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L’avenir de l’armée divise les politiques

L’armée attend toujours que la politique lui donne une direction claire. Keystone

La Suisse a-t-elle encore besoin d’une armée entièrement équipée ou doit-elle s’intégrer dans une structure de défense européenne? Les partis ne sont pas d’accord sur cette question, pas plus que sur le budget et l’effectif nécessaire à la défense nationale.

Ce contenu a été publié le 31 mai 2011 - 16:10
Andreas Keiser, swissinfo.ch

«Pour nous, l’armée est comme une prime d’assurance, déclare le sénateur libéral-radical (droite) Hans Altherr. On doit la payer, mais on est content s’il n’arrive rien. Nous restons d’avis que l’armée est nécessaire, même davantage nécessaire qu’au cours des dernières années. Elle a un mandat constitutionnel à remplir.»

Membre de l’Union démocratique du centre (droite conservatrice), le député Thomas Hurter compare pour sa part l’armée à un service du feu. «Vous reconnaissez sa valeur lorsqu’elle est véritablement utilisée. La Suisse a besoin d’une armée; elle a façonné la stabilité et la sécurité du pays pendant des décennies.»

De manière générale, dans leur grande majorité, les parlementaires des partis bourgeois se prononcent en faveur du maintien et du développement technique de l’armée.

Promotion de la paix plutôt que défense

Le camp rose-vert souhaite par contre une armée plus petite qui se concentre avant tout sur la promotion de la paix et qui multiplie les collaborations avec les pays voisins et amis.

«Toute la discussion sur l’armée est fortement dominée par des mythes et des tabous, estime la députée socialiste Evi Allemann. Non seulement nous, mais tous les experts reconnus considèrent que le cas classique d’une attaque militaire par un voisin est très improbable.»

Compte tenu de ce changement de la menace, socialistes et Verts plaident pour une armée plus petite avec un effectif de 55'000 hommes au lieu de 120'000 actuellement.

«Une armée réduite signifierait que l’on se détache de la mission principale de l’armée, qui est actuellement la défense du territoire, et que l’on tend davantage vers la promotion de la paix. La politique de sécurité devrait d’insérer dans la structure de défense européenne», déclare Evi Allemann.

Une situation qui peut rapidement changer

Les représentants de la droite estiment en revanche qu’une collaboration accrue avec les Etats voisins n’est judicieuse que dans le domaine des forces aériennes.

«Il existe aussi des domaines dans lesquels nous devons maitenir notre neutralité, estime Thomas Hurter. Nous devons avant tout nous concentrer sur nos tâches et c’est là que nous devons utiliser nos moyens. Les engagements en faveur de la promotion de la paix sont une bonne publicité, mais la question est de savoir si cela fait partie des compétences de base de l’armée.»

«On ne peut pas savoir à quoi ressemblera l’avenir. Il me semble très audacieux de dire qu’il n’y aura pas de menaces militaires contre la Suisse du cours des dix années à venir, ou plus, poursuit-il. Faisant référence aux événements en Afrique du nord, le sénateur conclut: «Les choses peuvent énormément changer et très vite».

Question des ressources

Au cours des derniers mois, le débat sur l’avenir de l’armée suisse s’est surtout focalisé autour de la question de savoir combien celle-ci devrait coûter à l’avenir et quel est l’effectif nécessaire pour qu’elle remplisse sa mission.

A cela s’ajoute la question de savoir si l’armée a besoin de nouveaux avions de combat pour remplacer sa flotte de Tigers et, le cas échéant, de combien et quand.

Dans son rapport 2010 sur l’armée, le gouvernement partait du principe qu’il faut un budget de 4,8 milliards de francs et un effectif de 80'000 hommes. Ceci a conduit à de vives discussions au sein des commissions parlementaires.

Compromis plutôt que débat de fond

Les politiciens de gauche comme de droite critiquent le fait qu’il n’y a pas eu au préalable de débat de fond. «De cette manière, il n’est pas possible de mener l’urgente discussion qui est nécessaire à propos de l’orientation future de l’armée», déclare Evi Allemann.

