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L'avenir de Tornos inquiète les habitants de Moutier

Les employés de Tornos n'auront probablement du travail que pour six mois en 2009. Keystone

Le Jura, terre industrielle, ressent souvent plus vite et plus violemment que d'autres régions suisses les effets de crises économiques. A Moutier, dans le Jura bernois, les habitants suivent le carnet de commandes de Tornos, plus grand employeur de la région, avec inquiétude.

Ce contenu a été publié le 28 mars 2009 - 14:20

Le destin des 7400 habitants de Moutier, bourgade entre collines et gorges, est intimement lié à celui de Tornos, le fabricant de machines qui emploie 730 personnes, dont 600 à Moutier.

«Tornos est la baromètre économique de la région», explique Jean-Pierre Chevalier, 68 ans, qui habite à Moutier.

Dans les ateliers, l'activité fébrile est trompeuse. Le chômage partiel sera bientôt à nouveau d'actualité, comme cela a déjà été le cas en octobre 2008 et en janvier. Selon le chef financier Philippe Maquelin, Tornos l'appliquera vraisemblablement en avril et en mai.

En fait, le risque est grand que les machines des ateliers ne tournent que durant six mois en 2009. Tornos dépend de l'industrie automobile, mais aussi de l'industrie horlogère, de la branche électronique et des techniques médicales, autant de domaines touchés par la crise.

Effondrement du bénéfice

En 2008, le bénéfice de l'entreprise s'est effondré de près de 75% à 6 millions de francs, selon les chiffres publiés mi-mars. Le volume de commandes a quant à lui diminué de 18,2% à 232,1 millions de francs.

Depuis mi-2008, 105 emplois ont été supprimés. Mais en réalité, l'évolution est négative depuis 2001, le personnel étant passé de 1200 personnes à 720.

«Retour à la normalité»

Les missions de «rôle social dans la région» et de contribution à la «qualité de vie des employés», telles que mentionnées sur le site internet de l'entreprise, semble désormais difficile à remplir... «Grâce à la révision de l'assurance chômage, nous pouvons recourir au chômage partiel jusqu'en automne 2010. D'ici là, il n'y aura pas de vagues de licenciements», explique Philippe Maquelin.

Si personne ne peut prédire l'avenir, le fait que la récession actuelle dure plus de trois ans paraît très improbable. L'économie en profitera-t-elle pour revenir à une croissance saine plutôt que de rechercher la croissance à tout prix? «Ce serait en fait un retour à la normalité», selon le chef des finances.

Philippe Maquelin est venu en 2002 chez Tornos pour assainir l'entreprise. A l'époque, la stratégie de l'ancienne direction pour faire entrer la maison et ses 130 années d'expérience en bourse l'avait amenée au bord de la faillite.

Pour l'exportation

A l'instar de nombreuses entreprises suisses, Tornos travaille avant tout pour l'exportation. Les programmes conjoncturels du Conseil fédéral (gouvernement) étant plutôt axés sur le marché intérieur, Philippe Maquelin ne les juge pas en détail, mais il les trouve globalement satisfaisants.

Il salue en particulier la prolongation du chômage partiel et l'intervention de la Banque nationale suisse pour affaiblir le franc suisse. Pour le responsable prévôtois, une augmentation des montants de l'assurance chômage, plus efficace que «la construction de ronds-points», devrait être envisagée.

Par ailleurs, le système de la caution solidaire apporte beaucoup pour soutenir les petits fournisseurs, dont certains ont déjà fait faillite. Et la garantie des risques à l'exportation, qui permet d'amortir les variations du cours des devises, est toujours aussi utile que dans les années 70.

En revanche, une «prime à la démolition», telle que l'Allemagne l'a introduite, ne peut être utile qu'à court terme, selon Philippe Maquelin. «La pression écologique poussera l'industrie automobile à produire des véhicules plus propres, dont des entreprises comme la nôtre profiteront aussi.»

«Réserve d'Indiens»

Quant à Moutier, la localité semble comme désertée. Le restaurant «Le Cerf» est fermé, des magasins cherchent repreneur. «Une vraie catastrophe», dit un chauffeur de taxi, qui affirme que les gens ne sortent pratiquement plus de chez eux.

Selon Jean-Pierre Chevalier, Moutier s'est paupérisée car ceux qui peuvent se le permettre ont déjà déménagé. «Nous nous transformons en réserve d'Indiens», déplore-t-il.

«Nous n'avons pas encore touché le fond», estime pour sa part Claude Miserez, attablé pour dîner à la brasserie de la gare. Le coiffeur du coin lui aussi se veut optimiste. «Nous avons déjà surmonté d'autres crises, la vie continue.»

swissinfo, Corinne Buchser à Moutier
(Traduction de l'allemand: Ariane Gigon)

CHôMAGE ET CHôMAGE PARTIEL

La Suisse est plongée dans la plus forte récession qu'elle ait connue depuis 30 ans.

Le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) a drastiquement revu ses prévisions à la baisse et prévoit désormais un recul de l'activité économique global de 2,2% en 2009.

En février, le taux de chômage a augmenté de 0,1 point de pourcent à 3,4%. La prévision d'un taux moyen de 4,3% en 2010 n'est pas «irréaliste», selon le seco.

Le chômage partiel progresse. En décembre, 315 entreprises y recouraient, soit 87,5% de plus en comparaison mensuelle.

Au total, 5791 personnes étaient au chômage partiel en Suisse, soit 122% de plus qu'en novembre.

En janvier, 1268 entreprises ont annoncé recourir au chômage partiel.

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RECUL DES EXPORTATIONS

Chute. Le niveau des exportations continue à diminuer. En février, le volume global est tombé à près de 14 milliards de francs (-17,3%).

Par secteur. L'industrie métallurgique est la plus fortement touchée (-36,6%).

L'industrie textile et celle de la chimie ont aussi perdu plus de 30%.

Les machines, l'électronique, le papier et l'industrie graphique affichent tous des bilans en baisse de 25%. L'industrie horlogère a perdu 22,4%.

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