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L'Aide suisse contre le sida part en guerre contre les discriminations

Journée mondiale du sida, le 1er décembre 2000 à Genève. Keystone

Très nombreuses, parmi les quelque 20'000 personnes malades du sida en Suisse, sont celles qui sont encore et toujours victimes de discriminations, non seulement là où elles vivent ou travaillent, mais aussi sur le plan juridique. Le gouvernement s'en préoccupe.

Ce contenu a été publié le 20 février 2001 - 20:50

«Les instances publiques s'engagent de façon concertée à réduire systématiquement dans les textes de loi les inégalités existantes en rapport avec la maladie, la vie professionnelle et les assurances sociales.»

Ce texte, on ne peut plus clair, figure comme objectif numéro un dans le Programme national 1999-2003 de lutte contre le sida que s'est donné l'Office fédéral de la santé publique. Celui-ci a donc décidé d'affiner sa stratégie de lutte contre ce genre d'inégalités.

Il a confié cette tâche à l'Aide suisse contre le sida, l'association faîtière des organisations qui oeuvrent dans ce domaine précis de la santé. Une première étape, d'une durée de six mois, consistera à dresser une sorte de catalogue des discriminations et des moyens d'y remédier.

On aurait tort de croire que les discriminations dont sont ou peuvent être victimes les malades du sida constituent l'exception. «On n'a pas de chiffres exacts, nous dit Mark Baecher, de l'Aide suisse contre le sida. Mais comme trois séropositifs sur quatre travaillent normalement sans présenter le moindre symptôme de la maladie, ils sont de fait tous exposés à des actes discriminatoires».

L'une des raisons est à chercher dans un jugement rendu en 1998 par le Tribunal fédéral des assurances. Les juges avaient estimé, pensant ainsi mieux les protéger, que les personnes séropositives pouvaient être considérées comme malades même en l'absence de symptômes. Ils avaient sans doute sous-estimé le risque que les assureurs n'hésiteraient plus à demander à leurs clients de répondre à la question: êtes-vous séropositifs?

Cela a pour conséquence que les malades se voient par exemple imposer des réserves et des restrictions de prestations de la part de leur assureur. Les uns n'ont plus la possibilité de bénéficier d'indemnités journalières en cas de maladie, d'autres sont tout simplement empêchés de conclure une assurance-vie.

On a constaté aussi des problèmes de confidentialité des informations médicales. Dans certaines entreprises, la gestion du personnel et l'administration des caisses de pension dépendent parfois de la même personne. Et il arrive, par le truchement des dossiers, qu'un patron apprenne la séropositivité de l'un ou l'autre de ses employés.

«Le paradoxe, constate Mark Baecher, c'est que toutes ces pratiques discriminatoires se sont multipliées et aggravées au moment où de nouvelles thérapies faisaient leur apparition et que les traitements du sida progressaient».

Alors que les inégalités institutionnelles semblent relativement rares, il n'en va donc pas de même des discriminations exercées par des personnes sous forme de pratiques vexatoires, de tests sans consentements, de harcèlements, voire de licenciements abusifs.

Les séropositifs ne sont pas les seuls à devoir se défendre. C'est pourquoi le mandat confié à l'Aide suisse contre le sida ne porte pas seulement sur leur situation particulière, mais encore sur les inégalités dont sont aussi victimes d'autres malades, entre autres les handicapés.

La lutte contre les inégalités dont souffrent les malades du sida concerne en fait tous les pays de la planète. Dans un rapport publié mardi à Genève par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA, il est explicitement rappelé que le respect des droits de l'homme est dans ce domaine un élément essentiel de succès.

Ce document d'une trentaine de pages - rédigé par le secrétaire général d'ONUSIDA, Peter Piot - propose quelques analyses, réflexions et propositions en vue de la session spéciale que l'Assemblée générale de l'ONU consacrera à ce thème à la fin du mois de juin.

L'esprit d'initiative des différents acteurs de la lutte antisida, la coordination de leurs interventions et la mobilisation de toutes les ressources disponibles et appropriées en sont les maîtres-mots. Et les meilleures armes contre l'épidémie.

Observé à l'échelle de la planète, voilà donc l'un des grands et vrais défis que pose le sida, à condition de ne pas oublier que les inégalités dans l'accès à des soins et à des traitements efficaces constituent, elles aussi, d'une certaine façon, une forme de discrimination internationale.

Bernard Weissbrodt

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