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Jeunes Suisses de l’étranger: le casse-tête des études en Suisse

Des étudiant-es à l'Université de Saint-Gall. Parmi eux se trouvent certainement quelques jeunes Suisses de l'étranger. © Keystone / Christian Beutler

Le système éducatif cantonal et les équivalences de diplômes peuvent compliquer l’accès aux études supérieures pour les jeunes Suisses de l’étranger. L’anticipation semble être la clef du succès, mais cela n’empêche pas certaines déconvenues.

Ce contenu a été publié le 27 octobre 2022

La Suisse jouit d’une solide réputation en matière d’enseignement supérieur. C’est pourquoi nombreuses sont les personnes qui souhaitent venir y faire leurs études depuis l’étranger. Selon l’Office fédéral de la statistique (OFSLien externe), le pays comptait 74’440 étudiantes et étudiants étrangers en 2022, universités et hautes écoles suisses confondues. Parmi eux se trouvaient 7526 Suisses de l’étranger. Sur les dix dernières années, leur nombre a légèrement augmenté.

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«Les diplômes suisses sont bien reconnus à l’international et les écoles sont bien classées», estime Frédéric Bouillaud, un Franco-Suisse qui vit dans le Var (département du sud-est de la France). Père de deux enfants âgés de 12 et 7 ans, il envisage déjà les études supérieures de sa fille aînée en Suisse.

Frédéric Bouillaud màd

Au-delà des éléments liés à la performance, il trouve d’autres avantages au système suisse, notamment son ouverture: «Dans le cursus suisse, prendre du temps pour voyager et découvrir le monde est bien vu. En France, une année sabbatique est perçue comme étant le signe d’un parcours chaotique». Il dit également apprécier la flexibilité qui permet de passer plus facilement d’une filière à une autre.

Pas de favoritisme

Toutefois, être Suisse de l’étranger n’offre pas de garantie quant au fait de pouvoir étudier en Suisse. En effet, aucun favoritisme n’est accordé aux jeunes Suisses de l’étranger, comme le précise Martina Weiss, secrétaire générale de swissuniversities, la Conférence des recteurs des hautes écoles universitaires, spécialisées et pédagogiques suisses: «C'est le diplôme qui est important et non la nationalité.» Les étudiantes et étudiants titulaires d'un diplôme d’études secondaires supérieures étranger peuvent postuler à une place d'études dans toutes les hautes écoles suisses. Les jeunes de nationalité étrangère ou suisse sont donc traités de la même manière, explique Martina Weiss.

En revanche, être de nationalité suisse permet généralement de payer moins de frais de scolarité et d’avoir accès aux bourses d’étude délivrées par les cantons. Un avantage important, le coût de la vie étant élevé en Suisse.

Selon les établissements, les frais de scolarité entre personnes de nationalité suisse et celles de nationalité étrangère peuvent en effet varier de manière assez extrême. Par exemple, si l’Université de Berne n’augmente que de 200 francs suisses par trimestre les frais entre étudiant-es suisses et étranger-ères, la Haute école pédagogique de Fribourg les multiplie par 7, les faisant passer de 600 à 4200 francs suisses.

Un défi logistique

Faire ses études en Suisse lorsque l’on vient de l’étranger relève du défi à plusieurs titres, à commencer par la logistique. Frédéric Bouillaud est conscient des difficultés qui peuvent l’attendre, c’est pourquoi il privilégierait une école dans la région de Neuchâtel, où il a de la famille qui pourrait accueillir sa fille. «Financièrement, nous savons qu’il faudra faire des efforts».

Katharina Stalder màd

Lorsque sa fille aînée Léonore est partie étudier à l’Université de Genève en 2020, Katharina Stalder, une Franco-Suisse qui vit à Toulouse, a également rencontré des difficultés quant à l’hébergement. «Il n’y avait plus de place ni en cité universitaire, ni dans les collocations. Et comme ma famille habite près de Berne, nous n’avions pas de solution de ce côté-là non plus», se souvient la mère de famille. Après quelques recherches, elle a découvert l’existence d’une coopérative de logement pour personnes en formation et a pu trouver une place pour sa fille.

