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Jacques Chirac fait des vagues en Suisse

Absent de Davos, le président Chirac a délivré son message via vidéo-conférence. Keystone

Les propos du président français à Davos suscitent l’ire des banquiers et du ministre des finances suisses et les bravos des ONG.

Ce contenu a été publié le 27 janvier 2005 - 14:29

Jacques Chirac propose de demander aux pays disposant du secret bancaire de prélever une taxe sur les flux de capitaux étrangers.

Le président français n’était présent à Davos que par viso-conférence. Mais ses propos ont fait mouche.

Sa déclaration? «Pourquoi ne pas demander au pays qui maintiennent un secret bancaire (…) d’en compenser une partie des conséquences sur l’évasion fiscale mondiale si préjudiciable aux pays les plus pauvres par un prélèvement sur les flux de capitaux étrangers sortant ou entrant de leur territoire.»

Visant plus spécifiquement le combat contre le sida et l’aide au développement, le projet a rencontré un intérêt poli sur le plan international. Mais il est très mal ressenti par le monde financier suisse, qu’il pourrait directement affecter.

Le porte-parole de l'Association suisse des banquiers parle d’une idée «bizarre», expliquant à swissinfo que «l’évasion fiscale et la fuite de capitaux sont les symptômes de problèmes internes à un pays et non la résultante de le présence de banques en Suisse ou à Monaco».

«Une meilleure idée, ironise James Nason, serait d’imposer une taxe sur les méchants dictateurs qui achètent des propriétés sur la Côte d’Azur, de même que sur les prêts bancaires et les ventes d’armes français aux pays dotés de régimes répressifs et brutaux.»

Ingérence dans les affaires internes

Même son de cloche du côté de l'Association des banquiers privés suisses. Son secrétaire général dénonce l'amalgame fait par le chef de l’Etat français. «Jacques Chirac se trompe de cible, cette proposition mélange des choses qui n'ont pas à l'être», assure Michel Dérobert,

Selon le même Michel Dérobert, l'évasion fiscale des pays en voie de développement, qui connaissent souvent des problèmes de corruption, ne va pas forcément vers la Suisse, «mais vers de nombreux pays qui ne connaissent pas le secret bancaire». Et de citer notamment la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et… la France.

Le ministre suisse des finances n’est pas moins piqué au vif. «Il s’agit d’une ingérence dans une question interne de la Suisse, estime Hans-Rudolf Merz. Le président français a le droit d’exprimer ses arguments. Mais il doit accepter le fait que nous avons nos procédures internes et une politique très claire sur le secret bancaire».

«Nous pouvons parler de ces choses dans le cadre de négociations bilatérales, poursuit le ministre. Et nous défendrons le secret bancaire tel qu’il se présente actuellement.»

Le deuxième volet des accord bilatéraux prévoit déjà que la Suisse impose l'épargne des ressortissants de l'Union européenne afin d'endiguer de possibles fuites de capitaux vers la Confédération.

Une part de 75% de cette taxe sera redistribuée aux Etats européens concernés, les 25 % restants revenant à la Suisse. La mesure doit entrer en vigueur au 1er juillet.

Vers davantage de transparence

Du coté des ONG suisses, le ton est inverse face à l’initiative de Jacques Chirac. «C'est une très bonne idée», estime Andreas Missbach, de la Déclaration de Berne.

Cette proposition va augmenter la pression en vue de davantage de transparence dans les mouvements de capitaux, relève pour sa part Bruno Gurtner, de la Communauté de travail des oeuvres d'entraide suisses.

Autre membre de la Déclaration de Berne, Matthias Herfeldt note que la proposition du chef de l'Etat français montre que le lien entre fiscalité et pauvreté commence à entrer dans les esprits.

De nombreuses multinationales ont adapté leurs affaires pour éviter de payer des impôts dans les pays où elles opèrent, martèle Bruno Gurtner. Et cette évasion fiscale «agressive» est un obstacle majeur pour atteindre les objectifs du Millénaire fixés par l'ONU en 2000, qui prévoient notamment de réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015.

swissinfo et les agences

Faits

Selon l’ONG «Tax Justice Network», l'évasion fiscale fait perdre quelque 50 milliards de dollars par année aux pays en développement.

Selon la même ONG, l’évasion fiscale vers les banques suisses représente un montant cinq fois plus élevé que l’aide suisse au développement.

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En bref

- Le projet du président français part du constat que «nous sommes en train d'échouer dans la lutte contre le sida».

- En plus de sa proposition, Jacques Chirac a cité plusieurs autre scénarios. Exemples: la levée d’une taxe sur les transactions financières ou le prélèvement d'un dollar sur les 3 milliards de billets d'avion vendus chaque année dans monde.

- Son initiative énoncée mercredi débouchera sur des propositions devant l'ONU en septembre. Elle s'inscrit, selon lui, dans une volonté de concilier exigence morale et intérêt économique.

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