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Intenses échanges culturels entre la Suisse et la Chine

Le cinéaste Fernand Melgar et Wu Wenguang, organisateur du Crossing Festival.

Voici un an que Pro Helvetia, la Fondation suisse pour la culture, a lancé son programme «Swiss Chinese Cultural Explorations». Il privilégie les coproductions sino-helvétiques dans tous les domaines de la création contemporaine. Plusieurs manifestations se déroulent en Chine et iront en Suisse en 2010.

Ce contenu a été publié le 19 octobre 2009 - 10:52

Imaginez une «cour carrée», une maison traditionnelle chinoise, quatre pavillons agencés autour d'une petite cour pavée. Frises richement ornées, fenêtres à carreaux de papier, lanternes rouges, toits de pierre, cages à oiseaux.

L'endroit se trouve au bout d'un dédale de ruelles, dans un vieux quartier de Pékin, à l'ouest des lacs de Zhongnanhai, près de la Cité interdite et de la place Tiananmen. Vous vous rendez au spectacle «OVERSEAS, close by», vous savez que Pro Helvetia le soutient, que des Suisses sont dans la combine. Mais rien de plus.

Une fois arrivé, la magie du lieu vous séduit, mais une légère angoisse vous saisit. Le spectacle a-t-il commencé? Qui sont les artistes, qui les spectateurs, où se placer, peut-on parler? On vous dit d'aller vous servir à manger, des plats sont arrangés sur un double plafond, il faut se contorsionner pour accéder à la nourriture.

Puis les choses se précisent un peu. Un groupe se dégage au milieu de la cour, et se lance dans une folle danse. Des ambiances sonores bizarres inondent les lieux. Une porte s'ouvre, une femme masquée livre un monologue, une caméra la suit, on la retrouve sur grand écran. Des baudruches se déversent dans la cour, des gens masqués y déambulent. Voilà, c'est tout!

Méthodes de guérisseurs

Simone Truong est danseuse, sa soeur Monika Truong comédienne. Toutes deux sont Suissesses, Soleuroises d'origine chinoise. Elles se sont associées à la danseuse américano-chinoise Elaine W. Ho pour monter ce spectacle.

«Voici plus d'un an que nous y travaillons, nous sommes venues deux fois en Chine, puis une troisième fois depuis la mi-août», explique Simone Truong. Les trois artistes ont loué la cour carrée pour trois mois, elles ont engagé d'autres créateurs, en tout une dizaine de personnes qui ont vécu et travaillé ensemble pour monter le spectacle, neuf représentations prévues en Chine.

L'an prochain, ils viendront en Suisse, dans des théâtres, dans le cadre du festival «Culturescapes». Pro Helvetia met 80'000 francs dans le projet OVERSEAS.

La fondation en débourse 70'000 francs pour «The mystery – le secret», un «dialogue sino-suisse sur les forces curatives», présenté par le Living Dance Studio de Pékin et les Bâlois de CapriConnection.

Les deux ensembles se sont penchés sur les méthodes de guérisseurs en Suisse et en Chine pour en proposer deux spectacles séparés, présentés l'un après l'autre dans la même soirée dans le cadre du Crossing Festival à Pékin. Tout comme OVERSEAS, The mystery sera aussi montré en Suisse l'an prochain.

Un mystère qui reste entier

Le mystère, précisément, reste entier quant au sens profond du volet chinois du diptyque, celui présenté par la troupe chinoise. Trois danseuses presque immobiles sur une grande scène, des dizaines de chaussures sur roulettes électriques, quelques projections de vidéos et de textes chinois, pratiquement pas d'action, le tout plus d'une heure durant. Malgré les applaudissements lors de la première, plusieurs spectateurs occidentaux restaient sur leur faim. «Long, ennuyeux, pas achevé», pouvait-on entendre au lendemain du spectacle.

«Le Living Dance Studio a opté pour une approche politique, nous pas», commente Boris Brüderlin, producteur de CapriConnection, dont la performance, en revanche, était drôle, limpide, intelligente et parfaitement pensée (dûment sous-titrée pour tous les publics, chinois et occidental). Une soirée, deux spectacles et deux traitements à ce point différents qu'ils illustrent à la fois l'intérêt et les limites des échanges culturels.

Un peu prise de tête, la partie chinoise? «Le Crossing festival est connu pour son côté avant-gardiste. Donc évidemment, ça n'est pas pour le grand public», explique Angela Wettstein, directrice du programme Swiss Chine Explorations chez Pro Helvetia. Elle rappelle que l'institution «soutient d'abord l'art contemporain, c'est une décision du Conseil de fondation. Mais ça n'empêche pas d'attirer les foules. L'an dernier, dans le domaine des nouveaux médias, le projet Synthetic times au National Theatre a fait 100'000 entrées en trois semaines.»

Pas seulement la danse

S'il est un domaine où les échanges culturels ont été fructueux, c'est la musique, avec le projet Sonic Calligraphy. Mais le cinéma en profite également. Swissfilms, associé au programme, a permis au documentariste lausannois Fernand Melgar de présenter ses films dans le cadre du même Crossing festival, et d'y offrir un atelier.

«Extraordinaire expérience d'enrichissement mutuel», explique le cinéaste aux anges, dont le passage en Chine révèle une scène culturelle en ébullition, prometteuse de lendemains qui chantent.

Alain Arnaud, Pékin, swissinfo.ch

Swiss Chinese Cultural Explorations

Le programme lancé par Pro Helvetia pour encourager les échanges culturels est doté d'un budget d'environ trois millions de francs, pour soutenir 50 coproductions sino-suisses, actuellement présentées au public chinois.

Un accord conclu avec le festival «Culturescapes» de Bâle permettra de présenter l'an prochain une quinzaine de ces coproductions ainsi que 30 réalisations chinoises au public suisse.

A la fin de cette année, le Conseil de fondation de Pro Helvetia décidera si, après l'été 2010, il maintiendra le bureau mis sur pied pour le programme comme permance de Pro Helvetia en Chine.

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Fernand Melgar

Né en 1961 à Tanger, d'origine espagnole, le documentariste lausannois Fernand Melgar est autodidacte.

Après avoir cofondé le Cabaret Orwell et la Dolce Vita à Lausanne, il rejoint en 1985 l'association Climage, qu'il n'a plus quittée.

Son documentaire EXIT, le droit de mourir lui vaut en 2006 le Prix du Cinéma Suisse, section documentaire, et le Golden Link Award, meilleure coproduction euroopéenne, de l'UER (Union Européenne de Radio-télévision).

Il décroche un léopard d'or en 2008 à Locarno, section Cinéastes du présent, pour La Forteresse.

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