Un poids financier

Le poids financier est aussi la raison pour laquelle la fille de Katharina Stalder est encore assurée en France. «Nous n’avons tout simplement pas les moyens de payer une assurance maladie suisse». En tant que ressortissante d’un pays de l’UE/AELE, la jeune femme tombe sous le coup de l’Accord sur la libre circulation des personnes qui séjournent en Suisse dans le cadre d’une formation.

Elle n’est donc pas soumise à l’obligation de s’assurer en Suisse, pour autant qu’elle n’exerce pas d’activité lucrative (avec des exceptions pour les personnes de France, d’Allemagne, d’Italie et d’Autriche et en fonction du canton dans lequel on vit). Il faut toutefois se procurer une carte européenne d’assurance maladie (CEAM).

Les jeunes qui viennent de pays tiers peuvent demander à être libérés de l’obligation de s’assurer, «pour autant qu’ils bénéficient d’une assurance privée dont la couverture est équivalente à celle d’une caisse-maladie suisse», indique l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Ils peuvent être exemptés pour une durée de trois ans, avec la possibilité de prolonger pour trois années supplémentaires. Passé ce délai, s’assurer en Suisse devient obligatoire.

Un casse-tête administratif

Pour soulager le porte-monnaie, il est possible de faire une demande de bourse d’études cantonale. Mais Ruth von Gunten, collaboratrice chez educationsuisse, l’organisation faîtière des écoles suisses à l’étranger et centre de consultation pour les jeunes Suisses de l’étranger, avertit: «Il existe autant de procédures que de cantons suisses».

Un-e jeune Suisse de l’étranger peut en effet solliciter un soutien financier auprès de son canton d’origine, sous réserve qu’il s’agisse de sa première formation en Suisse (apprentissage ou études supérieures) et que celle-ci soit sanctionnée par un diplôme reconnu par la Confédération.

Cependant, pour des raisons économiques, les cantons sont devenus plus stricts ces dernières années, selon Ruth von Gunten. Certains n’octroient plus de bourses aux jeunes issus de l’Union européenne et d’autres seulement rarement aux Suisses de l’étranger. Une dernière catégorie a opté pour une formule mixte: les étudiant-es doivent tout d’abord obtenir une décision (positive ou négative) pour une bourse dans leur pays de résidence avant de pouvoir solliciter leur canton d’origine.

Ces dernières années, la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique (CDIP) a œuvré à l’harmonisation des législations cantonales en termes de bourses d’études. Mais les cantons restent libres d’appliquer des règles plus strictes que celles établies par le concordat. À ce jour, tous les cantons ont adhéré au concordat sauf Appenzell Rhodes Intérieures, Nidwald, Schwyz et Soleure.

Katharina Stalder, qui a fait une demande dans le canton de Berne pour sa fille, confirme que «les dossiers de bourse sont un véritable casse-tête à monter». Elle est d’avis que «les informations demandées sont presque intrusives, alors qu’il ne s’agit parfois que d’aides ponctuelles dont les montants sont finalement assez dérisoires».

En la matière, educationsuisse peut apporter un soutien aux Suisses de l’étranger qui en font la demande et «jouer le trait d’union entre le canton d’origine et l’étudiant-e», indique Ruth von Gunten.

Des conditions d’admission disparates

L’une des grosses difficultés auxquelles font face les jeunes Suisses de l’étranger et leurs parents réside dans la méconnaissance du système éducatif suisse. Contrairement à de nombreux pays, où l’éducation est gérée de manière nationale, les écoles du degré tertiaire dépendent en Suisse des autorités cantonales, exception faite des deux écoles polytechniques fédérales de Lausanne et Zurich (EPFL et ETHZ).

