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L'affaire Polanski secoue les Suisses de Paris

AFP

Faut-il être Français pour s'indigner de l'arrestation de Roman Polanski à Zurich? Sûrement pas. La mise en détention du cinéaste secoue le petit milieu culturel suisse à Paris. Intellectuels et artistes sont choqués par la méthode employée par les autorités suisses.

Ce contenu a été publié le 30 septembre 2009 - 15:02

Le choc est profond, les raisons de la colère nombreuses. C'est un certain «esprit suisse» qui selon certains vient d'être bafoué: tradition d'accueil, honnêteté.

Ainsi l'écrivain et éditeur Bernard Comment est-il très remonté. «Parmi les lois, il y a celle de l'hospitalité. Quand un Etat invite officiellement quelqu'un, ce n'est pas pour l'arrêter à l'aéroport et le mettre en prison, fustige l'écrivain helvétique, responsable de la fiction aux éditions du Seuil. C'est monstrueux et pathétique.»

À Paris, on a du mal à comprendre le «légalisme» derrière lequel la Suisse se retranche pour justifier sa décision. «Tout cela est bien hypocrite, poursuit Bernard Comment, qui a coécrit de nombreux scénarios de films d'Alain Tanner. Polanski possède un chalet à Gstaad et pouvait donc se croire en sécurité en Suisse. Il a été piégé. C'est minable. Cela me rappelle, en plus tragique, les flics qui se cachent derrière une voiture et qui verbalisent le moment venu.»

«Si on veut l'attraper, qu'on le fasse proprement, sans coups tordus, s'indigne Catherine Gfeller, une artiste suisse qui s'apprête à exposer au centre Pompidou. Il y en Suisse une tradition de délation qui me déplaît fortement.»

C'est «la manière» qui est en cause

Plus que le fond, c'est la manière qui choque. «Je ne me prononcerai pas sur les faits. Mais la technique utilisée n'est pas celle d'un pays honnête, estime Bernard Stämpfli, peintre suisse exposé dans le monde entier, qui habite depuis près d'un demi-siècle à Paris.

La Suisse pouvait-elle faire autrement? «Je ne suis pas juriste, mais dans bien des cas, les autorités savent regarder ailleurs quand c'est indiqué, estime Vincent Philippe, écrivain, journaliste et auteur d'une remarquable biographie du leader jurassien Roland Béguelin. Je suis gêné par le côté démagogue de cette opération, qui ne reflète en rien l'esprit suisse. On n'a d'ailleurs jamais vu une police cantonale accueillir à l'aéroport un délinquant financier.»

Un crime est un crime. «La qualité d'une œuvre n'exempte pas son auteur de respecter les lois communes», remarque Bernard Comment. Toutefois, «mis à part les crimes contre l'humanité, la prescription exprime la sagesse des nations» estime Vincent Philippe. Trente ans, c'est long. En France, la prescription pour les crimes sexuels s'applique au bout de 20 ans après la majorité de la victime. «Il faut laisser à chacun le droit de s'améliorer», résume Catherine Gfeller.

Alors que les amis du réalisateur ont dénoncé un «traquenard policier» dans une pétition qui avait recueilli mardi quelque 110 signatures, une partie de la presse française s'est étonnée du fait qu'on puisse envisager une «immunité artistique».

Depuis lundi en France, des voix s'élèvent également pour dénoncer la solidarité ambiante avec Romain Polanski, du cinéaste Luc Besson au politicien Daniel Cohn-Bendit.

Le rôle d'Eveline Widmer-Schlumpf

Pour revenir sur les faits en eux-mêmes, alors que Roman Polanski a été arrêté samedi à sa descente d'avion à Zurich, la ministre de la justice Eveline Widmer-Schlumpf a été prévenue vendredi à propos de cette interpellation.

L'Office fédéral de la justice l'a exceptionnellement avertie. «L'office a fait une exception car il a jugé qu'il s'agissait d'un cas particulier qui allait entraîner des réactions politiques», explique la ministre. Ses propos sont reproduits dans l'édition de mercredi de la «Neue Zürcher Zeitung».

La ministre souligne que cette décision n'a pas eu d'influence sur la procédure juridico-policière. Elle estime en outre qu'il n'y a «par principe» pas d'intervention politique dans une procédure de ce type.

Eveline Widmer-Schlumpf a répété qu'il n'y avait aucune raison de ne pas exécuter le mandat d'arrêt délivré par les Etats-Unis. Dans pareil cas, la Suisse aurait attendu la même attitude d'un autre pays.

Mathieu van Berchem, Paris, swissinfo.ch

Front judiciaire

Les avocats de Roman Polanski, détenu en Suisse depuis samedi, ont demandé mardi la remise en liberté du cinéaste et déposé un recours contre le mandat d'arrêt en vue de son extradition aux Etats-Unis.

Dans l'immédiat, les avocats de Roman Polanski veulent obtenir une assignation à résidence du cinéaste, propriétaire d'un chalet dans la station alpine de Gstaad.

Le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, la plus haute instance pénale helvétique, a annoncé avoir reçu mardi un recours de Roman Polanski contre son arrestation en vue d'une extradition, mais sans faire mention d'une demande de remise en liberté. Le tribunal annonce une décision pour ces prochaines semaines.

En vertu d'un traité entre Berne et Washington, les Etats-Unis disposent de 40 jours pour présenter à la Suisse une demande d'extradition officielle, délai qui peut être prolongé de 20 jours.

Roman Polanski peut faire appel à toutes les phases de la procédure, qui peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Lundi, le bureau du procureur de Los Angeles (Californie, ouest des Etats-Unis) a confirmé qu'il allait demander l'extradition du cinéaste.

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