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L'UEFA déclare la guerre aux victoires à crédit

Keystone

Les clubs de football surendettés pourraient bientôt écoper de lourdes sanctions. Adopté à la mi-septembre par l'UEFA, le principe dit du «fair play financier» vise à remettre de l'ordre dans l'univers du ballon rond. Un phénomène qui ne touche guère les équipes suisses.

Ce contenu a été publié le 16 octobre 2009 - 12:00

Parler de révolution est sans doute excessif. Néanmoins, ces nouveaux paramètres voulus par Michel Platini et l'UEFA pourraient bien ébranler la planète foot au cours des années à venir.

Ce coup de balai, baptisé «fair play financier», a été approuvé le 15 septembre dernier par le comité exécutif de l'Union Européenne des Fédérations de Football.

«L'objectif premier – peut-on lire dans un communiqué de l'UEFA – est de favoriser la loyauté financière dans les compétitions européennes, sans négliger la stabilité du football européen à terme».

Exclusion de la Champions League?

«L'idée centrale est que les clubs ne doivent pas dépenser davantage d'argent qu'ils n'en encaissent», a précisé le président de l'UEFA, Michel Platini.

Si un club ne présente pas un bilan équilibré sur l'arc de trois ans et s'il est en situation de surendettement, il pourrait se voir exclu de la Champions League dès la saison 2013-2014.

Une mesure aussi impopulaire risque d'être plutôt difficile à appliquer, notamment parce que «les rencontres européennes vivent grâce à ces têtes d'affiche», fait remarquer Pierre-André Schurmann, ex-entraîneur de l'Under 21 suisse et technicien de Neuchâtel Xamax.

Il n'empêche que l'UEFA semble bien déterminée à donner un tour de vis: «Plus de 50% des clubs enregistrent des pertes chaque année. Il faut reprendre les choses en main, sans quoi, la bulle explosera tôt ou tard», a indiqué Gianni Infantino, secrétaire général de l'UEFA, depuis le 1er octobre 2009.

Sommes colossales

Ne pas dépenser davantage que ce que l'on encaisse. Cet objectif semble être à des années lumière de la politique conduite jusqu'ici par les dirigeants de nombreuses équipes.

En 1995, le verdict Bosman avait supprimé le plafond salarial des joueurs étrangers, donnant un grand pouvoir à ces derniers (ainsi qu'à leurs agents). Au terme de leur contrat, les stars du ballon sont libres de quitter leur formation et d'exercer ainsi une pression financière sur les dirigeants de clubs. Une situation qui a aussi contribué à faire exploser les budgets.

En Espagne, par exemple, l'endettement global des 20 clubs de 1re division atteignait 2,8 milliards d'euros, selon une étude de l'Université de Barcelone. Et c'est le Real Madrid qui trône en tête de ce hit parade des sociétés les plus endettées, avec un passif de 527 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 366 millions. Des chiffres qui se réfèrent à l'exercice 2007, avant que Florentino Perez ne débourse 250 millions pour s'assurer les services de Cristiano Ronaldo, Kakà et compagnie.

La situation n'est guère meilleure dans les autres championnats importants. En Angleterre, par exemple, les chiffres rouges de Chelsea atteignent 700 millions et le club a essuyé une perte de près de 73 millions d'euros en 2008. Si Roman Abramovitch décidait de couper les vivres ou de demander le remboursement de son prêt, les «Blues» seraient alors face à de sérieux ennuis.

«C'est vrai, ces clubs ont d'énormes dettes», souligne de son côté Raffaele Poli, fondateur de l'Observatoire des footballeurs professionnels et professeur à l'Institut des sciences du sport de l'Université de Lausanne. «Mais leur chiffre d'affaires lui aussi atteint des montants considérables. C'est ce qui explique que les banques octroient facilement de l'argent à ces sociétés, sachant que – sauf catastrophe improbable – elles parviendront sans doute à recouvrer leurs prêts.»

Situation paradoxale

Ce sont les clubs de niveau bas à moyen qui sont les plus exposés. Comme ils ne peuvent pas se payer des têtes d'affiche, leur chiffre d'affaires est condamné à rester relativement modeste. Vendre aux quatre coins de la planète des maillots portant le nom de Cristiano Ronaldo est une chose, commercialiser ceux portant le nom d'un anonyme du Hull City en est une autre. Et plus les ventes sont faibles, et moins l'intérêt des banques et autres investisseurs sera grand.

