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Affaires étrangères

L’aide au développement en pleine mutation

Depuis près de 60 ans, la Suisse fournit une aide au développement dans les pays pauvres. Aujourd’hui, la coopération au développement est confrontée à de grands bouleversements – et à des questions difficiles.

Ce contenu a été publié le 09 février 2022 - 16:45
Philip Schaufelberger (Illustration)

En 1961, le Conseil fédéral nommait le premier délégué à la coopération au développement. Depuis, les choses ont beaucoup évolué. L’aide au développement ne s’appelle plus aide au développement, mais coopération au développement ou coopération internationale. On veut un partenariat d’égal à égal, pas un rapport de force asymétrique.

Mais ce n’est qu’un aspect secondaire. Sous la pression de tendances internationales, des évaluations externes et, surtout, des objectifs ambitieux du ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis, la coopération suisse au développement est chamboulée.

L’aide humanitaire et la coopération au développement seront réunies sur le plan institutionnel, afin de pouvoir utiliser les instruments de manière combinée.

L’agence publique pour la coopération au développement sera également davantage intégrée au Département fédéral des affaires étrangères et rapprochée de la diplomatie, car la Suisse veut manifestement acquérir une plus grande force de frappe dans les institutions multilatérales.

L’ère Cassis n’apporte pas seulement des réorganisations et une plus grande efficacité, mais aussi un changement de paradigme: la coopération au développement ne doit plus uniquement lutter contre la pauvreté dans le monde, mais aussi servir les intérêts propres de la Suisse. Concrètement, la coopération suisse au développement ne se concentre plus que sur quelques régions, prend davantage en compte les intérêts de l’économie suisse et doit être plus étroitement liée à la politique migratoire.

C’est ainsi que la Suisse se retire d’Amérique latine et consacre les fonds ainsi libérés à l’Afrique du Nord, au Moyen-Orient et à l’Afrique subsaharienne.

Le secteur privé doit injecter de l’argent

La Suisse, comme d’autres pays, veut impliquer davantage le secteur privé dans la coopération au développement. La part des projets financés conjointement doit être doublée d’ici 2024. Actuellement, cette part est de 5%.

Il s’agit de mobiliser des moyens supplémentaires. En effet, avec les 17 objectifs de développement durable de l’Agenda 2030, les besoins en fonds augmentent.

L’implication de l’économie privée suscite également des critiques: si la coopération au développement est utilisée pour promouvoir certaines entreprises suisses actives dans un pays en développement, cela peut certes créer quelques emplois sur place à court terme, mais ce n’est pas durable, estime par exemple Katharina Michaelowa, professeure d’économie politique et de politique de développement à l’Université de Zurich.

Empêcher la migration avec des fonds d’aide

À l’instar d’autres pays, la Suisse associe désormais coopération au développement et politique migratoire. Elle veut consacrer une partie de ses fonds destinés au développement à la lutte contre les causes de la fuite et de la migration irrégulière.

Jusqu’à 10 pour cent des moyens de la coopération bilatérale au développement peuvent être utilisés dans des pays qui sont importants pour la Suisse du point de vue de la politique migratoire.

Toutefois, la question de savoir si la coopération au développement empêche la migration est controversée. Des études montrent même un effet contraire: dans les pays pauvres, il y a davantage d’émigration lorsque les revenus augmentent. Il faut en effet les moyens de fuir. Ce ne sont pas les plus pauvres qui émigrent, mais souvent des personnes issues de la classe moyenne.

La coopération internationale face à des questions difficiles

Après une soixantaine d’années, la coopération au développement est confrontée à d’autres questions fondamentales: peut-on collaborer avec des pays comme la Chine dans le cadre de l’aide au développement?

La Suisse peut-elle rembourser des fonds provenant de la corruption aux États concernés par le biais de projets de coopération au développement et, ce faisant, même poser des conditions et poursuivre des objectifs de développement? Ou est-ce une mise sous tutelle inadmissible?

Et, surtout, l’aide des Blancs est-elle colonialiste? Ou, de manière plus constructive, comment la coopération au développement pourrait-elle être décolonisée?

Enfin, et ce n’est pas le moindre des points, le changement climatique place la Suisse devant de nouveaux défis et conflits d’objectifs: si la coopération au développement stimule la croissance économique et augmente les revenus, cela entraîne une augmentation de la consommation et des émissions de gaz à effet de serre. La Suisse tente de concilier la lutte contre la pauvreté et la protection du climat et combine souvent les deux objectifs – une entreprise pas si simple.


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