«Au niveau dirigeant, on n’est pas prêt à dire pour quel domaine on aimerait avoir une armée, juge de son côté Thomas Hurter. Il est plus simple de débattre sur les chiffres bruts et de dire ‘nous voulons un peu réduire l’armée et un peu économiser’.»

La question du budget et de l’effectif de l’armée reviendra au Parlement au cours des prochains mois. Un compromis se dessine après que les députés démocrates-chrétiens (centre-droit) se sont majoritairement ralliés aux autres partis bourgeois et qu’ils n’aspirent plus à une armée avec un budget de 4 milliards et de 80'000 hommes.

La commission de sécurité de la Chambre haute s’est en tout cas mise d’accord sur un compromis selon lequel l’armée pourrait disposer de davantage de moyens que ce qu’a proposé le gouvernement. Selon ce compromis, l’armée devrait à l’avenir coûter 5,1 milliards de francs par an et disposer de plus de 100'000 hommes parfaitement équipés.

Le gouvernement devait en outre être chargé de préparer un financement spécial de plus de 5 milliards pour remplacer la flotte de Tigers par de nouveaux appareils de combat au cours des prochaines années.

«C’est ce que nous proposerons aux deux Chambres», confirme le sénateur libéral-radical Eduard Engelberger. Le débat aura lieu au moins de juin à la Chambre haute et au mois de septembre à la Chambre basse.

Initiatives populaires pendantes

Même si le Parlement accepte une armée avec un budget annuel de 5,1 milliards, le débat est loin d’être clos. Député Vert et membre de la direction du Groupe pour une Suisse sans armée, Josef Lang reproche aux partis de droit de faire du cinéma avant les élections fédérales avec pour mot d’ordre: «miroir, mon beau miroir, dis-mois qui est le parti le plus vaillant du pays».

Selon lui, accorder 5,1 milliards à l’armée serait un «gros coup de pouce pour notre initiative populaire demandant la suppression de l’obligation de servir», car une hausse des dépenses militaires «ne recueillerait certainement pas une majorité» au sein de la population.

A l’autre bout du spectre politique, la Société suisse des officiers et le Groupe Giardino – composé d’officiers d’active et d’anciens officiers – exige une armée avec un effectif d’au moins 120'000 hommes. Et eux aussi veulent atteindre leur but par le biais d’une initiative populaire.

L’armée dans la Constitution

A l’article 58, alinéa 2, la Constitution fédérale stipule:

«L’armée contribue à prévenir la guerre et à maintenir la paix; elle assure la défense du pays et de sa population.»

«Elle apporte son soutien aux autorités civiles lorsqu’elles doivent faire face à une grave menace pesant sur la sécurité intérieure ou à d’autres situations d’exception. La loi peut prévoir d’autres tâches.»

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20 ans de réformes

Durant la Guerre froide, les forces armées absorbaient jusqu’à un tiers du budget fédéral. Avec 700'000 soldats actifs, dont plus de 150'000 officiers et sous-officiers, la petite Suisse neutre disposait de l’une des plus grandes armées de tout le continent européen.

Le 26 novembre 1989, quelques jours après la chute du Mur de Berlin, une initiative populaire demandant la suppression de l’armée fut approuvée par un tiers de la population. Un véritable choc pour la classe dirigeante qui a alors lancé une discussion de fond sur la politique de défense nationale en ouvrant un chantier devenu interminable au Parlement.

Le premier grand projet de réforme, Armée 95, a ramené les effectifs à 400'000 hommes dans la seconde partie des années 1990.

Avec la réforme Armée XXI, entrée en vigueur en 2004, ce nombre est tombé à 120'000 soldats d’active et 80'000 réservistes, alors que le budget a été fortement réduit jusqu’à ne représenter que moins du dixième des dépenses de l’Etat.

Actuellement, la Confédération dépense environ 4,1 milliards de francs pour la politique de sécurité, dont 3,7 milliards pour l’équipement et l’infrastructure. Le gouvernement a l’intention de

réduire encore les effectifs à 80'000 soldats d’active.

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