Par ailleurs, ces clubs dépendent largement de la générosité de donateurs. Avec le nouveau système de l'UEFA, l'argent des mécènes sera considéré comme une entrée externe au chiffre d'affaires et partant, ne figurera pas dans le calcul du montant que le club peut se permettre de dépenser.

Par cette mesure, l'UEFA dit en substance: «Si quelqu'un verse trop d'argent à un club, il y a distorsion de l'équilibre compétitif et l'intérêt du football s'en ressent», résume Raffaele Poli.

Il suffit de jeter un coup d'œil aux résultats de cette dernière décennie pour constater à quel point le monde du ballon rond a changé. Avant le verdict Bosman, un tiers des clubs parvenus en quarts de finale de la Coupe des champions appartenaient aux quatre championnats plus importants (Espagne, Italie, Angleterre et Allemagne). Dès 1995, on en comptait deux sur trois!

Pour Pierre-André Schurmann, cette tendance sera néanmoins difficile à renverser: «Je pense que, dans tous les cas, ces grands clubs continueront à parader au sommet et je ne crois pas que cela changera grand chose». Un avis que partage Raffaele Poli, pour qui le «fair play financier» pourrait tout au plus permettre de freiner la spirale de l'inflation.

«Les causes du problèmes sont ailleurs, ajoute encore Raffaele Poli. Avec le système actuel, les clivages financiers sont énormes et sont notamment le fruit de l'augmentation des droits télévisés et leur répartition inégale. Ce facteur aussi fait que – la France mise à part – dans les quatre autres grandes ligues il y moins d'équilibre en comparaison d'il y a quelques années».

Et les clubs suisses?

De leur côté, les clubs helvétiques ont peu à craindre du «fair play financier». Certes, les exemples négatifs ne manquent pas ici aussi. Ces dernières années, des sociétés footballistiques de renom comme le Lausanne Sports, le Servette à Genève ou le FC Lugano, ont fait faillite et ont été contraintes de repartir dans des ligues inférieures.

«Jusqu'à récemment, on pouvait observer un certain laxisme en Suisse mais, depuis quelques années, la commission des licences à donné un sérieux tour de vis, relève Pierre-André Schurmann. Les mesures préconisées par l'UEFA pourraient cependant être utiles afin d'éviter que des clubs ne commettent des folies en spéculant sur une éventuelle qualification dans la très lucrative Champions League».

En conclusion, Raffaele Poli fait remarquer qu'«en Suisse, il n'y a pas de grands investisseurs qui arrosent les clubs de millions. Qu'elles le veuillent ou non, les clubs sont déjà contraints de respecter un certain fair play. Sans quoi, une dette de 10 millions de francs vous fait sauter».

Daniele Mariani, swissinfo.ch
(Traduction de l'italien: Nicole Della Pietra)

Contrôles

L'UEFA va constituer un groupe de neuf experts financiers indépendants, de nationalités différentes et sans liens avec les clubs ou les fédérations nationales chargés d'analyser les bilans des clubs.

Ce groupe sera dirigé par l'ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene.

Les experts pourront demander à la commission disciplinaire de l'UEFA d'appliquer d'éventuelles sanctions à l'égard de clubs qui ne respecteront pas les règles.

Selon le principe du «fair play financier», les clubs devront présenter un bilan équilibré sur trois saisons.

Objectif: appliquer les nouvelles directives dès 2012-2013 et d'éventuelles sanctions la saison suivante.

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Mesures d'assainissement

Une des mesures préconisées par l'UEFA pour tenter d'assainir les bilans des clubs est d'introduire une limitation des effectifs.

Certains grands clubs comptent des dizaines de joueurs sous contrat, la majeure partie desquels sont contraints de prendre place dans les tribunes lors des rencontres ou, dans la meilleure des hypothèses, sont prêtés à d'autres clubs.

L'Angleterre, qui a longtemps été réfractaire à un mécanisme de régulation, a récemment décidé de limiter à 25 le nombre des joueurs professionnels des équipes de première ligue, et parmi ceux-ci, huit doivent avoir été formés dans le pays.

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