en effet - surtout en ces temps de morosité économique - de ne pas satisfaire les exigences, voire les caprices, de clients aussi providentiels. En l'occurrence, les courtisans du roi Fahd et les nombreux touristes venus des pays du Golfe dans leur sillage.

En effet, l'ensemble des hôtels cinq étoiles de la place affichent complet. Et les boutiques de luxe vendent à tout va.

Sans compter les commerçants et les artisans qui sont très fréquemment sollicités par le monarque pour l'aménagement de son palais et de ses dépendances.

A noter que c'est la première fois que le roi Fahd occupe la propriété de 40 hectares qu'il a fait construire à Collonge-Bellerive sur les bords du Léman.

Sans pouvoir être encore chiffrées, les retombées pour l'économie locale promettent en tout cas d'être exceptionnelles.

Les responsables du tourisme espèrent même pouvoir fidéliser une partie de cette clientèle providentielle venue des pays du Golfe. Dans ce contexte, la présence du roi Fahd ä Genève constitue un formidable coup publicitaire pour Genève et sa région.

«Nouveaux «riches» et «tyrans»

Mais la médaille a un revers. Cette affluence de touristes proche-orientaux ne passe pas inaperçue.

Le simple quidam genevois peut en effet assister au ballet des 600 limousines louées par la cour saoudienne (chiffre avancé par le quotidien alémanique Blick). Des voitures de luxe qui sont souvent garées en double file devant les boutiques de luxe.

Certains Genevois n'hésitent donc pas à fustiger «ces nouveaux riches qui se croient tout permis».

Jean Ziegler, lui, va même plus loin. Interrogé sur la présence du monarque saoudien et de sa cour à Genève, le sociologue et ancien parlementaire socialiste disait encore récemment le fond de sa pensée sur les ondes de la Télévision suisse romande.

«Ce que je n'aime pas, disait-il, c'est la présence de ce tyran». Allusion directe au roi Fahd.

Le feuilleton de l'été

Et il n'a peut-être pas tout tort. Le royaume saoudien ne passe pas pour un modèle de vertu démocratique. Ses dirigeants se font d'ailleurs régulièrement épingler par des organisations telles que Amnesty international.

Quoi qu'il en soit, la présence du roi Fahd et de ses courtisans fournit tous les ingrédients d'une bonne comédie de mœurs. Dont se délectent les médias locaux et leurs lecteurs.

swissinfo/Frédéric Burnand à Genève

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