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Initiative sur les armes: les adversaires récupèrent

Le sort réservé à ces armes reste pour l'heure ouvert. Reuters

L’initiative sur les armes mobilise mais divise l’électorat suisse. A un peu plus d’une semaine du vote, l’avantage dont disposaient les partisans du texte s’érode. Le résultat reste ouvert, mais les adversaires semblent de plus en plus en mesure de l’emporter le 13 février. Le clivage entre les sexes reste d’actualité.

Ce contenu a été publié le 02 février 2011 - 17:26
swissinfo.ch

Après un départ sur les chapeaux de roue, durant lequel ils distanciaient nettement leurs adversaires, les partisans de l’initiative «Pour la protection contre la violence des armes» ont souffert d’une baisse de régime, alors que leurs opposants passaient à la vitesse supérieure. Les partisans de l’initiative restent encore en tête, mais ils sont désormais talonnés par le camp des adversaires du texte. A tel point que ces derniers semblent désormais en mesure de s’imposer lors du sprint final.

Un rejet de cette initiative apparait maintenant comme l’hypothèse la plus plausible. «Mais un autre scénario ne peut pas être totalement exclu», a déclaré mercredi Claude Longchamp, responsable de l’Institut gfs.bern, en commentant les résultats de ce second sondage réalisé pour le compte du diffuseur national SSR.

Ce nouveau sondage laisse apparaitre une légère majorité de «oui»: 47% contre 45% de «non» et 8% d’indécis. Par rapport à la précédente enquête, réalisée trois semaines auparavant, le camp du «oui» a perdu 5 points, alors que celui du «non» en a gagné 6. L’avantage des partisans de l’initiative a donc fondu comme neige au soleil, passant de 13% à 2%.

Sur la base de cette évolution et de son expérience accumulée tout au long de dix années de sondages sur les votations fédérales, Claude Longchamp part de l’idée que le scénario le plus probable est celui d’un nouveau renforcement des adversaires et d’un affaiblissement des partisans dans la phase finale de la campagne, ce qui devrait conduire à un refus de l’initiative.

«L’évolution constatée jusqu’à présent a été une évolution classique, rencontrée dans la plupart des initiatives populaires, explique-t-il. Il est typique que, dans la phase initiale, les avis favorables dépassent les avis défavorables. Et que la situation s’inverse au fur et à mesure du déroulement de la campagne.»

Forte mobilisation

Dans le cas présent, il est évident que la campagne a eu une influence sur la mobilisation. La proportion de ceux qui affirment qu’ils iront certainement voter le 13 février est passée de 42% à 55%. «C’est un taux exceptionnellement élevé», relève Claude Longchamp. Tout comme est «énorme» également la proportion de ceux qui s’estiment bien informés sur le sujet: 79% contre 58% lors du premier sondage, ce qui représentait déjà un niveau supérieur à la moyenne.

La mobilisation a augmenté chez les sympathisants de toutes les tendances politiques. L’augmentation est cependant plus marquée parmi les électeurs du Parti libéral-radical (PLR / droite), avec +23%, et ceux de l’Union démocratique du centre (UDC / droite conservatrice), avec +21%.

Au cours de la campagne, le désir de participer au vote s’est surtout renforcé chez ceux qui ont réagi «quasi viscéralement» au principal argument des adversaires de l’initiative, à savoir que l’acceptation de cette initiative signifierait la destruction des valeurs traditionnelles suisses, explique Claude Longchamp.

Cependant, l’argument principal de ses partisans, qui consiste à souligner le danger des armes à la maison, et qui, sur les affiches, est représenté comme une menace pour les familles, a aussi un fort impact auprès de l’opinion, souligne le spécialiste des sondages. Bien qu’il ait renforcé dans une moindre mesure la volonté de ses propres partisans à participer au vote, cet argument, avec celui de la prévention des suicides, pourrait encore rencontrer un certain succès auprès des indécis.

