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L'ultime rempart contre la guerre en Irak

Colin Powell s’est exprimé mercredi devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Keystone

Preuves «américaines» à l'appui, Colin Powell a tenté mercredi de convaincre le Conseil de sécurité du bien-fondé d'une intervention militaire contre l'Irak.

Ce contenu a été publié le 05 février 2003 - 18:34

Mais, rappellent les experts suisses, sans mandat de l'ONU, une telle opération constituerait une violation du droit international public. Qui est le garant de la paix mondiale.

Le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a déclaré mercredi à New York devant le Conseil de sécurité de l'ONU que «l'Irak menait, au plus haut niveau, une politique d'esquive et de tromperie».

Confidences de transfuges. Photos satellites. Conversations téléphoniques. Le chef de la diplomatie américaine a accusé - preuves américaines à l'appui - le régime du président Saddam Hussein de n'avoir fait «aucun effort pour désarmer».

Pire, toujours selon Colin Powell, l'Irak «utilise les vastes ressources de ses services de renseignement pour espionner les inspecteurs» en désarmement des Nations unies. Et pour leur «dissimuler» des preuves.

Le Conseil de sécurité devra trancher

Datée du 8 novembre, la résolution 1441 de l'ONU exige que l'Irak accepte sans conditions de nouvelles inspections des experts de l'ONU et fasse la lumière sur son programme d'armement. Faute de quoi, Bagdad s'expose «aux plus graves conséquences».

Aux yeux de Washington, le rapport présenté le 27 janvier par les inspecteurs de l'ONU montre que l'Irak n'a pas volontairement désarmé. Et qu'il a, par conséquent, violé la résolution 1441 exigeant une coopération active de Bagdad.

Pour l'administration Bush l'affaire est entendue: le délai accordé au président irakien Saddam Hussein est dépassé. Et c'est pour tenter de rallier la communauté internationale à la cause des Etats-Unis que le secrétaire d'Etat américain Colin Powell s'est exprimé mercredi devant le Conseil de sécurité de l'ONU.

C'est donc à ce dernier de trancher. Autrement dit, de déterminer si l'Irak s'est rendu coupable d'une «violation grave» de ses obligations au sens de la résolution 1441.

Le droit international mis à l'épreuve

En tout état de cause, les juristes sont d'accord sur un point: c'est au Conseil de sécurité de l'ONU, et à lui seul, de décider de nouvelles procédures à l'encontre de l'Irak, indépendamment de ce qui est contenu dans le rapport des inspecteurs en désarmement.

Le droit international a pour but de régler les relations entre Etats grâce à un dialogue rationnel et dans un esprit de tolérance. C'est la raison pour laquelle, aux yeux de Daniel Thuerer, professeur de droit international public à l'Université de Zurich, la crise irakienne constitue une mise à l'épreuve de ce droit.

«Si l'on arrivait à imposer une seconde résolution sur l'Irak qui exclut une autorisation expresse de l'usage de la force, déclare le professeur, cela constituerait un renforcement du droit international public.»

Or si des Etats puissants enfreignent ces règles, ce serait un coup dur pour les efforts entrepris pour favoriser la coexistence pacifique entre les hommes. C'est pourquoi Daniel Thuerer espère que les Etats-Unis «reviendront à la raison».

Le bon vouloir des grandes puissances

Mais les résolutions de l'ONU n'ont de valeur que si les puissances s'unissent pour les défendre et les appliquer. «Or il n'y a actuellement qu'une seule puissance mondiale», explique Albert A. Strahel, professeur de sciences politiques et d'études stratégiques à Zurich.

«De plus, dit-il, les Etats-Unis et les quatre autres membres permanents ont un droit de veto au Conseil de sécurité.»

Dès lors l'application des résolutions dépend de ces cinq puissances. Si l'une d'entre elles exerce un droit de veto, ces résolutions ne valent rien.

Les entorses aux résolutions ne sont donc sanctionnées que si les Etats-Unis le veulent bien. Et ce phénomène n'a fait que s'accentuer au cours des dix dernières années.

La tendance est à la guerre

Le 28 janvier, lors de son discours sur l'état de l'Union, le président des Etats-Unis a promis à ses concitoyens une attaque contre l'Irak, même sans le consentement du Conseil de sécurité de l'ONU.

Si l'on analyse de discours de George W. Bush, note Albert Strahel, on remarque trois choses importantes: «Il y a les intérêts politiques des Etats-Unis dans la région, les convictions religieuses de M. Bush et naturellement la sécurité d'Israël».

«Or, juge le professeur, ces trois éléments indiquent clairement que les Etats-Unis devraient entrer en guerre pour désarmer l'Irak de Saddam Hussein.»

Cependant, Albert Strahel constate certaines craintes récentes concernant d'éventuelles pertes en hommes. «Il est donc pensable que l'on devienne un peu plus prudent si cette problématique des pertes humaine augmente», analyse-t-il. Cependant, la tendance reste encore à la guerre.

La Suisse doit rester neutre

Albert Strahel regrette que certains pays de l'Union européenne (Royaume-Uni, Espagne, Portugal et Italie notamment) et de l'Europe orientale se soient rangés sous la bannière étoilée à la fin du mois dernier par voie de presse.

D'autant plus que, dans le même temps, la France et l'Allemagne ont répété qu'il fallait accorder plus de temps aux inspecteurs des Nations Unies.

«Ces divisions, ces différences qui règnent au sein de l'Union européenne sont dans la nature des choses, estime Albert Strahel. Nous n'avons pas d'unité en Europe.»

La position suisse est pour sa part claire: elle soutient une solution pacifique. Et, s'il faut malgré tout en arriver à la guerre, une nouvelle résolution de l'ONU est nécessaire.

Le Conseil fédéral a réaffirmé cette position à plusieurs reprises. Si les Etats-Unis attaquaient sans mandat de l'ONU, la Suisse se comporterait conformément à sa politique de neutralité.

Une guerre devenue inévitable

«La Suisse aurait alors toutes les raisons de se tenir à l'écart de ce conflit, car ce serait une guerre illégale», estime Victor-Yves Ghebali, professeur à l'Institut des Hautes Etudes internationales de Genève.

Certes, la voie de la neutralité ne serait pas facile en raison de la division de l'Europe. «Mais, estime Victor-Yves Ghebali, je crois qu'il est plus conforme à la tradition humanitaire de la Suisse de se tenir du côté des opposants à la guerre et de se distancer de ceux qui se rangent sans conditions derrière les Etats-Unis.»

Tout le monde parle de guerre. Même le vice-directeur de la Fondation suisse pour la paix (swisspeace) pense qu'une guerre en Irak ne peut plus être empêchée.

«Les guerres peuvent être évitées, mais pas à ce stade, déclare Heinz Krummenacher. Monsieur Bush est sur le sentier de la guerre et tout son entourage approuve. Les solutions pacifiques ne sont plus possibles lorsqu'il y a un tel enjeu stratégique - le pétrole - ou que le président attise la haine.»

swissinfo, Jean-Michel Berthoud
(traduction: Oliver Pauchard)

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