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L'hiver de tous les dangers pour les SDF

swissinfo.ch

Alors que la température s'obstine à rester en dessous de zéro, les travailleurs sociaux ne mesurent pas leurs efforts pour aider les sans domicile fixe à survivre à ces nuits glaciales.

Ce contenu a été publié le 10 janvier 2009 - 09:11

De Bâle à Zurich, en passant par Genève ou Neuchâtel, les refuges sont pleins à craquer. Un homme – un jeune toxicomane de Zurich – a même déjà trouvé la mort cet hiver.

Ce décès aurait pu être évité si les services sociaux avaient pu lui venir en aide à temps, affirme Mark Wiedmer, porte-parole de l'Œuvre sociale du pasteur Sieber, qui vient en aide aux pauvres de Suisse.

«Ce n'est pas normal de mourir de froid dans une ville aussi riche que Zurich, s'insurge-t-il. Il y a parfois des gens qui sont trop malades pour se rendre compte qu'ils ne survivront pas à la nuit. Il a fait plus froid et plus longtemps qu'on ne l'avait prévu. De toute façon, peu importe qu'il fasse 5 degrés ou moins 10: à partir de 8 degrés, les gens qui dorment dehors courent un réel danger.»

Mark Wiedmer ajoute qu'il est quasiment impossible de savoir combien de personnes sont sans toit cet hiver, mais que la demande d'abris a fortement augmenté.

«De nombreux refuges affichent complet ou presque. L'année dernière, nous avions ajouté 20 lits supplémentaires (en plus des 100 que compte la région zurichoise) et ils sont tous occupés.»

Un bar pour payer des lits

Mario Stegmann, qui dirige un asile de nuit à Berne, ne sait que trop bien ce que doivent subir les sans-abri de Suisse chaque hiver, parce que lui-même a vécu dans la rue.

Agé aujourd'hui de 50 ans, à une époque, il a lui aussi dormi où il pouvait – sous les ponts, sur des bancs publics avec des copains – jusqu'à ce qu'il participe à la création de ce refuge privé, le «Sleeper», actuellement situé aux abords de la gare de la ville fédérale.

Par une journée à moins 4 degrés et de bise glaciale, Mario Stegmann nous ouvre la porte. Les vitres sont fendues et la peinture est écaillée mais, à l'intérieur, les radiateurs ronronnent.

Notre hôte nous montre la cuisine, où il offre des repas de soupe et de viande pour cinq francs. Au premier étage, il y a 16 lits superposés avec des matelas fatigués mais épais. Tous sont occupés, sauf un.

«Nous avons des Marocains, un Ghanéen, mais la plupart des gens sont suisses», indique-t-il.

«Quand il n'y a pas assez de lits, nous installons des matelas par terre. Je suis incapable de laisser quelqu'un dehors quand il fait si froid.» Une nuit, il a abrité jusqu'à 45 personnes,

La maison est silencieuse. Mario Stegmann n'a pas assez de personnel pour rester ouvert pendant la journée et ses pensionnaires doivent vider les lieux chaque matin pour revenir après 22 heures. Nombre d'entre eux jouent de la musique dans la rue pour gagner les cinq francs qu'ils doivent payer pour la nuit, avec des tartines pour le petit déjeuner.

Berne compte cinq asiles de nuit subventionnés par les pouvoirs publics, mais Mario Stegmann fait marcher le «Sleeper» grâce au bar qu'il tient au rez-de-chaussée, le «Dead End» (soit «l'impasse»).

Selon les experts, l'alcoolisme et l'abus de drogue sont souvent la cause du problème, mais Mario Stegmann rétorque qu'il filtre sa clientèle en émettant des cartes de membre à ceux dont il pense qu'ils ne lui créeront pas de soucis.

«Nous n'autorisons que le haschich ou la marijuana. Rien d'autre, je ne suis pas équipé pour faire face à un cas d'overdose et je ne veux pas trouver d'aiguilles dans mes toilettes.»

Des trous dans le filet de sécurité

Il ne devrait pas y avoir de sans-abri en Suisse, en théorie en tout cas, estime Christian Haas, responsable du refuge de jour de Bâle, un endroit où les SDF peuvent recevoir une boisson chaude et des infos pour trouver de l'aide.

«Personne ne choisit d'être sans-abri et, sur le papier en tout cas, il existe un filet de sécurité supposé empêcher cela.» Dans ce pays, si des gens traversent des difficultés financières ou sont expulsés, les services sociaux peuvent les aider à joindre les deux bouts.

«Ici, ce n'est jamais une question d'argent, ajoute Markus Nafzger, coordinateur du service aux sans-abri pour la ville de Berne. Il estime que 10 à 15 personnes vivent actuellement dans les rues de la ville fédérale. Rien à voir avec ce qui se passe aux Etats-Unis ou en Angleterre.»

Christian Haas ajoute que, souvent, les gens qui ont le plus besoin d'aide souffrent de problèmes psychologiques qui les empêchent précisément d'entamer les démarches nécessaires.

«Il faut être très compétent, professionnellement et socialement, pour vivre en Suisse, explique-t-il. Si vous avez des troubles psychologiques, vous n'êtes pas capable de vous rappeler que vous avez rendez-vous tous les mardis à 8 heures avec les services sociaux.»

swissinfo, Tim Neville
(Traduction de l'anglais: Isabelle Eichenberger)

En bref

Dans de nombreuses villes, la police conduit les sans-abri dans des refuges et, à Zurich par exemple, les citoyens peuvent appeler un numéro d'urgence s'ils voient quelqu'un dormir dehors.

L'été est une saison très active pour les refuges de sans-abri car les gens se déplacent davantage.

Berne et Genève comptent environ 315 lits, Bâle 75 pour l'instant.

Souvent, les sans-abri ne peuvent chercher refuge que dans la région où ils sont enregistrés. Souvent, ceux-ci demandent une contrepartie de un à 15 francs, frais souvent couverts par les services sociaux.

Le problème c'est que certains utilisent cet argent pour acheter de la drogue.

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