Clivage ville-campagne

Les partisans de l’initiative cherchent surtout à mobiliser les villes, alors que les opposants visent les campagnes. Le sondage montre en effet clairement que le «oui» prévaut dans les grands centres urbains, alors que c’est le «non» qui domine dans les régions rurales. C’est en revanche encore l’incertitude sur la manière dont voteront les villes petites et moyennes, surtout en Suisse alémanique. «Ceci pourrait également être déterminant pour l’issue du scrutin», souligne Claude Longchamp.

Il faut en effet souligner que si la majorité des citoyens acceptaient l’initiative le 13 février, la partie ne serait pas nécessairement gagnée pour ses partisans. En effet, pour être acceptée, une initiative populaire doit également être approuvée dans une majorité des cantons. Or on ne dispose pour l’instant d’aucune donnée sur ce critère.

Fossé linguistique

Au niveau des régions linguistiques, la nouveauté de ce second sondage vient de la Suisse italophone, où l’on a enregistré un renversement de situation par rapport à la précédente enquête. Il y a trois semaines, le camp du «oui» était le plus fort avec 59% contre 34% de «non» et 7% d’indécis. Désormais, c’est dans la Suisse italophone que l’on rencontre la plus grande opposition à l’initiative avec 50% de «non», 38% de «oui» et 12% d’indécis.

Un renversement spectaculaire qui, selon Claude Longchamp, montre clairement le rôle actif de la campagne. Lors du premier sondage, en effet, celle-ci n’avait pratiquement pas encore été lancée au Tessin, souligne-t-il.

Les «non» ont également pris l’avantage, même si c’est dans une moindre mesure, en Suisse alémanique, avec 48% de «non», 45% de «oui» et 7% d’indécis. En Suisse romande, en revanche, le «oui» dispose encore de la majorité absolue avec 54%, contre 36% de non et 10% d’indécis.

Le rôle des femmes

Reste le clivage entre les sexes. Même en ayant perdu un peu de terrain par rapport au premier sondage, l’initiative dispose encore de la majorité absolue auprès des femmes: 55% de «oui», 35% de «non» et 10% d’indécis. En revanche, les hommes la rejettent avec 54% de «non», 39% de «oui» et 7% d’indécis.

On ne constate par contre aucune différence entre les sexes au niveau du taux de mobilisation. Cela signifie que le degré d’implication des femmes est nettement supérieur à la moyenne. D’habitude en effet, le taux de participation des femmes est inférieur à celui des hommes, précise Claude Longchamp.

Une poursuite de la mobilisation chez les femmes durant la phase finale de la campagne pourrait là aussi conduire à une acceptation de l’initiative, reconnait le politologue. Indépendamment de l’issue du scrutin, un haut taux de participation des femmes représenterait la meilleure manière de célébrer le 40e anniversaire de l’introduction du suffrage féminin en Suisse, qui sera célébré quelques jours seulement avant le vote du 13 février.

Le sondage

Le sondage de gfs.bern a été réalisé dans toutes les régions linguistiques. L’institut a interrogé un échantillon représentatif de 1209 personnes entre le 24 et le 29 janvier.

La marge d’erreur est de plus ou moins 2,9%. Pour l’analyse, n’ont été prises en compte que les réponses des personnes (867) ayant affiché leur intention de voter le 13 février.

Les sondés ont aussi été interrogés sur leur pronostic sur le résultat du vote. 45% pensent que l’initiative sera rejetée et 35% qu’elle sera acceptée. 20% n’ont pas d’opinion à ce sujet.

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L’initiative en bref

L’initiative a été remise à la Chancellerie fédérale le 22 février 2009, munie de 106'037 signatures valables.

Elle émane d’une coalition regroupant quelque 70 organisations: défense des droits de l’homme, syndicats, prévention du suicide, Eglises, associations de lutte contre la violence faite aux femmes, mouvements pacifistes, etc.

 

Principales exigences: établissement d’un registre national des armes, justification d’un besoin et de compétences pour posséder une arme, stockage des armes militaires dans des lieux sécurisés, interdiction de posséder des armes particulièrement dangereuses (armes automatiques, fusil à pompe) à titre privé.

Au niveau politique, l’initiative a reçu le soutien de la gauche. Le gouvernement et la majorité de droite du Parlement recommandent en revanche au peuple de la rejeter.

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