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L'avenir de la paix commence dans le passé

Les rancœurs et les injustices du passé ont causé de nouvelles victimes au Rwanda. Keystone

Dans chaque processus de paix, traiter le passé après un conflit est primordial pour reconnaître les droits des victimes et éviter de nouvelles violences. La diplomatie suisse, active dans ce domaine dans plusieurs pays, a tiré à Berne le bilan des actions menées jusqu'à présent.

Ce contenu a été publié le 25 octobre 2009 - 06:01

«Après chaque conflit, il faut toujours tout faire en même temps: reconstruire les infrastructures, garantir la sécurité, combattre la faim. Dans ces situations, la lutte contre l'impunité apparaît souvent comme un élément qui dérange», a rappelé la ministre suisse des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey au cours de la conférence annuelle de la Division politique IV qui a eu lieu il y a dix jours à Berne.

«Il faut regarder vers l'avenir et oublier le passé, entend-on dire souvent. Mais il est impossible de laisser le passé derrière soi après de tel moments de barbarie. Pour que la paix puisse être durable, nous devons soutenir ceux qui veulent faire face au passé», a souligné Micheline Calmy-Rey.

Depuis 2003, ce soutien à ce traitement du passé est ainsi devenu l'un des éléments fondamentaux des activités suisses de promotion de la paix. Au cours des dernières années, à l'invitation des Etats intéressés ou d'organisations internationales, la Suisse a offert dans ce domaine une contribution significative à une dizaines de pays, parmi lesquels la Colombie, le Guatemala, le Népal, l'Indonésie, le Burundi, la Serbie et la Bosnie.

Scepticisme initial

«Lorsque nous avons commencé à intégrer le traitement du passé dans nos activités, beaucoup de personnes au sein même du ministère des Affaires étrangères (DFAE) ont exprimé un certain scepticisme. On se demandait en particulier si les processus de paix ne devaient pas être orientés vers l'avenir plutôt que vers le passé», se souvient l'ambassadeur Thomas Greminger, chef de la Division politique IV.

Six ans plus tard, en tirant un premier bilan, les responsables de la diplomatie suisse et de nombreux représentants d'organisations internationales, invités à la conférence de Berne, ont souligné l'importance des activités qui se sont déroulées jusqu'à présent. L'analyse du passé constitue désormais l'une des composantes de tous les accords de paix.

«Nous avons constaté que l'absence d'une confrontation approfondie avec le passé et la renonciation à la recherche des responsabilités pour les crimes les plus graves commis durant un conflit représentaient l'une des principales raisons conduisant à l'échec de nombreux accords de paix et à l'émergence de nouvelles crises», explique Thomas Greminger.

Dignité des victimes

Les activités de la Suisse – soutiens politiques, techniques et financiers ainsi que l'envoi d'experts sur le terrain – s'inspirent des «principes Joinet» sur l'impunité, principes élaborés par l'expert français Louis Joinet et approuvés en 1997 par la Commission des droits humains des Nations Unies. Ceux-ci se fondent sur quatre piliers: le droit de savoir, le droit à la justice, le droit aux réparations et la garantie de la non répétition des événements.

En premier lieu, il convient de soutenir la recherche de la vérité sur ce qui s'est passé en recueillant les faits, les documents et les témoignages, en instituant des commissions d'éthique, en revoyant les livres d'histoire. «Le droit de savoir représente une première contribution au rétablissement de la dignité des victimes», a souligné Navanethem Pillay, qui dirige le Haut Commissariat des Nations Unies pour les droits humains.

Il faut ensuite mettre en marche un processus de justice, afin que les responsables répondent de leurs actes, mais aussi pour reconnaître le droit des victimes et offrir une nouvelle protection juridique à la population. Ce travail est réalisé au travers de l'instauration de tribunaux nationaux ou internationaux, de la protection des témoins et de la création d'un nouveau cadre juridique.

Le droit aux réparations ne se limite pas à l'octroi d'indemnités financières ou à la récupération des biens perdus, mais englobe un processus de réhabilitation des victimes, par exemple avec des excuses publiques ou des commémorations. Pour finir, il est nécessaire de réformer les institutions pour éviter la répétition des violations des droits humains et le déclenchement de nouveaux conflits.

Crédibilité internationale

«Jusqu'à il y a peu d'années, la paix et la justice, après un conflit, étaient souvent vues comme deux choses incompatibles. La paix ne semblait possible qu'en garantissant l'impunité des responsables des crimes commis. Mais aujourd'hui, nous disposons de nouveaux instruments, à commencer par des tribunaux pénaux internationaux: la recherche simultanée de la paix et de la justice est non seulement possible, mais elle est désormais reconnue comme une nécessité pour prévenir de nouvelles violences», a déclaré Navanethem Pillay, qui a au passage salué les efforts de la Suisse dans de nombreux pays.

Des efforts qui s'inscrivent dans la tradition des «bons offices» de la diplomatie helvétique, mais aussi dans le travail accompli depuis plus de dix ans par la Suisse pour revoir son propre passé, en particulier à travers le travail de la Commission Bergier sur la Seconde Guerre mondiale ou les recherches menées sur les rapports avec l'Afrique du Sud au temps de l'apartheid.

«Le fait que la Suisse ait analysé son propre passé semble avoir renforcé notre crédibilité aux yeux de nombreux partenaires qui ne nous considèrent pas comme un pays qui veut se mettre au-dessus des autres, a souligné Micheline Calmy-Rey. Il est vrai que nous avons souffert de nos contradictions et que nous avons cherché à apprendre les leçons de l'Histoire.»

Armando Mombelli, swissinfo.ch
(Traduction de l'italien: Olivier Pauchard)

Politique de paix

La coexistence pacifique entre les peuples figure parmi les objectifs de la politique extérieure de la Suisse.

Pour atteindre cet objectif, le gouvernement suisse s'implique au niveau bilatéral et multilatéral en faveur de la prévention de la violence armée, du règlement des conflits et de la consolidation de la paix.

Financée par un budget annuel d'environ 50 millions de francs, la politique de paix de la Confédération est en particulier appliquée au travers de nombreuses initiatives du ministère suisse des Affaires étrangères (DFAE):

- programme de gestion civile des conflits dans différentes régions en crise (Balkans, Proche-Orient, Grands-Lacs, Colombie, Népal, Sri Lanka, Soudan)

- envoi d'observateurs chargés de surveiller la régularité d'élections et d'experts qui collaborent à l'établissement de la société civile

- initiatives diplomatiques et partenariats stratégiques pour promouvoir la résolution des conflits

- médiation entre Etats en cas de crise ou entre les parties en conflit.

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Sécurité humaine

La Division politique IV du ministère suisse des Affaires étrangères s'occupe de projets de soutien à la «sécurité humaine».

Ce secteur d'activité de la politique étrangère comprend la promotion de la paix, les droits humains, la politique humanitaire et les migrations.

Depuis 2003, parmi les instruments utilisés pour la promotion de la paix figurent également les activités de traitement du passé dans les pays qui sortent d'un conflit.

Cette analyse du passé, qui vise à reconnaitre les droits des victimes et à éviter la réouverture d'un conflit, prévoit une série de mesures: établissement des faits, application de la justice, réparations et réforme des institutions.

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