Concrètement, cela signifie que chaque établissement (haute école ou université) définit de manière autonome les conditions d’admission des étudiantes et étudiants étrangers. «swissuniversities publie chaque année les conditions d’admission des différentes écoles. En cas de doute, nous conseillons de prendre directement contact avec les écoles ou universités concernées», précise Ruth von Gunten.

Le diplôme d’études secondaires est déterminant

Malgré l’absence d’uniformité dans les critères d’admission, un noyau de six matières vaut pour tous les établissements, afin qu‘ils soient assurés d’accueillir des étudiant-es venu-es de l’étranger qui disposent d’un diplôme d’études secondaires équivalent à la maturité gymnasiale suisse.

D’après swissuniversities, les matières suivantes doivent être suivies durant les trois dernières années d’études secondaires, peu importe que l’on vise des études plutôt scientifiques ou littéraires:

  1. Première langue (langue maternelle)
  2. Deuxième langue
  3. Mathématiques
  4. Sciences naturelles (biologie, chimie ou physique)
  5. Sciences humaines et sociales (géographie, histoire ou économie/droit)
  6. Informatique, philosophie, ou une option parmi les matières 2, 4 ou 5. L’informatique et la philosophie peuvent être choisies uniquement comme 6ème matière.

Le cas particulier de la France

Jusqu’en 2020, le baccalauréat français était considéré comme équivalent à la maturité suisse et permettait d’accéder aux études supérieures en Suisse. Or, sur l’année scolaire 2020/2021, la France a opéré une réforme qui a modifié les conditions d’admission pour les détenteurs d’un bac général.

Le fils de Claude Genier, qui projetait de faire des études à la Haute école de gestion de Genève (HEG), a été victime de cette réforme. Deux ans avant le bac, en classe de Première, il a eu à choisir 3 spécialités, ramenées à deux en Terminale, l’année du bac. Il a opté pour physique, mathématiques et sciences économiques et sociales (SES), pour ne conserver que les deux dernières en Terminale.

Claude Genier màd

Mais, lors d’une journée d’information à la HEG, il a appris qu’il aurait dû suivre les spécialités mathématiques et physique durant les deux années précédant le bac. Ne pouvant en justifier, il s’est orienté vers une autre formation en France, «à contre-cœur», selon son père.

Le fils de Claude Genier a joué d’un mauvais timing. Le Franco-Suisse est toutefois d’avis «qu’une  information plus conséquente aurait dû être faite auprès des lycées français, en particulier à destination des Suisses de l’étranger résidant en France».

swissuniversities assure de son côté avoir des «contact réguliers avec les ambassades».

Un seul mot d’ordre: anticiper

Pour ne pas se retrouver dans une telle situation, le maître mot est anticipation – sous réserve que le ou la future étudiante sache vers quelle filière il ou elle souhaite s’orienter. Éric Hirsbrunner, un Franco-Suisse vivant près de la frontière genevoise, a eu cette chance.

Dès la classe de Seconde (trois ans avant le bac), sa fille Alicia a su qu’elle voulait intégrer une filière santé ou social dans une haute école à Genève. Elle a ainsi pu choisir ses options pour le baccalauréat en espérant qu’elles seraient valides pour une inscription dans le domaine visé. «Comme nous sommes proches de la frontière, plusieurs élèves étaient concernés et le conseiller principal d’éducation (sorte de recteur chargé des élèves) nous a fourni des informations. Mais nous avons quand même dû beaucoup nous renseigner par nous-mêmes», indique Éric Hirsbrunner.

Malgré cette anticipation, la famille a vécu une période de flottement: «Après la réforme du bac, c’était la grande inconnue. Plusieurs écoles en Suisse disaient ouvertement qu’elles ne savaient pas si elles pourraient accueillir des jeunes venus de France». Cette situation a engendré beaucoup d’insécurité.

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